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Jon Spurling

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Presse et joueurs : je te hais, moi non plus

When Saturday Comes – Même si les réseaux sociaux les exacerbent, les invectives et les tensions entre journalistes et footballeurs ne datent pas d'hier. Et ces derniers s'en sont souvent servi comme d'une sorte de dopage par la critique.

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Extrait du numéro 340 de
When Saturday Comes. Titre original : "Negative Energy", traduction Toto le zéro.

 

* * *

"Pas mal pour un joueur qui a pas sa place dans l'équipe, hé @PaulMerse!", lâcha Andros Tonwsend sur Twitter après avoir marqué lors d'un récent match amical contre l'Italie, en réponse à un éditorial de Paul Merson sur le site de Sky Sports suggérant que le joueur avait beaucoup de chance d'être en sélection. Ce dernier exemple de prise de bec sur les réseaux sociaux montre que les relations, souvent houleuses, entre les joueurs et les medias, entrent sans doute dans une nouvelle ère : les protagonistes peuvent désormais s'écharper sur le Web.

 

Si l'épisode démontre l'occasionnelle frivolité des médias sociaux et que, pour donner tort à Paul Merson, Townsend serait mieux avisé d'afficher une plus grande régularité, le fait que les joueurs s'offusquent des propos des journalistes et experts a toujours été consubstantiel du football.

 

 

 

"Taper sur la gueule des journalistes"

Au cours du 20e siècle, de nombreux joueurs, tels que Billy Meredith ou William "Fatty" Foulke, se sont régulièrement froissés de ce que les journalistes ont pu écrire sur eux : ainsi pour le premier, attaquant gallois de Manchester City, que son manager Tom Maley a avoué motiver à l'aide de coupures de presse des articles négatifs. Leigh Roose, gardien d’Aston Villa dont la carrière déclina à la suite de sa liaison avec la chanteuse de music-hall Marie Lloyd, défia le journaliste d’Athletic News Jimmy Catton à un combat de boxe "en un lieu de votre choix" en raison des commentaires de ce dernier sur ses prestations nerveuses. Le journaliste, prudent, assigna un de ses confrères pour couvrir les matches du club, évitant ainsi le fantasque gardien… et le combat.

 

Nombre de joueurs de renom ont prétendu se servir des opinions négatives des journalistes pour se motiver avant les rencontres. Brian Clough avait ainsi avoué qu’il s’était imaginé "taper sur la gueule des journalistes quand je tapais dans le ballon pour Middlesbrough car ils m’avaient critiqué pour avoir mal joué avec l’Angleterre". Après une défaite en finale de Coupe de la Ligue en 1969 contre Swindon, alors deux divisions plus bas, Arsenal snoba Desmond Hackett, journaliste au Daily Express qui avait intitulé son compte-rendu du match "Arsenal, la honte de Londres". Pourtant, aux dires du gardien Bob Wilson: "On l’a détesté à cause de ce qu’il avait écrit, mais il n’avait pas eu tort. Notre groupe s’était promis de ne plus tomber aussi bas et ce titre nous avait permis de nous stimuler l’année suivante pour notre victoire en Coupe des villes de foire." Terry Butcher, régulièrement piqué au vif par Jeff Powell dans le Daily Mail, qui déplora son "manque d’élégance et d’assurance balle au pied", a aussi reconnu se servir d'articles négatifs pour s’exhorter "à améliorer [son] jeu".

 

Mais l’affaire peut parfois virer à l’aigre. De manière unanime, les joueurs italiens imposèrent un silenzio stampa contre des journalistes lors de la Coupe du monde 1982 en raison de fausses rumeurs selon lesquelles Antonio Cabrini et Paolo Rossi auraient une relation homosexuelle. "Lorsque ce bruit circula, l’équipe décida de ne plus parler à qui que ce soit", selon le commentateur Italien Fabio Caressa, "et cette animosité entre les joueurs et la presse dura quelques années".

 

 

"Est-ce que tu connais le football plus que moi ?"

Un demi-siècle plus tôt, des membres de la presse locale suggérèrent que des responsables du club auraient aidé le Napoli en soudoyant des arbitres au cours de la saison 1932/33. Le châtiment instauré par la direction du club ne tarda pas: aucun joueur du club ne devait adresser la parole aux médias locaux au cours des deux saisons suivantes sous peine de voir son contrat déchiré. Personne n’osa s’opposer à la hiérarchie.

 

Dans le football moderne, la grande susceptibilité des joueurs vis-à-vis des médias ne fait que renforcer l’idée selon laquelle nombre d’entre eux sont de fragiles fleurs en serre. À son arrivée au Milan AC en février 2013, Mario Balotelli expliqua longuement lors de la conférence de presse combien les critiques des médias importaient peu pour lui, mais s'adressa aux représentants du Sun en leur disant qu’il détestait le tabloïd car "Vous avez toujours écrit des choses très, très méchantes sur moi lorsque j’étais à Manchester City." La réaction de Samir Nasri juste après son but contre l’Angleterre lors de l’Euro 2012 (il avait placé son index devant la bouche et couru vers la tribune de presse) faisait suite aux critiques par les médias français de ses prestations à l’approche de la compétition. Le joueur fit ensuite savoir aux journalistes qu'ils étaient toujours à "chercher la merde", ce juste après l'élimination des Bleus de l'Euro avec une défaite contre l'Espagne. "Ma relation avec les médias est irrémédiablement endommagée", insista-t-il.

 

Sa brouille constante avec les médias du football en France est pourtant une exception à la règle, car la majorité des conflits finissent par se tasser. Ce sera sans doute plus compliqué entre Zlatan Ibrahimovic et le journaliste local qui avait osé remettre en cause le buteur parisien en février dernier à propos de sa relation avec Edinson Cavani, lequel aurait eu selon la rumeur un différend avec l'entraîneur Laurent Blanc. "Est-ce que tu connais le football plus que moi?", demanda la star suédoise à plusieurs reprises, avant de qualifier le journaliste de "petit budget" et de repartir. "Non, je ne lui parlerai plus. Plus jamais", déclara-t-il par la suite. Le dernier mot revient toujours à Zlatan.

 

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