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Richard Woodall

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Revue de stress #127

Profession chaperon

When Saturday Comes – Assistés et déresponsabilisés, maintenus dans une bulle, les footballeurs professionnels? Les "Player liaison officers" livrent une version plus nuancée de leur rôle au sein des clubs. 

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Extrait du numéro 369 de When Saturday Comes. Titre original : "Help is at Hand", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

"On peut appeler Baz à tout moment, il me dit toujours qu'il est disponible. Quand on a un problème avec sa voiture, son jacuzzi ou l'électricité, à chaque fois il vient", assurait Patrice Evra, en 2009 dans le magazine Red News, à propos de Barry Moorhouse, le Player liaison officer (agent de liaison chargé des joueurs, PLO) de Manchester United.

 

Le simple fait que la Premier League emploie des PLO semble perturber certains consultants dans les médias, y compris d'anciens professionnels agacés par les radicales évolutions de leur sport depuis leur époque. Selon une statistique communiquée par Unibet, la part des joueurs britanniques alignés dans des rencontres au plus haut niveau est passée de 90% en 1992/93 à seulement 33% en 2016/17. Les clubs sont donc plus que jamais contraints d'aider à s'installer les nouveaux arrivants venus de loin.

 

 


Lorna McClelland à Aston Villa en 2013, en compagnie de Jean II Makoun.

 

Assistance 24/24

"Lorsqu'il m'a embauché, Sam Allardyce m'a dit que mon boulot serait surtout de faire en sorte que les joueurs soient heureux au moment d'entrer sur le terrain", se souvient Tim De'Ath, le PLO de West Ham: "Les joueurs peuvent m'appeler 24h sur 24, 7 jours sur 7". Son rôle peut consister à trouver un logement ou une école, ouvrir un compte bancaire ou souscrire un abonnement au câble, voire régler les factures de chauffage et d'électricité si le joueur ne parle pas anglais.

 

"Les footballeurs recrutés actuellement par West Ham sont d'un tout autre niveau en comparaison de l'époque à laquelle j'ai commencé ce boulot, il y a six ans. Les logements disponibles diffèrent complètement, tout comme la voiture fournie par le club. Les nouvelles recrues en provenance de grands clubs sont accoutumées à un niveau d’assistance très élevé de la part du PLO. Je pense que Manchester City en a cinq. Il n'y a que moi ici."

 

Le métier a eu sa pionnière, Lorna McClelland. Première PLO du football en 2002, elle fut nommée par Graham Taylor, alors manager de West Ham. Avocate de formation, polyglotte, ce fut elle qui lui proposa d'assister les nouveaux arrivants étrangers: "Graham m'a constamment soutenue, et il m'a laissée définir le poste de A à Z".

 

 

Soutien linguistique et moral

Certaines recrues avaient eu des difficultés à s'installer, plus particulièrement Juan Pablo Ángel, le transfert record du club. L'attaquant colombien a non seulement eu du mal à s'adapter à l'équipe (il ne marquera son premier et unique but de la saison qu'au bout de neuf rencontres), mais il dut en outre faire face des difficultés au sein de sa famille.

 

"Lorsqu'il est arrivé au club, raconte Lorna McClelland, ni lui ni sa femme ne parlaient anglais. Sa femme est tombée malade, puis ce fut au tour de leur enfant. À tort ou à raison, ils ont critiqué le club pour le manque de soutien linguistique à leur arrivée. Je pense que même Graham Taylor avait admis que West Ham aurait dû faire mieux".

 

Supportrice du club et fondatrice de la National Association of Players’ Welfare Officers (Association nationale des assistants sociaux des joueurs), elle a non seulement assisté Ángel et sa famille pour les traductions, mais également accompagné des joueurs à des rendez-vous médicaux et des conférences de presse. Il lui arriva même de participer à des entraînements en survêtement avec l'équipe, afin de servir d'interprète si nécessaire.

 

 

Soigner la relation

Aston Villa et d'autres clubs gèrent dorénavant un "système de parrainage" qui permet d'associer de nouveaux arrivants à un coéquipier dont l'âge, le vécu ou la langue sont similaires.

 

Lorna McClelland, qui a quitté le club en 2016 et travaille désormais pour GCSportscare (organisme de soutien aux sportifs), illustre son travail par un exemple: "En ce moment, j'aide un jeune joueur des Midlands qui a eu des problèmes d'alcool et de jeu. Il s'est avéré, en fait, qu'il se sentait seul et était désorganisé. Désormais, il a bien plus confiance en lui-même. Les joueurs arrivent parfois à quinze ou seize ans dans un club alors qu'à cet âge, la majorité d'entre nous vit encore à la maison, où nos parents nous préparent à la vie. Certains joueurs n'ont jamais vécu cela".

 

Peter Barry est le PLO de Bournemouth depuis 2012 et son rôle revient principalement à aider à l'organisation des déplacements à l'extérieur, et à assister la direction: "Je n'ai jamais eu de problèmes avec les joueurs. La permanence a du bon, mais ils ont été extraordinaires et ne sont pas particulièrement exigeants. Avec les joueurs qui sont arrivés récemment, comme Jermain Defoe, les relations ont été formidables".

 

 

La vie dans une bulle

Son rôle peut également l'amener à répondre présent lors de moments difficiles: ainsi avait-il réuni des groupes divers afin de soutenir le milieu de terrain Harry Arter lors du décès de leur fille en bas âge: "Le club s'est véritablement mobilisé durant cette épreuve. Harry et sa compagne ont reçu énormément de lettres de soutien du monde du football, je les ai aidés à faire en sorte que chaque lettre ait une réponse. Lui et son amie ont été extrêmement reconnaissants de l'attention qui leur avait été manifestée".

 

Mais son travail peut aussi concerner la vie quotidienne. "Les joueurs vivent souvent dans une bulle, mais elle n'est pas de leur propre fait, estime Peter Barry. Il peut leur être difficile de faire des choses simples que vous et moi estimons toutes naturelles. Le PLO peut apporter son aide car son rôle est d'assurer le bien-être des joueurs".

 

C'est aussi l'avis de Lorna McClelland, qui réfute l'idée que les joueurs sont chouchoutés à l'excès: "À Aston Villa, il m'est souvent arrivé de dire aux gens que notre travail n'était pas de dorloter les joueurs. Il ne s'agit pas de faire le travail pour eux, mais plutôt de les aider à le faire". 

 

 

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> déconnerie

Tabloïd, numéro 6

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