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Sylvain Zorzin

 

Incapable d’admettre qu’il a donné vie à Pierre Minus, il fuit l’opprobre en publiant de vraies histoires pour les vrais enfants dans les magazines Pomme d’api, Les Belles Histoires, Tralalire et Mes Premiers J’aime Lire.


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Qatar : l'émirat et les miracles

Pour comprendre la stratégie actuelle du Qatar, il est intéressant de se rappeler ce qu'il projetait il y a cinq ans...

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Article paru dans les Cahiers du football #32, février 2007

 

Premier pays arabe à accueillir les Jeux asiatiques en 2006, volonté martelée d’organiser les Jeux olympiques en 2016: le Qatar, "pays où vivent les qatareux" si l’on en croit Pierre Desproges, est loin de manquer de souffle sur la scène sportive. Petit émirat du Golfe peuplé de 600.000 habitants (dont à peine 200.000 nationaux), il semblait pourtant se contenter, ces dernières années, du rôle de sanatorium luxueux pour footballeurs en fin de vie.

 


Tintin au pays de l'or noir

Le nom de ce pays prêtait facilement à rire dès lors qu’il était accolé au nom de Franck Lebœuf ou de Marcel Desailly, qui y finirent leur carrière, nourrissant le championnat local comme beaucoup d’autres joueurs ou entraîneurs: Romario (1,4 million d’euros pour une pige de trois mois), Stefan Effenberg (2 millions la saison), Gabriel Batistuta, Luis Fernandez. Avant de retomber dans un certain anonymat. Un temps amusé par le côté Tintin au pays de l’or noir, les journaux ont à peu près cessé de s’intéresser au Qatar. Le transfert récent de Sabri Lamouchi a d’ailleurs encore moins ému les éditorialistes que la retraite de Youri Djorkaeff.

 

 

Passe-temps d’un émir achetant des joueurs selon son "bon plaisir"? Erreur?! "On a voulu n’y voir que le côté 'retraite dorée'. Mais le Qatar a toujours eu en tête de devenir une puissance mondiale. De façon pacifique, grâce au sport", explique Pascal Boniface (1). Grâce à ses réserves immenses en pétrole mais surtout en gaz, le pays dispose d’une gigantesque source de revenus dont il use pour accroître sa visibilité internationale, déjà assurée par la création de la fameuse chaîne de télévision Al-Jazira. "Le sport est le moyen le plus rapide de délivrer un message et d’assurer la promotion d’un pays", affirmait le directeur de la communication du Qatar, qui a compris que les instances sportives ont désormais plus de poids que l’ONU. Tennis, cyclisme, golf, football, tout est bon pour inscrire le pays sur la carte du monde.

 


Droit du sol couvert d’herbe

Il y a quelques années, la stratégie plutôt sauvage de l’émirat laissait pourtant perplexe. En 2003, plusieurs millions de dollars sont injectés dans le championnat de football; les salaires proposés sont alors compris entre 100 000 et 200 000 euros mensuels. La même année, la Fédération qatarie décide de financer le recrutement d’un joueur étranger par chaque club de première division. Tentant d’instaurer une "jurisprudence Cherono" [1], le pays propose même la nationalité qatarie à des footballeurs qui n’auraient pas été sélectionnés dans leur pays (parmi lesquels probablement Jean-Claude Darcheville et Frédéric Piquionne) afin de qualifier l’émirat pour la Coupe du monde 2006. Mais la FIFA impose immédiatement une résidence de deux années consécutives sur le territoire concerné aux joueurs candidats à une telle naturalisation.

 

Une mise à plat essentielle survient fin 2004, lorsque la fédération tire un bilan plutôt mitigé de son afflux de stars. De son côté, la sélection nationale traîne un bilan médiocre. L’État décide donc d’instaurer un plan sur cinq ans, et prend une mesure phare: limiter à quatre le nombre de joueurs étrangers pour toutes les équipes de première division. Un plan complété par la professionnalisation du championnat.

 


Cayzac attitude

Aujourd’hui, cette stratégie sportive commence à porter d’étonnants fruits. En décembre 2006, le Qatar remporte le tournoi de football des Jeux asiatiques. Une réussite qui vient couronner de bons résultats, notamment sept victoires consécutives, dont quatre en éliminatoires de la Coupe d’Asie 2007. En un an, l’équipe passe de la 90e à la 58e place du classement Fifa. Surtout, le pays a réussi à mettre en place le programme de formation des jeunes sans doute le plus efficace du continent – ce que confirment les résultats de l’équipe des moins de 17 ans: demi-finaliste de la Coupe du monde en 1991, cinq fois finalistes du championnat d’Asie. En novembre 2006, le joueur de l’année en Asie est qatari: Khalfan Ibrahim, âgé de seulement dix-huit ans et international A.

 

Reste sans doute maintenant au Qatar à acquérir une "culture football". De retour du club d’Al Sailya, dont il s’est séparé à l’amiable début novembre 2006, Ladislas Lozano expliquait ainsi dans La Voix du Nord: "Tous les clubs sont gérés par des membres de la famille royale afin que rien n’échappe au pouvoir en place. (...) Mon président changeait à sa convenance mon équipe. Certaines fois au jour le jour". Mais à cette critique, Pascal Boniface oppose que "des dirigeants qui souhaitent garder le contrôle, on en trouve aussi dans les clubs occidentaux! Le PSG n’a pas agi autrement avec Dhorasoo". Le chercheur relativise aussi le fait que les stades ultramodernes de 30.000 places en moyenne ne fassent jamais le plein. "Le Qatar est une monarchie éclairée. Dans ce petit pays, l’exemple viendra des dirigeants. Il existe un vrai potentiel. On n’a pas encore les chants de Liverpool. Mais la tolérance à l’égard des joueurs étrangers est telle qu’on n’a pas non plus les débordements du Parc des Princes!"

 

[1] Pascal Boniface est directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), et a publié en 2006 Football et mondialisation, aux éd. Armand Colin.
[2] D’origine kenyane, naturalisé en échange d’un salaire à vie, Stephen Cherono a apporté au pays sa première médaille d’or aux championnats du monde d’athlétisme, en 2003.

 

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