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Jérôme Latta et tixuoty

 

Chef d'espadrilles.


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Qu'est-ce qu'il y a dans un résumé ?

Que reste-t-il du jeu dans les résumés de match, quand ceux-ci en montrent de moins en moins? Réponses avec deux études de cas: un match du PSG présenté au Canal Football Club, et l'émission Dimanche Ligue 1 de beIN Sport.

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L'impression de sortir d'une attraction de fête foraine (vertige, troubles visuels et de l'équilibre) après avoir regardé le résumé de Rennes-PSG (18e journée) lors du Canal Football Club nous avait poussés à y regarder de plus près. Après avoir un peu tardé à exploiter les données recueillies, en voici les principaux résultats, complétés d'une autre étude sur l'émission de beIN Sport Dimanche Ligue 1.
 


Moins de deux minutes de jeu, ralentis compris

D'une durée de 4'13", ce Rennes-PSG figurait parmi les "grands formats" du CFC. Bordeaux-Valenciennes y a eu droit aussi (4'36), au contraire de Nice-Sochaux, ETG-Reims, Nantes-Toulouse ou Ajaccio-Lorient (entre 1'07" et 1'30"). Le sentiment d'avoir vu très peu de jeu est confirmée par la part des "actions", c'est-à-dire des moments où un ballon roule à l'écran: sensiblement moins de la moitié (46%) du temps total.


Le reste consiste en plans (souvent serrés) sur les joueurs, les bancs, les tribunes, les entraîneurs – enfin, l'entraîneur, plutôt, avec cinq apparitions. Sans oublier cinq séquences d'interviewes d'après-match remarquablement creuses: "M'est arrivée la balle là-bas après le corner. Et lo frappe il est allé au but. C'est un neau but, mais c'est comme ça, l'importance c'est l'équipe" (Thiago Motta). Le jeu est d'autant plus masqué qu'on ne compte que 8 plans larges sur 72: les autres montrent les joueurs "en pied" ou cherchent leurs expressions (lire "L'Invasion des visages").



 

Élagué de ce "hors jeu", il reste la séquence ci-dessous, soit moins de deux minutes assez frénétiques, à raison d'un changement de plan toutes les quatre secondes. Si quelques plans sont efficaces (ceux sur le but de Thiago Motta, dans l'axe de son tir), bien des actions sont indécryptables. La faute, d'abord, à des mouvements de caméras anarchiques (zooms, panoramiques gauche-droite) qui nous valent des plans filés et des cadrages absurdes, d'où s'échappent ballon et joueurs. Comme si Grégoire Margotton, avec son expression "le cadre se dérobe", avait donné une consigne de mise en scène. Il semble que le monteur balance les plans plutôt qu'il ne les choisit les plans, exciter l'œil du téléspectateur plutôt que de permettre la compréhension d'une action.

 


 

La gadgétisation du résumé passe aussi par un "habillage" qui relève plus de l'utilisation compulsive de trucs techniques que du choix d'un style: ralentis sur des joueurs se congratulant, flous, saturation des couleurs, caméra accrochée au filet, multiples musiques d'accompagnement... À force de s'en faire mettre plein la vue, on n'y voit plus grand chose.

  

 

 

Dimanche Ligue 1, les résumés rétrécis

L'émission Dimanche Ligue 1 résulte de l'acquisition par beIN Sport du lot de l'émission dominicale sur la Ligue 1. Diffusée à 10 heures, elle offre des aspects assez plaisants: une volonté manifeste de ne pas verser dans les polémiques arbitrales, des co-présentateurs (Florian Genton et Luis Fernandez) restant dans un rôle d'animation très loin de l'aigreur en vigueur ailleurs, ou encore des interviews de joueurs méconnus. Il s'agit en quelque sorte d'une émission "banale", et c'est cette banalité qui la rend intéressante à analyser. Il faut toutefois noter qu'au début de la saison 2012/13, elle ne comportait pas de séquences en plateau, mais uniquement des résumés de matches commentés en voix off (en direct ou en différé), ainsi qu'une présentation des trois rencontre du dimanche. Le changement de formule a entraîné, mécaniquement, une diminution du temps consacré au jeu lui-même.
 

Nous avons minuté une émission, celle du 24 novembre, correspondant à une journée qui pouvait être considérée comme normale (calendrier classique d'une journée de championnat, nombre de buts moyen). Il s'est agi d'élaguer en plusieurs étapes ses contenus afin de dégager ce qui relève de son objet présumé: les résumés de match, sept en l'occurrence, dont les durées vont de 3'30" (Montpellier-Guingamp) à 9'04" (Reims-PSG). Nettement supérieures à ce qui se pratique au Canal Football Club, elles sont équivalentes à celles de Jour de Foot.

 

Dimanche Ligue 1 beIN Sport
Comme nous l'avions déjà remarqué, il y a un peu plus de trois ans, à l'occasion d'un autre comptage portant sur Téléfoot, Jour de Foot et le Canal Football Club (lire "La part du football"), la part du temps d'antenne consacrée aux résumés est d'abord largement entamée (d'un bon quart) par les autres contenus. Ensuite, les résumés eux-mêmes comportent de moins en moins... de résumés proprement dits: la présentation de la rencontre, les interviewes (interrompant souvent le récit), les déclarations d'après-match et autres contenus comptent pour près des deux tiers de leur durée. Enfin, ce qu'on serait en droit de considérer comme le noyau du résumé (les séquences de jeu "en direct") est encore ponctionné par les ralentis, les plans de coupe, les célébrations de but ou encore des plans "morts" comme les secondes précédant le coup d'envoi. À l'arrivée, selon nos critères, il ne reste que sept minutes et demi de "jeu effectif", soit 12% de l'heure que dure l'émission.
 

On parvient, ici, au même constat qu'à propos des retransmissions de match: la mise en scène du football par les réalisateurs, les monteurs et les responsables éditoriaux consiste à accorder au jeu une part de plus en plus marginale. Le football apparaît ainsi comme une matière première profondément transformée pour en faire un produit télévisuel de synthèse n'ayant plus qu'un rapport lointain avec ce qui se passe effectivement sur le terrain.

 

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