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Richard Mason

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Revue de stress #127

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Chroniques bielsiennes : Clap de fin

Quand le rouge restait dans les cartons

When Saturday Comes – Avant d'être clairement codifiés, les cartons rouges étaient une marque d'infamie à laquelle les arbitres hésitaient à recourir. Retour sur une histoire qui a connu son tournant en 1970. 

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Extrait du numéro 368 de When Saturday Comes. Titre original : "Cautionary Tale", traduction La menace Chantôme.

 

* * *

 

"Charlie Mortimore a été averti samedi dernier": ainsi titra un jour (un jeudi) la page sportive du Woking News & Mail au sujet de la star de l’équipe locale des années 1950. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse, c’est-à-dire un match sans carton jaune, qui mériterait de faire les gros titres.

 

Et il ne s’agit pas que des avertissements : les expulsions étaient encore plus rares à l’époque. J’ai dû attendre mon 85e match pour voir Ken Moffitt, arrière gauche de Gateshead, quitter ses partenaires lors d’une défaite à Aldershot en 1959. Sans surprise, c’était pour avoir "contesté une décision arbitrale" avec véhémence, et non à la suite d’une faute grossière. 

 

 

  

 

Agressions impunies

Le fait est que les joueurs expulsés étaient traités presque comme des parias. En outre, durant leurs suspensions (alors mesurées en jours en non en matches), ils devaient se tenir à l’écart de leur club et n’étaient pas payés. Cela explique sans doute pourquoi les arbitres rechignaient à avoir recours à la sanction ultime.

 

Dans la Grande-Bretagne des années 1950, la tolérance était encore généralement de mise envers ce que l’on considérait comme des contacts "vigoureux". Pourtant, il était de notoriété publique que certaines équipes et certains joueurs musclaient un peu trop leur jeu. Par exemple, nous – les supporters de Woking – détestions Wimbledon, nos rivaux de l’époque dans l’Isthmian League, en raison de leur tendance à tout faire pour remporter la victoire, y compris par le biais d’intimidations flagrantes.

 

Mais il suffit de voir des images de l’agression impunie de Peter McParland sur le gardien de Manchester United Ray Wood à l’occasion de la finale de FA Cup de 1957[1], puis d’écouter Kenneth Wolstenholme expliquer avec la plus grande des convictions qu’il s’agissait d’un simple accident pour comprendre à quel point les choses étaient différentes à l’époque.

 

Sept ans plus tard, lors d’une autre finale de Cup, Jack Burkett (arrière gauche de West Ham) effectuait un tacle particulièrement haut sur Dave Wilson de Preston. Un geste qui, de son propre aveu, lui aurait valu d’être expulsé de nos jours. Au lieu de cela, l’arbitre Arthur Holland préféra s’entretenir calmement avec lui: "Je suis sûr que vous ne voulez pas devenir le premier joueur expulsé lors d’une finale de Coupe".

 

 

La "Bataille de Santiago"

À l’époque, les matches ne partaient pas tous à la dérive de la sorte, mais les supporters n’appréciaient guère de voir des gestes rugueux impunis, et les arbitres étaient critiqués pour leur tolérance. Pourtant, le problème était avant tout qu’ils n’avaient pas tous les pouvoirs dont ils disposent aujourd’hui, ce qui les incitait à faire preuve de clémence face à des situations compliquées.

 

Ken Aston a pu le découvrir de lui-même en officiant à l’occasion de la boucherie que fut le match Chili-Italie lors de la Coupe de 1962. Au cours de cette fameuse "Bataille de Santiago", seule l’Italie fut sanctionnée (deux expulsions) alors que les deux équipes étaient pourtant aussi coupables l’une que l’autre.

 

Plus tard, Ken Aston présida le Comité des arbitres de la FIFA et suggéra d’utiliser des cartons jaunes et rouges à l’occasion de la Coupe du monde 1970. En effet, auparavant, l’homme en noir ne disposait que d’un simple carnet, et aucune règle ne stipulait explicitement que deux avertissements équivalaient à une expulsion, même si le premier rappel à l’ordre était clairement une invitation à se tenir à carreau.

 

À l’époque, on pouvait également commettre en toute impunité ce que l’on appelle aujourd’hui une "faute intentionnelle". Ainsi, Pelé dut subir les agressions de plusieurs adversaires portugais lors que la Coupe du monde 1966, tout cela sous l’œil indulgent d’un autre arbitre anglais, George McCabe. Pire, les joueurs pouvaient s’estimer extrêmement malchanceux de se retrouver avertis pour avoir sauvé un but sur la ligne en commettant une faute de main.

 

 

Protéger les joueurs

Cependant, même si nous n’aimions pas voir certains tacles tolérés, nous préférions le "caractère direct" des Britanniques à ce que nous percevions comme étant des méthodes sournoises de la part des étrangers. J’ignore pourquoi, mais nous considérions qu’un tacle ravageur attrapant l’homme et pas la balle était moins malhonnête que de retenir un joueur par le maillot. Mais, à bien y réfléchir, la vérité, c’est qu’il y avait beaucoup de bouchers parmi les étrangers ainsi que quelques tireurs de maillots chez les Britanniques.

 

Malgré les montagnes de cartons jaunes et rouges infligés de nos jours, notre sport est nettement moins violent que lorsque j’ai commencé à le regarder, et cette évolution à un impact évident, notamment sur le nombre de jambes fracturées. Les règlements ont été modifiés au fil des ans afin de permettre aux joueurs les plus créatifs de s’épanouir, et ces règles sont désormais appliquées de façon plus stricte.

 

Il reste du chemin à parcourir, mais nous ne verrons plus de matches tels que Chili-Italie ou les rencontres extrêmement physiques de Coupe intercontinentale de la fin des années 1960 entre clubs champions d’Europe et d'Amérique du Sud. Nous devons donc être reconnaissants envers ceux qui ont identifié la nécessité d’un changement et ont su agir.

 

Quant à Charlie Mortimore, il a eu 89 ans le 12 avril dernier, et reste à ce jour le plus grand joueur à avoir porté le maillot de Woking, malgré cet avertissement reçu (le seul de sa carrière).

 

[1] Soldée par une victoire 2-1 d’Aston Villa.
 

 

 

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