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Jérôme Latta

 

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Lituanie-France : les gars

Quatuor massif

Gourcuff, Ribéry et Henry n'ont pas encore trouvé leur place définitive dans le 4-2-3-1 qui s'est imposé en équipe de France. Mais l'avenir est là, d'une manière ou d'une autre.
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Avec un ordre de mission comportant l'obligation – dictée par des impératifs de communication assez absurdes – de redonner un visage séduisant et offensif à l'équipe de France, Raymond Domenech a essayé de trouver un nouvel équilibre pour son équipe. Un débat majeur a porté – et porte encore – sur la composition d'une charnière centrale qui a subi de nombreuses avanies et qui ne dégage aucune solution nette. L'autre grande zone d'interrogation réside dans la composition du quatuor offensif à former dans le système en 4-2-3-1 adopté après la défaite à Vienne, concédée en 4-4-2 avec Henry et Benzema en pointe, Nasri et Govou sur les côtés). Les six derniers matches des Bleus montrent qu'aucune configuration ne s'est véritablement imposée, mais que la solution se trouve bien là, quelque part.


Passes de quatre


Quatre jours après la claque du Ernst-Happel Stadion, la probante victoire (malgré les frayeurs finales) contre la Serbie au Stade de France marque l'émergence de Yoann Gourcuff au poste de meneur axial. L'autre fait du match est la sortie d'un Benzema à la peine, au profit de Nicolas Anelka – futur buteur sur une passe du Girondin.

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[Note : ne sont indiqués sur les schémas, en italiques, que les remplacements effectués à la pause]

Résurrection à Constanta
Un mois plus tard, le déplacement en Roumanie brouille les cartes. Anelka blessé, Henry est aligné en pointe devant Gourcuff, avec Ribéry à droite et Malouda à gauche. Menés 2-0, les Bleus connaissent une nouvelle révolution de mi-temps: au retour des vestiaires, Benzema remplace Malouda et prend la pointe à Henry, qui se décale à gauche. Gourcuff et Ribéry permutent aussi, le Bavarois prenant l'axe. Ils emportent aussi la mise, avec un but et une passe décisive chacun. Domenech sauve sa peau et trouve peut-être un groupe.

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Henry de retour
Le match amical contre la Tunisie est l'occasion d'aligner le même quartette, cette fois au coup d'envoi (Ribéry cédera simplement sa place à Ben Arfa à la mi-temps). Henry marque deux fois sur une passe volontaire et une autre involontaire de Gourcuff. Le Barcelonais confirme son retour en grâce chez les Tricolores... sur ce côté gauche qu'il a semblé fuir tout au long de sa carrière internationale.

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Anesthésie locale
Pour recevoir l'Uruguay en novembre, Domenech reconduit le même schéma, en substituant Anelka (puis Savidan) à Benzema. Mais surtout en permutant Gourcuff et Ribéry, qui repart à droite. En panne de motivation ou de condition physique, les deux meneurs évoluent en demi-teinte, Henry retombe dans ses travers et Anelka perd son efficacité. 0-0.

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Nouvelle copie blanche à Marseille
La victoire de l'Argentine prend la forme d'une mauvaise série pour les quatre joueurs offensifs, de nouveau titulaires aux mêmes postes. Peu inspirés (Gourcuff et Ribéry) ou transparents (Anelka, Henry), ils ne consolident plus leurs acquis.

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Ça passe à Kaunas
Domenech rebat les cartes en Lituanie et tente Ribéry à gauche avec Henry de nouveau en pointe et la surprise Luyindula à droite. Avec une réussite satisfaisante en dépit de la sous-performance relative de Gourcuff et Ribéry... respectivement passeur et buteur.

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Ribéry partout

En dépit de ces nombreuses expérimentations, déterminées en partie par les circonstances (méformes, blessures) ou par les choix tactiques liés à l'adversaire, Raymond Domenech n'a pas subi de controverses très vives sur cette question spécifique. Probablement parce que chacun peut aisément concevoir qu'aucun dispositif ne s'impose sans discussion: la seule question de l'attaquant le plus apte à évoluer en avant-centre a été compliquée par l'irrégularité des trois principaux candidats (Anelka, Benzema et Henry).

Certes, l'injonction de faire jouer Ribéry "à gauche comme au Bayern" sonne souvent à ses oreilles, mais il est assez facile de comprendre que le sélectionneur calcule le rendement global de son équipe, qui peut-être amélioré au prix d'un rendement individuel moindre pour un joueur particulier. En évoluant sur son côté préférentiel à Kaunas, Ribéry n'a pas encore fait la démonstration de la supériorité de cette solution, et Gourcuff est certainement plus pénalisé que lui quand il glisse à droite. Surtout, Ribéry devance très nettement les autres postulants que peuvent être Govou ou Luyindula, par exemple. Enfin, la "variable Henry" ne simplifie pas la détermination de son placement idéal, l'ancien Gunner étant à notre avis utilisé au mieux quand il évolue lui aussi à gauche.

Si le système n'est pas encore optimisé, son potentiel est manifeste, à l'image de l'entente entre Gourcuff et Ribéry, qui s'est traduite par une comptabilité assez parlante. Le Girondin a servi les buteurs Anelka (Serbie), Ribéry (Roumanie), Henry (Tunisie) et Ribéry (Lituanie), et il a lui-même inscrit un but fameux en Roumanie. Le Munichois marque contre la Roumanie et la Lituanie deux buts qui pèsent lourd, c'est aussi lui qui décale son coéquipier pour le missile de Constanta. Un bilan qui ne fait pas les affaires de Nasri, éligible lui aussi aux trois postes de la ligne, mais réduit pour l'instant au statut de doublure.

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L'idée est là

Les marges de progression sont palpables. En théorie, Anelka ou Benzema, au meilleur de leur potentiel, peuvent atteindre une bien plus grande efficacité devant le but. En six matches, le joueur évoluant au poste d'avant-centre n'a marqué qu'à deux reprises: le Londonien contre la Serbie et le Lyonnais face à la Tunisie.
Le problème se situe bien là, mais ne doit pas être imputé aux seuls spécialistes. En début de saison, comme en Autriche ou face à la Serbie, les Bleus ont présenté un rendement au tir cadré terriblement bas, sanctionnant un manque à la fois de réussite et de réalisme. Plus tard, comme face à l'Argentine en première période et à la Lituanie, ils ont eu du mal à convertir leurs phases de domination par des occasions plus nettes – ratant aussi certaines qu'ils se procuraient.

Il manque encore du vécu à ces joueurs, même s'ils en ont accumulé depuis septembre – y compris et surtout dans la difficulté. Un peu plus de complicité pour plus de spontanéité devrait permettre une bien meilleure expression d'ensemble, et la multiplication des phases de jeu abouties, aperçues ici et là. Cet objectif concerne évidemment les autres joueurs, au travers du soutien des récupérateurs et des initiatives prises sur les côtés par les latéraux: on l'a vu en Lituanie, de façon encore trop sporadique. Mais l'idée est là. L'avenir de la sélection française dépend nécessairement de l'épanouissement de joueurs dont le potentiel est hors normes.


Le sélectionneur a donc des problèmes de riche, et une équation complexe à résoudre s'il veut parvenir à stabiliser un quatuor offensif plus efficace. Peut-être ne le souhaite-t-il pas forcément: une autre option consiste à exploiter ces ressources au cas par cas, avec une réponse appropriée à chaque nouvelle rencontre. Le quatuor resterait alors à géométrie variable, à l'image des joueurs qui le composent.
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