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Phil Town

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Qui c'est le plus fort ?

When Saturday Comes – En pleine période d'élection du Ballon d'Or, on peut s'interroger sur cette obsession des comparaisons entre joueurs – même d'époques différentes.

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Extrait du numéro 321 de
When Saturday Comes (novembre). Titre original : "The Better Man". Traduction: Toto le zéro.

* * *
 

"Nous sommes nombreux à tomber dans le piège inextricable des comparaisons", déclare un site en ligne de développement personnel en guise d'avertissement. En football, nous faisons constamment des comparaisons. Certaines sont quantifiables: Manchester United était plus fort que Manchester City la saison passée, Robbie Van Persie était meilleur buteur que Luis Suarez... Mais la tendance actuelle, celle de comparaisons subjectives et le plus souvent irrationnelles, se fonde en réalité sur l'historique débat Pelé vs Maradona. Pour les uns, le Brésilien est probablement le meilleur car il avait tous les talents, les autres avanceront la Coupe du monde 1986 remportée "de main de maître" par l'Argentin. Sans doute, rétorqueront les premiers, mais Pelé était un joueur élégant... etc.
 

 


 


"Messi, Messi, Messi"

L'actuelle opposition Cristiano Ronaldo-Messi constitue une nouvelle étape de ce jeu virtuel car la comparaison est, en théorie, facilitée par le fait que les deux hommes sont contemporains. Mais la relation n'a pas souvent été tendre avec le Portugais, le consensus général étant que, s'il est considéré comme l'athlète le plus affirmé, le lutin argentin serait le plus naturellement doué. Ces dernières années, Cristiano Ronaldo, en sélection portugaise comme avec le Real, a ainsi dû subir de plus en plus de "Messi, Messi, Messi" moqueurs scandés par les supporters adverses.
 

Ce fut notamment la tactique employée par ceux de l'Irlande du Nord lors du récent match qualificatif pour la Coupe du monde à Belfast. Mais à force de railleries, la carapace du Madrilène s'est renforcée au fil des ans. Après une première mi-temps discrète, il a explosé en seconde et poussé son équipe vers une victoire probante et décisive (4-2). Le public a alors remplacé les moqueries par un hommage nourri lorsqu'il fut remplacé vers la fin de la rencontre. A Bola, quotidien sportif portugais, lui a décerné un rare 10/10 et son triplé lui a permis d'arriver à 43 buts en Selecção, soit deux unités de plus qu'Eusebio (mais quatre de moins que le record absolu de Pauleta). "Le roi de Belfast détrône Eusebio", avait pour sa part titré le quotidien Jornal de Noticias en une, le lendemain.
 


Cristiano vs Eusebio, arbitré par Figo

Certains commentateurs et chroniqueurs se rangèrent à cette analyse en estimant à leur tour que Ronaldo avait dépassé l’ancienne star du Benfica, et plus seulement sur le plan comptable: il était "meilleur" que O rei [le roi] et était devenu, par extension, le meilleur joueur portugais de tout les temps. Eusebio, homme d’ordinaire affable dans les coulisses du football lusitanien, réagit vivement à la télévision publique RTP: "C’est une erreur. On ne peut pas comparer. Il m’a seulement fallu soixante matches pour marquer ces buts [Ronaldo compte plus de cent sélections]. C’est plus facile de jouer contre certaines équipes aujourd’hui. Je n’ai jamais évolué contre le Lichtenstein ou l’Azerbaïdjan. Cela me rend triste, car on ne peut pas faire ce genre de comparaisons. Chacun a sa place."
 

Luis Figo avait pour sa part été positionné en dehors de ce tête à tête: "Comparer est un exercice périlleux et tant mieux si je ne suis pas concerné par cette comparaison", a-t-il estimé, avant d’en effectuer tout de même une à sa manière: "Personne ne peut être comparé à Eusebio. C’est le roi." Cristiano lui-même s’était montré particulièrement diplomate: "Je suis fier d’avoir pu égaler puis dépasser Eusebio, l’une des plus grandes idoles du Portugal."
 


Comparer n'est pas jouer

Quelques jours seulement après le triomphe de Ronaldo à Belfast, Gareth Bale effectuait son premier entraînement au Real Madrid. Le Daily Mail consacrait un article à la première rencontre entre les deux joueurs sur le parking, en notant que le néo-Madrilène menait contre CR7 en termes de montant de transfert (plus de 100 millions contre 94), mais que le Portugais restait vainqueur en termes de style: si la valeur des vêtements et accessoires portés par le Gallois dépassait les 1.000 euros (dont la moitié pour une trousse de toilette Louis Vuitton), Cristiano Ronaldo en comptait pour plus de 14.000 euros, dont 12.000 pour sa seule montre Jacobs and Co.
 

Sur le terrain, ce dernier avait marqué fin septembre sur une superbe talonnade dans la victoire 4-1 de son club contre Getafe, et la chaîne espagnole Cuatro s’était senti obligée d’y opposer un but similaire marqué par la "Flèche blonde" du Real Madrid Alfredo di Stefano en 1954 contre l’Atletico Madrid – bien que la ressemblance entre les buts soit minimale. Ce besoin obsessionnel de comparer devient donc de plus en plus navrant et dénué de sens. Est-il vraiment possible de choisir entre Ronaldo et Di Stefano, ou Eusebio et Messi? Est-il vraiment possible de classer Paul Scholes, Steven Gerrad et Frank Lampard, ce que Sky Sports a récemment tenté de faire? Un exercice assurément des plus stupides et sans le moindre intérêt. Ronaldo est un joueur extraordinaire, à l’instar de Messi et Bale, mais cette obsession quasi infinie de déterminer le plus fort ou le meilleur nous empêche de les apprécier pleinement.

 

 

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