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Jérôme Latta

 

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Le Replay, saison 2: épisode 3

Qui veut d'un Big Four à la française?

Lyon, Bordeaux, Marseille et Paris refont le coup de la bande des quatre en s'imaginant un championnat de France sur-mesure qui les protégerait des gueux.
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Dénonciation des calendriers ingérables, perspectives d'une suppression de la Coupe de la Ligue et d'un retour à dix-huit clubs en Ligue 1... À première vue, on pourrait croire que le football français prend enfin conscience de certaines des impasses dans lesquelles il s'est lui-même conduit. Que, soucieux de ménager la santé des joueurs et l'intérêt des compétitions, il revient à la raison. Hélas, cette effervescence traduit avant tout une nouvelle crise d'élitisme, cette maladie chronique qui frappe les équipes à gros budget.
Car les récentes montées au créneau, consistant à déplorer la désorganisation des compétitions en faisant porter toute la responsabilité sur Frédéric Thiriez (1), sont le fait des dirigeants de clubs riches qui veulent – une fois de plus (lire ci-dessous) – augmenter leur pouvoir sur la Ligue en changeant sa "gouvernance".

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"C'est le Big Four de la contestation!"
Tout est (re)parti d'un dîner secret mais habilement fuité, qui a réuni, mercredi dernier à l'hôtel Bristol à Paris, Jean-Michel Aulas (OL), Jean-Claude Dassier (OM), Nicolas de Tavernost (Bordeaux) et Robin Leproux (PSG). La liste des griefs a été clairement communiquée: "la protection des équipes engagées en Ligue des champions, la mauvaise (sic) répartition des droits télé et la représentation minoritaire des grands clubs aux différents conseils d'administration et assemblées générales du football français" (AFP). Sous couvert d'anonymat (on cherche qui peut bien être cette grande bouche un peu imprudente dans l'usage de formules ronflantes – 2), un des quatre mousquetaires a confié sur RTL: "On en a marre (...) C'est toute la gouvernance du football français qui doit changer, on va les obliger à nous parler, c'est le 'big four' de la contestation. Attendez-vous à ce que ça bouge à la fin du championnat et pendant la Coupe du monde!".

Changer la gouvernance de la Ligue, c'est la transformer en succursale des clubs les plus influents grâce à la neutralisation des "familles" indésirables (administratifs, médecins, entraîneurs, arbitres...) puis des "petits" clubs, afin d'en venir au nerf de la guerre: la répartition des droits de télévision, qu'il s'agit de réformer en leur faveur.


Big n'importe quoi
Au fait, pourquoi un Big Four, à part pour singer la Premier League? On comprend bien l'envie d'accrocher, avec cet habillage marketing, des commentateurs prompts à s'extasier devant des classicos et des olympicos, mais dans un pays qui ne peut qualifier que trois représentants en Ligue des champions, il y a déjà une absurdité (la participation régulière à la C1 étant justement la clé du maintien dans le gotha financier). À l'intersaison 2007, c'était un trio que Frédéric Thiriez appelait de ses vœux sous l'appellation d'axe PLM – Paris-Lyon-Marseille. Il y a quelques années à peine, le RC Lens, ou l'AS Monaco sous l'ère Campora, n'auraient-ils pas remplacé les Girondins? Et que dire des candidats à la croissance qui ont diversement confirmé leurs prétentions sur le terrain (Lille, Rennes, Toulouse, Saint-Étienne)? Enfin, comment expliquer la présence, dans ce quatuor, d'un Paris Saint-Germain dont la contribution à l'élite française réside principalement dans le montant de son déficit annuel? (3)

En réalité, en France, rien ne légitime l'existence d'un Big quoi que ce soit, à plus forte raison dans un championnat dont les clubs connaissent des éclipses parfois totales quand ils ne s'illustrent pas par une confondante irrégularité, et dont l'incontestable leader contemporain avait un palmarès quasiment vierge il y a dix ans.


Notorious Big
Mais on connaît la chanson: il faut favoriser les clubs "qui prennent des risques" et "qui investissent" afin de leur permettre de rivaliser avec les grosses écuries européennes. Or, l'aléa sportif étant trop contrariant pour les clubs "qui investissent", il faut évidemment faire jouer le levier économique afin que la hiérarchie sportive corresponde à celle des moyens financiers. Concrètement, cela signifie l'avènement d'une Ligue 1 à deux vitesses, avec une distribution des droits de télévision qui attribuera encore plus de ressources à ceux qui en ont déjà le plus. Comme le dit (presque) Jean-Michel Aulas: "Il faut substituer une logique où tout le monde reçoit à peu près la même chose [ce qui est faux NDLR] à une logique de performance [ce qui est déjà le cas NDLR]".

Évidemment, il est difficile d'y parvenir démocratiquement en obtenant de l'ensemble des clubs et des parties prenantes qu'ils fassent le choix d'une telle politique. Aussi les menaces plus ou moins fantaisistes (allant jusqu'à la création d'une ligue privée) et les conspirations semi-ouvertes sont-elles les armes habituelles de ce combat incertain. A minima, il s'agit de peser pour transformer les rapports de force en continuant à grignoter les privilèges, en attendant le rendez-vous de 2012 pour le nouvel appel d'offres des droits de télévision (4).


Ironiquement, ceux qui fustigent le "retard" français veulent à toute force adopter une philosophie dont on est justement en train de comprendre, en Angleterre, en Italie ou en Espagne, qu'elle mène à une impasse. Et alors que le modèle français résiste mieux à la crise, il faudrait encore lui tourner le dos – comme lorsque, il y a quelques années, les mêmes clubs envisageaient d'arrêter ou de délocaliser la formation alors qu'elle est restée un centre de profits majeur – en dépit du fait que son équilibre repose sur son homogénéité. Le Big Four est une vue de l'esprit, il a vocation à le rester.


(1) Lors de l'émission Les spécialistes de jeudi (Canal+ Sport), loin de se crêper le chignon comme les jours précédents à propos du décalage de Lyon-Grenoble, Jean-Michel Aulas et Jean-Louis Triaud se sont rabibochés sur le dos du président de la Ligue. Le premier a stigmatisé les "erreurs qu'il a commises" et une déclaration (sur le manque de fair-play du dirigeant lyonnais) qui ne "va faire qu'aggraver son cas" (cité par L'Équipe). Thiriez est mal payé de ses efforts pour trouver des compromis, comme celui d'une Coupe de la Ligue ouvrant une voie royale aux clubs "européens" de la saison, avec exemption de tours et système de têtes de série.
(2) Loin de nous l'idée de suggérer que ce serait Jean-Claude Dassier, qui avait déjà vendu la mèche d'un diner analogue en décembre, confiant alors au Figaro: "Il est naturel que les patrons du Big Four se parlent. Nous avons des intérêts communs".
(3) Gervais Martel (Lens) et Olivier Sadran (Toulouse) ont ironisé sur la présence du club parisien, non sans préciser qu'ils adhéraient aux revendications de la coterie.
(4) Jean-Michel Aulas : "Si [l'appel d'offres] ne permet pas d'augmenter les ressources des clubs qui prennent des risques, il y aura un problème. Et on ne pourra pas les empêcher de trouver des solutions pour sauvegarder leur avenir" (L'Équipe).



L'empire contre-attaque
L'agitation actuelle a plus qu'un air de déjà-vu: elle constitue le énième épisode d'une série dont le scénario et le casting changent à peine. Sans remonter jusqu'au Club Europe dissous en 2003, fin 2007, une brochette de "clubs premiers" fondait Football avenir promotion (FAP), une sorte de lobby réunissant Paris, Bordeaux, Monaco, Lens, Lyon, Toulouse et Lille (lire "Comment l’élite veut rétrécir le foot").
En 2008, une grève des joueurs avait menacé le déroulement du championnat, en réaction à une tentative des clubs professionnels pour peser plus lourd dans les instances (lire "Les joueurs plantent le piquet"). Ceux-ci avaient tout de même obtenu de nouvelles prérogatives en l'échange de promesses de s'en tenir là (lire "Une grève passe").
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