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Antoine Faye

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Real : la chute de Calderón

Accusé d’avoir truqué la dernière assemblée de socios, le président du Real Madrid part après une tempête institutionnelle et médiatique sans précédent.
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Le 7 décembre dernier se tient la réunion annuelle des socios compromisarios du Real Madrid. Cette assemblée un peu particulière, sorte de Sénat du club, doit – ce jour-là – approuver les comptes et le budget de la saison en cours. Le vote, loin de s'appuyer sur les seuls résultats financiers (pas toujours fiables), est largement déterminé par la situation sportive de l'équipe.


calderon_michel.jpgMichel claque la porte

Or, le début de décembre est sombre. Distancé par le Barça en tête de la Liga, le Real et son président abordent la réunion dans un contexte délétère. Bernd Schuster se permet même d'attiser le feu sous la marmite en assurant que l’assemblée ne sera qu’une "balade" pour le président (1). Michel, directeur du centre de formation, profite pourtant de l'échéance pour claquer la porte avec fracas. Le 3 décembre, veille du 25e anniversaire de la Quinta del Buitre, le numéro 8 emblématique de cette génération dorée démissionne. Il s’épanche dans la presse sur les turpitudes du régime et se dit lassé du "manque de respect et du manque de reconnaissance" de Ramón Calderón (2). Pedja Mijatovic, bien qu’absout de toute responsabilité par son ex-coéquipier, réagit en directeur sportif fidèle au président et tente de discréditer Michel: "Je ne le lui pardonnerai jamais", jure l’ancien attaquant (3).

Au-delà de cette querelle de personnes, c’est finalement toute la gestion du club qui est mise en lumière: recherche systématique de transferts ronflants et onéreux au détriment des jeunes pousses du centre de formation, qui – comme Raúl ou Casillas – peuvent offrir au club merengue le talent que les dirigeants sont incapables de recruter.



calderon_schuster.jpgSchuster se saborde

C’est donc dans cette chaude ambiance que les pro et les anti-Calderón doivent déterminer, par leur vote, la suite de l'histoire. La journée se déroule dans une ambiance malsaine. Devant le Palais des congrès de Madrid, de nombreux socios restent bloqués à l’entrée: ils n’ont certes pas le droit de vote pour une assemblée de compromisarios, mais ils peuvent théoriquement accéder à l’enceinte. Surtout que, par une porte dérobée, des dizaines de personnes, notamment des membres des sinistres Ultras Surs, entrent sans subir le moindre  contrôle.

Dans la salle, Calderón est accueilli sous les sifflets. L’assemblée est divisée. D’un côté, les supporters du président vocifèrent, insultent et scandent le nom de leur favori sans que personne ne les en empêche. Pris en tenaille, les opposants sont insultés, menacés, molestés et censurés dans leurs interventions. Juste avant le scrutin, deux événements se produisent: tout d’abord, le refus des dirigeants madrilènes de procéder au vote à bulletin secret. Puis, il est demandé aux journalistes présents d'abandonner les lieux. Ils obtiendront le droit de rester après de sévères négociations.

Le vote à main levée permet à Calderón – d’une courte tête – de sauver la sienne en obtenant l'approbation des comptes du Real et du budget de la saison en cours (4). L'après-midi même, le Bernabeu réserve au président une monumentale pañolada que couronne Bernd Schuster en conférence de presse: "Dans l’état actuel des choses, nous ne sommes pas en mesure de gagner au Camp Nou" (5). Convaincu de devoir servir de fusible, l’Allemand se saborde et sans surprise, Calderón le limoge dès le lendemain, espérant ainsi calmer la tempête.



Imbroglio Diarra-Huntelaar

L’arrivée de Juande Ramos et la prestation honnête des Madrilènes au Camp Nou porte ses fruits. Le calme revient. Le Real s’active sur le marché des transferts et recrute Huntelaar, malgré sa blessure, et Lassana Diarra. Sur le terrain, le Real remonte la pente, en s'imposant contre Valence (1-0 au Bernabeu). Mais le quotidien Marca lance un premier missile en direction des dirigeants madrilènes, en assurant que Huntelaar et Diarra ne pourront pas être inscrits conjointement pour la Ligue des champions. Dissimulant mal son embarras, la direction madrilène tergiverse et assure qu’elle "connaissait cette réglementation". Ce que personne ne croit.
Le Real enchaîne en triomphant de Villarreal (1-0) puis de Majorque (0-3), retrouvant son efficacité et sa solidité défensive. Les joueurs croient en la remontée, Calderón se permet de faire le tour des clubs de supporters, sans toutefois faire preuve d’un optimisme démesuré quant aux possibilités de couronnement, en fin de saison, du double champion en titre.

Pendant ce temps, Cristina Bermúdez, ancienne secrétaire à la direction du Real, dit tout ce qu’elle sait sur la gestion de Calderón, dans la revue Interviu – élections truquées, transferts surfacturés, commissions gonflées –, et revient précisément sur les venues de Van Nistelrooy, Cannavaro, Higuain et Gago…  Mais aucun journal madrilène ne juge nécessaire de relayer ces informations, pourtant suffisantes à mettre un président dans les cordes.



calderon1.jpgCalderón "sur l'honneur"

Car Marca se prépare à asséner le coup de grâce, en trois actes. Le 13 janvier, le journal du sport et du Real Madrid révèle en une ce que tout le monde savait plus ou moins: "Ramon Calderón a volé l’assemblée". Le journal relève que des personnes n’ayant pas le droit de vote étaient présentes dans la salle, et qu'elles ont toutes voté en faveur du président. Ce sont ces mêmes "intrus" qui se sont montrés les plus véhéments à l’heure de critiquer l’opposition. Lâchant cette première bombe, Marca donne rendez-vous à ses lecteurs le lendemain.
Le jour même, Luis Barcena, président des socios nommé quatre jours seulement avant la tenue de l’assemblée, paraît en conférence de presse pour assumer la responsabilité de toute mauvaise gestion dans cette affaire, et annonce l’ouverture d’une enquête immédiate – qui sera bien évidemment menée par des employés du club.

Le lendemain matin, Marca tient parole et lance une nouvelle offensive en identifiant nommément quelques-uns des électeurs clandestins. Parmi ces figurants, Marca en dénombre qui ne sont pas socios du Real et déniche même – un comble – un socio de l’Atlético Madrid. Le coup est rude, et Calderón décide de convoquer une conférence de presse dès l’après-midi.
Le président se défend et annonce le licenciement de Mariano Rodríguez de Barutell, dit Nanín, un ami intime qu’il affirme pourtant ne pas connaître, et rend publique la démission de Luis Barcena. Tentant une dernière diversion, Calderón jure "sur l’honneur" ne connaître aucune des personnes infiltrées dans l’assemblée, se prétendant même "victime" de toute cette affaire.



calderon2.jpgL'estocade de Marca

En mal d'appuis, le président fait sa cour devant toutes les fenêtres, en prenant notamment la défense des Ultras Surs, qui – selon lui – "n’ont jamais créé de problème". Calderón ne convainc personne, à commencer par les journalistes de Marca et El Mundo (de mèche) qui réclament la tête du président.
Enfin, Marca porte l’estocade. Dans son édition du 15 janvier, le quotidien présente d’autres "infiltrés", parmi lesquels le frère, la sœur et le fils de Ramon Calderón. Le piège se referme sur sa prise. Non seulement, le président madrilène a menti au cours de sa conférence de presse, mais il peut difficilement nier qu'il ignorait la présence de ses proches. Pire, Nanín, en amoureux trahi, laisse éclater sa colère et s'épanche dans tout Madrid en assurant que Calderón savait tout depuis le début.

Les sondages s’affolent: 80, 85 et jusqu’à 90 % des personnes interrogées demandent la démission immédiate de Ramon Calderón. Jeudi soir, Marca exhibe son trophée à la une de son site Internet: Calderón va démissionner vendredi, même si, dans l’après-midi, il assure encore que ce "serait la solution de facilité" et celle d'un "lâche". Vicente Boluda occupera la fonction de président intérimaire jusqu'aux élections de juin, auxquelles il ne sera pas candidat.

Alors, à l’heure où le consensus se fait autour du besoin de changer de tête, où Florentino Pérez laisse filtrer des velléités de retour (lire ci-dessous), et devant le manque de résultats du Real Madrid, à la traîne derrière un Barça insolent, les socios se prennent à rêver d’un président capable de garantir le standing du club et d'assurer l’arrivée des meilleurs joueurs de la planète (6). En un mot, d'une nouvelle ère de galactisme.



Marca contre son camp ?
Au-delà même du sort de Calderón, il convient de s’interroger sur ce soudain revirement de la rédaction du journal Marca… En effet, comment imaginer que ce journal, d’ordinaire arrangeant avec le Real de Madrid, puisse se muter en un pugnace Washington Post ayant eu vent d’un Watergate?
Plusieurs raisons. La première, c’est que si Marca et El Mundo aiment le Real Madrid et s'attachent à ne jamais salir l’institution – ce qui explique leur silence sur des questions délicates comme l’utilisation de l’avion du Real Madrid dans les expulsions d’immigrés clandestins (7) –, ils ont très rapidement tourné le dos à Ramon Calderón, après les élections, manquant peu d'occasions d'écorner son image.


Malgré des résultats sportifs convaincants (deux titres de champion d'Espagne), Ramon Calderón a systématiquement été présenté comme un dirigeant médiocre entouré d'incompétents. Attaché à la conception "florentinienne" du Real Madrid [du nom de Florentino Pérez, son prédécesseur, NDLR], Marca s’est rapidement lassé des promesses non tenues, du personnage et de ses dérapages verbaux, peu conformes à sa fonction. Mais cela suffisait-il à révéler le trucage du scrutin, une pratique malheureusement assez courante dans plusieurs clubs espagnols?

Cette fois, Marca et El Mundo avaient de bonnes raisons de mener Calderón à la disgrâce. Tous les proches de Florentino Pérez  – anciens dirigeant ou anciens joueurs, comme Roberto Carlos – l’affirment: Florentino veut revenir au Real et sa campagne électorale est prête (8). Le déplacement de l’ex-président madrilène à Marrakech, pour y apparaître aux côtés de Ronaldo et Zidane, a confirmé que Florentino cherche des appuis et livre, dans l’ombre, une campagne qui s'appuie sur ses anciens Galactiques.


(1) Les propos de Schuster (AS).
(2) Les motivations de la démission de Michel (El Pais).
(3) Mijatovic ne pardonnera jamais à Michel (El Pais).
(4) Le résumé de l'assemblée, en images.
(5) Les déclarations de Schuster avant de se rendre au Camp Nou (Sport).
(6) Les rumeurs sur un accord entre Cristiano Ronaldo et Florentino Perez sont légion. Le joueur portugais s’est même senti obligé de les démentir. En prévision, Cristiano Ronaldo aurait fait enregistrer la marque CR9. Lire l'article de Sport.
(7) L’avion du real Madrid a bien été utilisé pour l’expulsion d’immigrés clandestins. Lire l'article de Publico.
(8) Le retour de Florentino, envisagé par Sport. Florentino veut se présenter avec Zidane (Marca).
Les déclarations de Roberto Carlos.
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