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Pierre Martini

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Real : le modèle bat de l'aile

Le "meilleur club du monde" encaisse un sévère mais prévisible retour de manivelle. Qui va s'en plaindre?
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Sous le coup de quatre ou cinq défaites spectaculaires qui lui ont successivement coûté la Coupe du Roi, la Ligue des champions et (provisoirement) sa première place en Liga — avec au passage une défaite cuisante dans le clasico —, le club madrilène subit un brusque déferlement de critiques. Tout à coup, éditorialistes, spécialistes et experts moralisent à qui mieux mieux et trouvent tous les défauts du monde à l'armada de Florentino Pérez. On dirait que, obligés jusqu'alors de célébrer le cirque madrilène, grand pourvoyeur d'audience et de "rêve", ils prennent une revanche attendue depuis longtemps. Il est vrai que les fiascos sont presque aussi vendeurs que les success stories… Les mirages de l'emballage Reconnaissons aussi une certaine logique à cette chronologie (celle du retour de manivelle, tout simplement), puisque c'est dans le "money time" des fins de saison, au moment de la remise des prix, que s'apprécie la vraie valeur d'une équipe. Le terrain est donc propice à cette morale tardive: des individualités ne font pas une équipe, les divas n'aiment pas le combat, il n'y a pas de grande équipe sans grands défenseurs, etc. Mais si les dirigeants madrilènes sont coupables d'avoir "bafoué" ces règles élémentaires, il en est de même pour tous ceux qui se sont extasié sans mesure devant leur produit. Fallait-il vraiment attendre ces revers de fortune pour dire que son modèle économico-sportif était contestable, que l'appellation de "galactiques" était d'une grande niaiserie, que ses prétentions étaient abusives? Fallait-il lui prêter autant de qualités, sans autre gage que son casting étoilé et ses quelques démonstrations, sans attendre la confirmation du terrain? On n'a cessé de le dire sur ces pages, mais l'étiquette de "meilleur club du monde" est une absurdité dont le profond crétinisme réside dans la façon de prendre un argument marketing pour une vérité indiscutée, de confondre la valeur marchande ou le potentiel médiatique avec la valeur sportive — confusion pourtant explicitée par le transfert de Beckham. Quelle équipe peut prétendre à la suprématie avant d'avoir conquis les trophées qui l'attestent? Le parallèle est d'ailleurs frappant avec l'équipe de France 2002, qui a raté sa deuxième étoile en enfourchant les trois premières portes de son slalom coréen... La réalité rattrape le Real On peut toutefois comprendre la dimension revancharde des commentaires actuels comme la célébration légitime d'un retour salvateur à la logique sportive, sur lequel tout le monde s'accordera, nous y compris. Et pour être juste, il faut également souligner que la presse spécialisée a régulièrement exprimé ses doutes au cours de cette saison, et qu'une certaine irritation a été perceptible, notamment à l'occasion de la tournée asiatique de l'été dernier — un Barnum largement critiqué pour son mercantilisme explicite et le caractère aberrant d'une telle préparation physique et technique. Au vu d'un début de saison réussi, à l'image de l'intégration de Beckham dans le jeu, le doute était pourtant permis. Dans un football contemporain où les exigences tactiques semblent rédhibitoires, on put croire que le brio technique d'un sextuor de stars rendrait même inutile la possession d'une défense (et d'un banc) de haut niveau. Cela aurait constitué une révolution, qui aurait ravi les partisans d'un football fait exclusivement de virtuosité et d'esthétisme… Las, le modèle "Zidanes-Pavones-Canteranos", avec l'entraîneur en guise de maillon faible entre un président "visionnaire" et des joueurs tout-puissants, a pris du plomb dans l'aile. La réalité a rattrapé le Real, le taclant même sévèrement. En ce sens, l'exploit de Monaco a plus résidé dans la remontée d'un score défavorable face à une grosse équipe, à ce stade de la Ligue des champions, que dans l'élimination retentissante de "galactiques" dont les lacunes sont désormais criantes. Une dream team n'a pas le droit de perdre Avec cette sorte de banqueroute aussi symbolique que sportive, l'exorbitante ligne de crédit du Real est donc coupée du jour au lendemain. Pourtant, le Real "galactique" est-il aussi menacé qu'il faudrait le croire, sous l'influence de diagnostics aussi excessivement catastrophistes qu'ils furent excessivement élogieux? N'ayant pas encore perdu le titre national, il n'a pas non plus totalement raté sa saison à cette heure. Et si c'était le cas, ce ne serait que le premier échec de l'ère Pérez (relatif, puisque la qualification en Ligue des champions est tout de même acquise). Évidemment, la répétition de tels scénarios dans les années à venir entraînerait un discrédit durable et ébranlerait des fondations économiques probablement moins solides qu'il n'y paraît. En attendant, l'impact sur les ventes de maillots et de produits dérivés au Japon peut-il être significatif? Les "marques" du Real (ses joueurs) sont-elles vraiment moins attractives dans l'esprit des consommateurs? Car l'aspect "positif" de la séparation entre logique marketing et logique sportive, c'est que la première peut se passer de la seconde… jusqu'à un certain point tout du moins. Pérez revendique des centaines de millions de fans à travers le monde, mais il a oublié que son club ne pouvait pas se passer de la légitimité acquise sur le terrain, auprès du "cœur de cible" des passionnés. Parmi ceux-ci figurent les supporters du Real eux-mêmes, dont les socios appelés à voter pour la présidence en fin de saison. Si le bilan devrait éviter au dirigeant d'être réellement menacé, la période actuelle montre qu'une dream team n'a pas le droit de perdre et que ses défaillances ne suscitent pas la moindre indulgence. C'est là qu'il ne faut peut-être pas trop douter de l'intelligence du président madrilène, qui va certainement infléchir sa politique dans les mois à venir. Parions que l'embauche d'un véritable entraîneur, capable d'imprimer son sceau technique et son autorité, est déjà programmée, que le projet de recruter Thierry Henry va retourner dans les cartons et que Florentino Pérez va bientôt trouver des vertus nouvelles aux défenseurs haut de gamme ou aux joueurs qui, à défaut d'en faire vendre, mouillent les maillots…
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