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Antoine Faye

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Peter Crouch : Grandeur nature

Real Madrid Circus 2006/2007, épisodes 9 & 10

La saga s'achève avec un feu d'artifice au-dessus du château. Le Real est champion, mais il tourne une page.
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Épisode 9 : irrésistible> Épisode 10 : fête et révolution au royaume
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> Épisode 1 : une guérilla électorale
> Épisode 2 : la maison Capello
> Épisode 3 : Capello et Cannavaro sur un bateau
> Épisode 4 : l'éclipse des galactiques
> Épisode 5 : Calderón fait sauter la Maison blanche
> Épisode 6 : Ronaldo, l'adieu à Madrid
> Épisode 7 : douches froides en série
> Épisode 8 : un phénix au Camp Nou
> Épisode 9 : irrésistible
> Épisode 10 : fête et révolution au royaume


Episode 9 : irrésistible

31e journée de Liga. Madrid-Valence. La première finale de la saison, pour un Real qui a retrouvé l’ambition et la détermination. Au terme d’un match plaisant, Capello gagne sa bataille tactique contre Quique Sánchez Flores et son équipe s’impose 2-1. Le premier but madrilène est le symbole du changement: une action collective, parfaite, à une touche de balle, que ponctue une magistrale reprise de volée de Ruud Van Nistelrooy (1).

Coup de pouce administratif
En plus de produire un football de qualité, le Real se montre courageux en reprenant l’avantage après l’égalisation de Morientes. Conduits par un Raúl retrouvé pour son 600e match sous la tunique blanche, les hommes de Capello écartent Valence de la course à la Liga et peuvent continuer à rêver.

Et puisque le vent souffle en faveur du Real, on voit même la Commission de discipline de la fédération espagnole donner un petit coup de main aux Merengues. Comme au "bon" vieux temps… Au cours de la ballade des Madrilènes à Bilbao (1-4), David Beckham reçoit son cinquième carton jaune, synonyme de suspension pour le prochain match contre le FC Séville. Mais les autorités fédérales absolvent le Britannique, arguant d’un défaut de motivation dans la feuille de match. Malgré l’indignation des concurrents du Real et de Séville, et la protestation unanime du corps arbitral (lire aussi "Comment blanchir les cartons jaunes"), David Beckham pourra donc disputer la rencontre (2).


Capello en stratège
Le choc Madrid-Séville est un des matches phares de la saison. Le Real monte en puissance, certes, mais il doit affronter la meilleure équipe espagnole du moment. La rencontre est donc un baromètre qui permet de mesurer précisément les  réelles possibilités madrilènes. Dans un match de très haut niveau, manœuvré par les deux maîtres tacticiens de la Liga, Capello vient à bout du schéma de Juande Ramos. Le Real impose son style, mais dans la douleur. Les Madrilènes doivent remonter un but "Zidanien" de  Maresca (3), ce qui sera fait en deuxième mi-temps.

Capello démontre à cette occasion son art du coaching. Les changements décidés par l’Italien sont judicieux et décisifs. La rentrée de Guti, à une demi-heure de la fin a illuminé le jeu madrilène et amené avec elle les trois buts merengues. Le Real écarte un autre sérieux concurrent dans la course au titre. Il ne reste plus que le Barça, dont la progression est irrégulière. Et puisque le Real retrouve ses ambitions, les Ultras Surs peuvent se permettre quelques excentricités, comme cette pancarte protestant contre la possible participation du Barça en finale de Coupe du Roi, qui doit se disputer au stade Santiago-Bernabeu (4).


Retour en tête
Le Real et ses supporters se retrouvent, la communion prend forme. À tel point que Fabio Cannavaro peut enfin présenter, quelques minutes avant le match du Real contre l’Espanyol  – soit cinq mois après leur obtention – les trophées individuels qui l’ont consacré comme meilleur joueur de l’année 2006. Depuis le Clásico, le Real poursuit son ascension, pendant que le Barça enchaîne les contre-performances… Tout est prêt pour que le Real prenne la tête de la Liga: à quatre journées de la fin, le Real dame le pion des Catalans.

Pendant que le Betis tient les Blaugranas en échec au Camp Nou (1-1), les Madrilènes livrent en effet un match épique contre l’Espanyol. Encore une fois, le Real joue à se faire peur. Les Blanquiazules font une entame de match tambour battante et mènent 2-0 au Santiago Bernabeu après seulement 26 minutes de jeu, puis 3-1 à la 33e minute. Comme souvent, pour ne pas dire comme toujours, c’est Raúl qui sonne le réveil des troupes en réduisant le score. Puis, José Antonio Reyes égalise en deuxième mi-temps, avant que, dans les dernières minutes du match, Gonzalo Higuaín s’extirpe de la défense perica pour marquer le 4-3 définitif. Le Real a livré un match à l’image de sa saison: poussif au début mais irrésistible au final. (5)

Par cette victoire compliquée mais décisive, le Real prend la tête de la Liga, pour la première fois de la saison. Raúl, interrogé en conférence de presse, signale que "Capello est le seul responsable de l’amélioration de l’équipe" (6). Commence maintenant ce que Capello sait faire le mieux: assurer le résultat, coûte que coûte.


(1) Pour les amateurs, la vidéo et les commentaires de la Cadena Ser.
(2) Ce qui ne va pas sans provoquer la colère des Sévillans.
(3) La vidéo du but de Maresca au stade Santiago-Bernabeu.
(4) Lire la partie "Incidencias" (Marca).
(5) La Cadena Ser tente de résumer cette journée agitée. 
(6) Les propos de Raúl, restitués par la Cadena Ser.




Episode 10 : fête et révolution au royaume

Hasard du calendrier, c’est à Huelva que le Real livre son premier match en position de leader de la Liga. Contre cet adversaire qui s’était montré souverain au Bernabeu, le Real doit à nouveau serrer les dents. Un match âpre, que le Real a contrôlé dans un premier temps, menant même 0-2, avant de laisser les Andalous revenir en profitant d’une certaine suffisance des joueurs de Capello. Mais dans le temps additionnel, c’est un coup franc en force de Roberto Carlos qui offre trois points capitaux aux Madrilènes, à trois journées de la fin de la Liga (1). La victoire en un set gagnant (0-6) du Barça au stade Vicente-Calderón, contre l’Atletico, permet aux joueurs de Frank Rijkaard de rester au contact, mais pas de reprendre la tête.

Le miracle de la 37e journée
Deux semaines plus tard, le championnat bascule en dix-huit secondes, à trois cents kilomètres de distance, au cours d’une 37e journée au scénario incroyable. Alors que les dernières minutes se disputent entre le Barça et Espanyol, et entre Saragosse et le Real Madrid, le Barça domine son voisin (2-1) et Saragosse, le Real (2-1 également). À 22h47 et 19 secondes, Ruud Van Nistelrooy égalise pour le Real, et ramène virtuellement les Merengues à un point du Barça. Dix-huit secondes plus tard, au Camp Nou, Raúl Tamudo, avant-centre de l’Espanyol, crucifie le Barça et l’Espanyol arrache le nul (2). Le Real conserve la tête par miracle.

Sitôt le coup de sifflet final, et oubliant sans doute qu’une journée est encore à jouer, Ramón Calderón s’offre un tour d’honneur au Stade de la Romareda, pour saluer les milliers de supporters madrilènes ayant fait le déplacement (3). Le président présente une vaste panoplie de gestes vainqueurs, et brandit sans discernement les écharpes et les drapeaux (pas toujours madrilènes) qui passent à sa portée. L’euphorie est palpable au sein de l’effectif, alors que le Barça, qui n’est plus maître de son destin, en est réduit à espérer un faux-pas de ses rivaux.


Pas de miracle pour le Barça
Le scénario de la 37e journée se répète pour le compte de la dernière. Le Barça s’assure très vite une confortable avance sur le terrain de Tarragone (1-5) en espérant que le Real trébuche. Mallorca, adversaire des Merengues, laisse entrevoir le miracle pour les Catalans. Les insulaires ouvrent le score dans un Bernabeu qui n’avait pas envisagé tel scénario. À la mi-temps, comme le racontera plus tard Capello, les joueurs étaient pétrifiés… comme lui: "Ce fut le seul  match où j’ai cru qu’on ne reviendrait pas" (4). Mais après tant de péripéties et de rebondissements, le Real ne pouvait pas laisser échapper le titre. Capello fait des changements judicieux et remplace Beckham – blessé – par Reyes. Sur son premier ballon, le joueur sévillan égalise. Le Real pousse alors, avec toute la rage des quatre saisons sans titre que traîne le Bernabeu.

Comme souvent, dans un sport où les paradoxes sont monnaie courante, c’est Mahamadou Diarra, l’un des joueurs les plus critiqués cette saison au Real, qui marque le but de la délivrance. Sur un corner, le Malien donne un coup de tête rageur à dix minutes de la fin. Le Bernabeu ne retient plus ses cris et ressort des oubliettes phonographiques l’aussi fameux qu’arrogant "Así, así, así gana el Madrid", disparu des travées depuis 2003. Toujours à la merci d’un retour des Majorquins, l’euphorie laisse place à la crispation à chaque fois que les joueurs de Gregorio Manzano touchent le ballon. Jusqu’à ce que Reyes parachève le triomphe madrilène en signant le troisième but de son équipe à trois minutes de la fin.


Capello : le titre et le départ
"Dans la médiocrité, Capello gagne presque toujours", résume Arrigo Sacchi. Le Real obtient ainsi son trentième titre de champion, et les plus anciens, Gutí, Raúl et Casillas sont les plus démonstratifs dans leurs célébrations. Dix ans après son premier titre de champion de la Liga, Capello est porté en triomphe par ses joueurs. L’Italien savoure sa vengeance... Régulièrement interrompu par les sonneries de son portable en conférence de presse, l’entraîneur italien lâche perfidement: "Maintenant, ce sont tous des amis".
Pendant ce temps-là, les rues de Madrid s’emplissent de supporters, plus d’un million, qui se réunissent autour de las Cibeles, l’habituel lieu de célébrations des titres. Raúl, pour la première fois en tant que capitaine, coiffe las Cibeles d’une écharpe et un drapeau madrilène, pour ce qui restera comme l’une des images de l’année… La célébration est tout de même empreinte de nostalgie, avec les départs certains de Beckham et Roberto Carlos.

Mais ce Real s’accommode mal du succès. Fabio Capello sent que le titre de champion ne le sauvera pas. Dès le lendemain, il se dit "sûr" que le Real lui cherche un remplaçant (5), bien que Mijatovic l’assure du contraire et que Diarra, Gutí ou Van Nistelrooy prennent publiquement position en faveur de Capello. Conscient que son sort sera scellé dans les jours à venir, l’Italien part quand même en vacances au Tibet. Un coup de téléphone finit par troubler la quiétude himalayenne. Pedja Mijatovic annonce à Capello que le Real Madrid le licencie. Ce qu’il considère comme une "trahison". Une décision bizarre puisque finalement, le titre de champion a permis à l’entraîneur italien de conquérir l’adhésion de ses joueurs et des supporters. Le Real Capellien a même produit un jeu de bonne qualité dans les dernières semaines de compétition.


Révolution dans l'effectif
Ce n’est pas la première fois que le Real se sépare d’un entraîneur tout juste sacré champion d’Espagne. En 1989, le licenciement de Leo Beenhakker marque le début d’une période de vaches maigres pour le Real qui, malgré un dernier titre en 1990, est écrasé par le règne du Barça de Johann Cruyff. En 2003, c’est Vicente Del Bosque qui prend la porte en dépit du titre. L’entraîneur moustachu, pas assez glamour pour Florentino Perez, était le dernier entraîneur madrilène vainqueur de la couronne espagnole, avant que Capello ne la récupère. Une deuxième reconstruction s’engage. Le Real veut dégraisser son effectif et Ramón Calderón prétend ramener le beau jeu au Santiago Bernabeu. 

Le dirigeant fait appel à Bernd Schuster, son candidat préféré, pour diriger le Real Madrid. Cette venue s’accompagne d’une vague de départs galactiques et capelliens: Cassano est expulsé vers l’Italie où la Fiorentina le récupère en prêt, Emerson est envoyé à Milan pour cinq millions d’euros, Cicinho part pour Rome, pour huit millions, Roberto Carlos et Beckham s’engageant, respectivement, en faveur de Fenerbahçe et les Los Angeles Galaxy. La colonne des arrivées est chargée. Non content d’avoir dépensé 106 millions d’euros pour obtenir le titre de Liga, Ramón Calderón consacre cette fois 119 millions d’euros pour la conserver (6). En début de saison, au vu des matches de préparation et du revers cuisant subi en Super Coupe d’Espagne, contre Séville, tous les doutes étaient encore permis: le Real avait-il gagné la Liga dans un moment d’égarement?


(1) Le compte-rendu du match, par El Mundo
(2) La vidéo et les commentaires – d’une grande impartialité – de la Cadena Ser :
(3) Cette prestation choque même les madridistes les plus convaincus, comme l’animateur Pablo López, titulaire d’un blog sur le site de Marca.
(4) C’est ce qu’il assure dans l’édition du 22 août de Marca.
(5) Le quotidien Sport rapporte les propos tenus par Capello. 
(6) En détail: les arrivées de Metzelder (Borussia), Saviola (FC Barcelona) et Dudek (Liverpool) ont vété gratuites. Celles de Robben (36 millions d’euros, Chelsea), Heinze (12 millions, Manchester United), Pepe (30 millions, Porto),  Sneijder (27 millions, dAjax), Drenthe (12 millions d’euros, Feyenoord).
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