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Antoine Seignez

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Blanc 1998, le but en Nord

Saoudien, tu as gagné

Logiquement éliminée au premier tour, l'Arabie Saoudite aura pourtant marqué cette Coupe du monde par sa séduisante mais naïve envie de jouer malgré des individualités limitées. Et aura finalement décroché une victoire symbolique pour partir la tête haute.

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Saoudien, loin des clichés qui pourraient évoquer Sinbad ou Aladdin, tu ressembles trait pour trait au Petit Poucet de Charles Perrault. Car tu es le moins fort. Le moins fort des trente-deux. Pourtant, Saoudien, tu as été beau. Je veux croire que l’entraîneur qui t’a qualifié pour la Coupe du monde, Bert van Marwijk, a été démis de ses fonctions à l’automne dernier pour que tu puisses briller. Pas par tes résultats; était-ce seulement possible? Par le chatoiement de ton jeu. Car tu t’es moins battu, tu t’es moins démené, tu as moins lutté que tu n’as joué.

 

 

Gammes et accords

Pour ton entrée en matière, tu as appliqué le plan de jeu de ton nouvel entraîneur, Juan Antonio Pizzi. Tu l’as appliqué, Saoudien, devant les yeux du monde, car tu jouais en ouverture contre la Russie, pays hôte. Saoudien, tu as peut-être oublié un précepte, ce soir-là: la rigueur n’est pas diabolique. Bien jouer demande une certaine rigueur. Seuls les génies peuvent se laisser emporter par leur fantaisie, leur dilettantisme; ô, Saoudien, tu n’en es pas un! Alors les Russes ont empilé les buts, profitant de tes lacunes. Tu en avais, tu le savais.

 

 

Puis l’Uruguay, ton contraire. Tu savais que c’était une équipe extrêmement solide, très talentueuse sur quelques postes, prudente, défensive, implacable. Tu t’es voulu plus rigoureux qu’au premier match et te disais que ton jeu n’aurait dû qu’en être meilleur. Mais l’adversaire ruinait tous tes efforts, avec une application qui aurait été exemplaire si elle avait été déposée sur l’autel d’un jeu chatoyant. Mais tu ne juges pas, Saoudien, tu restes concentré sur toi-même. Un but à zéro pour eux, tu es déjà éliminé. Tu n’as pas marqué une seule fois.

 

 

Symphonie

Le troisième match du groupe sera le dernier de cette Coupe du monde pour toi. Un stade, deux buts, un ballon, onze joueurs en face: c’est un match qui ressemble à un autre, tu le joues. Et tu le joues bien. L’adversité est moins valeureuse qu’avant. Tu as plus de temps, tu as plus d’espace, tu as plus de prestance.

 

Saoudien, enfin, tu es vraiment beau. Dans les intentions et dans la réalité de ce monde. Ton jeu est léché, délicat, patiemment et joliment construit, se déploie en une ou deux caresses de balle. Il n’est pas non plus dénué de spontanéité. Un ballon revient vers toi à l’entrée de la surface? Tu le reprends de volée. Bien sûr elle n’atteint pas le but. Bien sûr certaines passes finissent en touche. Bien sûr l’attaquant vedette de l’équipe adverse a pris le meilleur sur toi et a ouvert le score.

 

Bien sûr tu as raté un pénalty, ou plutôt ton tir a été détourné par l’arrêt de toute beauté d’un vieux gardien (as-tu apprécié?). Mais à force de combinaisons, d’attaques placées, de centres brossés, tu as obtenu un second penalty et l’as transformé, et en renouvelant encore tes combinaisons, tes attaques placées, tes centres brossés, tu as, toi, gagné. Oui, chétif Saoudien, tu as marqué à la dernière minute à la suite de passes en triangle et par une volée dans le petit filet. Magnifique.

 

Tu peux être content. Qui gagne sans compromission, ici-bas? Ta victoire est splendide par sa manière, son scénario et sa gratuité. Saoudien, tu es nous, dans notre médiocrité et dans l’éclat de nos rêves.

 

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