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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Joue-la comme Bergkamp

Séville-Lyon : rincés par le pressing

Battus 1-0 en Espagne par une équipe plus talentueuse mais imparfaite et déjà en danger pour une éventuelle qualification, les Lyonnais ont payé leur incapacité à répondre à la hausse d'intensité de leur adversaire.

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Le scénario catastrophe qui pouvait être redouté après la première rencontre de poule semble petit à petit prendre forme. Si Lyon ne prend aucun point face à la Juventus, ce qui est largement envisageable, et que Séville bat deux fois Zagreb, ce qui l’est au moins autant, l’OL sera éliminé de la Ligue des champions après quatre journées. On reviendra alors sur cette rencontre face à l’adversaire principal dans la course à la qualification. Et cette défaite 1-0 qui dit autant des lacunes de Lyon que des forces sévillanes.

 

 

Lyon démarre bien

Il est toujours risqué de tirer des enseignements sur la valeur d’une équipe à partir d’un seul match. D’un jour sur l’autre, la réussite des joueurs et la pertinence de leurs choix peut varier. Celui qui a découvert Franco Vazquez mardi soir aura ainsi du mal à imaginer que ce milieu de terrain incapable de faire un contrôle est habituellement du genre magicien balle au pied. Mais il y a tout de même des tendances, particulièrement du côté de Séville et de Lyon, deux équipes dont les forces et les lacunes collectives ne changent pas. Côté espagnol, on arrive à récupérer la balle haut et on a la qualité technique pour la faire circuler à l’infini, mais on a du mal à se créer des occasions sur attaques placées et à se replier. Côté lyonnais, la qualité individuelle de quelques éléments au-dessus du lot transcende une équipe qui rentre bien dans ses matches mais n’arrive pas à les finir – surtout quand les données du problème changent en cours de route.

 

 

Et c’est bien là le problème. Car les Rhodaniens, pourtant moins bien équipés sur le papier, ont bien commencé leur rencontre à Sanchez Pizjuan, se procurant des occasions grâce à Nabil Fekir et Corentin Tolisso, leurs deux meilleurs éléments offensifs en l’absence d’Alexandre Lacazette. Face à une équipe espagnole beaucoup plus prudente que prévu, Sergi Darder pouvait également bénéficier du temps nécessaire pour faire les bons choix et les latéraux évoluaient comme des ailiers – plus dans le positionnement que la qualité des gestes offensifs. Sans être forcément souverain derrière (action litigieuse dans la surface et but refusé à Ben Yedder) ni avoir la possession, Lyon pouvait jouer les yeux dans les yeux avec son adversaire. Sauf que quand celui-ci a passé la vitesse supérieure, il n’y a pas eu de réponse.

 

 

Pressing efficace

Bruno Génésio endort-il ses joueurs à la mi-temps ou les mauvaises secondes périodes sont-elle une coïncidence? Ce qui est certain, c’est que Jorge Sampaoli, toujours aussi impliqué sur le bord du terrain, a dû faire passer un message clair à ses troupes: maintenant, on va chercher les Lyonnais très haut. Rien d’extraordinaire puisque ce pressing intense est la marque de fabrique de son équipe, mais un changement radical par rapport à la première période. Et un changement total dans l'intensité qui a laissé l’OL sans solution, hormis les quelques contres en égalité numérique qui arrivent à chaque fois qu’on arrive à sortir de l’étau sans dommages.

 

Comme face à Paris lors du Trophée des champions, le résultat a été automatique: Séville, qui avait des difficultés à percer un bloc en place, s’est régalé à récupérer le ballon à trente mètres du but. Pour attaquer, façon Dortmund de Klopp, ou défendre, façon Barça de Guardiola qui endormait ses adversaires à coups de toros. Un style dans lequel se régale Samir Nasri, seul joueur complètement libre d’un système intéressant à défaut d’être révolutionnaire, et sur qui pèse une partie des responsabilités offensives quand l'adversaire reste en bloc.

 

Forcément prévenu, puisque le pressing sévillan conditionne tout son jeu, le coach lyonnais n’a jamais trouvé la solution. Le pouvait-il? Premier constat, son 3-5-2 pose problème dès le 3. Yanga-Mbiwa-Nkoulou-Morel: ce trio, léger à l’échelle de la C1, l’est encore plus quand on demande à ses membres de relancer. Mis sous pression, privés de temps, ces joueurs doivent faire le bon choix dans des situations où tous les partenaires sont marqués. Pour citer Cruyff: "Un mauvais joueur n’est pas mauvais parce qu’il tire dans son propre but, mais parce que lorsque vous le mettez sous forte pression, il perd le contrôle du ballon. Il faut donc accélérer le rythme du match et il vous rendra automatiquement le ballon." Dans certains cas, les lacunes techniques ne se voient pas. Mais si même la Juventus a été incapable de produire quoi que ce soit pendant 45 minutes lors de la première journée malgré un Bonucci toujours là pour la sortir de la galère, l’affrontement sentait le souffre.

 

 

Problème de relance

Et c’est ici qu’on élargit aux problèmes des choix de joueurs. Mardi, et contrairement à celui de Jorge Sampaoli, le coaching de Bruno Génésio n’a rien amélioré et on a un peu de mal à comprendre la logique du repositionnement de Tolisso arrière droit. Mais, dans le fond, peu importe que l’entrée de Ghezzal ait apporté ou non. Lyon aurait certes pu gagner cette rencontre alors que l’effectif d’en face est bien plus étoffé, plus expérimenté, et que la deuxième période sévillane est la plus cohérente depuis le début de saison, mais c’est un point commun que partagent tous les adversaires de ces équipes qui se jettent à corps perdu dans le pressing. Qui plus est avec un seul milieu récupérateur, l’excellent N’Zonzi (Didier si tu nous lis).

 

Les contre-attaques bien négociées peuvent permettre de gagner sans voir le ballon, chose qu’aurait très bien pu faire Monaco dans une rencontre de ce type. Mais la dynamique globale est lourde (les expected goals sévillans sont supérieurs à ceux de la Juventus et de Copenhague, vainqueurs 4-0) et ne repose pas sur un "manque de réussite" invoqué par l’entraîneur et plusieurs compte-rendus.

 

 

Si on devait modestement suggérer un début de solution au problème, on évoquerait le nom d’Emmanuel Mammana. À première vue plus à l’aise avec le ballon que ses compères de la défense, il présente toutes les caractéristiques pour ce genre de rencontres. Contrairement à la Ligue 1, où on défend majoritairement en recul-frein et n’embête l’arrière-garde adverse que sur des combinaisons et coups de pieds arrêtés, la coupe d’Europe vous envoie face à des équipes qui attaquent sans ballon. À l’importance du placement et du physique se substitue celle de la technique. Face à Las Palmas ou Bilbao, formations au niveau homogène et très élevé dans le domaine, le pressing sévillan fut beaucoup moins efficace et l'équipe de l'ancien sélectionneur chilien semblait à court d'idée.

 

Cette capacité à pouvoir construire par-delà les dispositifs tactiques n’est pas la seule raison qui explique le succès européen du football espagnol et les difficultés d’autres pays, mais c’en est une. Ce qui semble aider à gagner en France est un handicap à l’internationale. Même Thiago Silva, impeccable derrière, se refuse souvent à faire des relances verticales qui cassent les lignes. Plus facile à voir qu’à faire, certes. Mais quand on voit Fekir caresser le cuir, on rêve de voir ses partenaires se mettre au diapason.

 

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