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Bixente Tiramisu

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Pinault culte

Sex and drugs and english football

Tribune des lecteurs Le scandale est-il consubstantiel du foot anglais, dont l'image est aujourd'hui ternie par plusieurs affaires sordides?
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Révélée la semaine dernière par The Sun, une nouvelle et sordide affaire de mœurs secoue le football anglais, plus que jamais confronté à ses turpitudes et à ses excès, loin de l’image idyllique du championnat ouvert et débridé que l’on nous survend parfois. Une jeune fille de dix-sept ans aurait été violée dans la nuit du 26 au 27 septembre par plusieurs footballeurs de Premiership dans un luxueux hôtel de Londres, après avoir consenti librement de coucher avec un joueur rencontré en discothèque. Depuis les premières fuites, l’affaire fait les gros titres des tabloïds, qui rivalisent dans la surenchère pour attirer leurs déjà très nombreux lecteurs. Allusions pas très fines, photos floutées de joueurs suspectés d’avoir participé au "group sex", confessions d’un agent de joueurs, tuyaux exclusifs chez Scotland Yard: rien ne manque à cet abject feuilleton. Par crainte de procès et, on l’espère, par déontologie, les journaux "sérieux" se contentent de rapporter les moindres détails de l’enquête en cours sans donner aucune identité de joueur, mais n’importe quel internaute pas trop nigaud peut facilement trouver sur la toile les noms des "suspects", coupables déjà désignés. Et via le cyber tam-tam de la rumeur galopante, on aboutit à des listes qui s’allongent d’heure en heure. Ayant joué un match à Londres le week-end du viol présumé, les équipes de Newcastle, Aston Villa et Liverpool sont dans le collimateur de la justice, et donc des médias populaires. Mais quelques équipes qui accueillaient seraient aussi en cause, dont Arsenal. Ce week-end, la BBC et Sky ont dû baisser leurs micros d’ambiance pour éviter que quelques chants trop accusateurs ne soient audibles. De son côté, la jeune fille à l’origine de ce nouveau scandale a déjà pris l’un des meilleurs publicists de la place, Max Clifford, agent de relations publiques qui se fera fort de vendre l’exclusivité de la nuit de sa cliente aux tabloïds les plus offrants. En attendant l’autobiographie en vente dans trois mois? À quelques jours d’un crucial Turquie-Angleterre qui fait craindre le pire quand on connaît le contentieux entre supporters des deux pays, cette énième incursion du foot anglais dans la rubrique fait divers ne fait que confirmer que la "lad culture" de nos amis britons est toujours aussi puissante. Les lads? Des gars de dix-huit à trente-cinq ans, passionnés de foot, d’alcool et de jeunes filles. Dans l’ordre, ou plus souvent le désordre et le chaos. Et quand ces lads habituellement désargentés sont aussi footballeurs professionnels, payés plus de 20.000£ la semaine, ils ne vont plus acheter de la binouse au cornershop du coin ou se pinter au pub devant le match du soir sur Sky, mais fréquentent les clubs les plus tendance de la très Perfide Albion. Des bars ou discothèques où le quidam n’a pas droit de cité dans les carrés VIP mais où la densité de jeunes filles prêtes à tout pour se faire remarquer des footeux entraîne parfois des débordements. Il y a tout juste quelques heures, un joueur de Leeds a été arrêté par la police pour une présumée agression sexuelle sur une jeune fille de vingt ans après une nouvelle soirée trop arrosée. Et le Gallois Craig Bellamy (Newcastle) vient pour sa part de récolter une amende de 750£ pour avoir provoqué une rixe à la sortie d’une boîte de Cardiff en mars dernier. A qui le tour? En comparaison, les écarts passés de George Best, Bobby Charlton, Bryan Robson, Tony Adams ou Paul Merson paraissent presque raisonnables face au comportement de ces nouveaux prédateurs, qui chassent les bimbos avec un appétit hors du commun. Depuis une dizaine d’années, la chronique des incidents impliquant des footballeurs de haut niveau est hélas très riche. Sir Alex Ferguson a eu beaucoup de mal à faire le ménage à son arrivée à Manchester, mais il a réussi à faire des Red Devils des garçons plutôt civilisés hormis quelques incurables (Keane, Yorke et Cole en leur temps). Arsène Wenger avait aussi eu du boulot avec les dossiers Adams et Merson à Arsenal, tout comme Houllier avec Fowler à Liverpool. Un Fowler dont la carrière un temps prometteuse n’a jamais vraiment décollé, noyée dans les excès de toute sorte. Et certains observateurs craignent déjà que Wayne Rooney, le jeune prodige d’Everton, ne suive de trop près les traces alcoolisées de Paul "Double Belly" Gascoigne, exilé en Chine après vingt-trois come-backs et vingt-quatre cures de sevrage. La FA (Fédération anglaise) et le syndicat des joueurs professionnels doivent impérativement faire le ménage et instaurer un système de prévention avant que la justice civile ne soit obligée de sanctionner durement et logiquement les fautifs. Comment? En obligeant les clubs à ne plus seulement se pencher sur les qualités sportives de leurs joueurs. Dépister les traces de stupéfiants ou d’alcool chez les futures recrues ou les jeunes du centre, généraliser la présence d’un suivi psychologique, sensibiliser les apprentis footballeurs des academies aux dangers du haut niveau: il y a beaucoup à faire. Mais attention de ne pas jeter la pierre aux seuls joueurs. Souvent issus d’un environnement social modeste, ils passent en quelques mois d’un contexte pénible à une vie, en apparence, de rêve: starification, argent en masse, voitures de luxe, restaurants à la mode, filles splendides… et parfois très intéressées. Qui se souviendrait aujourd'hui de Victoria Adams si elle n’était pas devenue Mme Beckham? Qui peut encore citer le nom des autres Spice Girls? Il suffit d’ouvrir un tabloïd pour voir étaler les confessions payées au prix fort de starlettes improbables qui racontent en détail leurs nuits torrides avec le dernier présentateur à la mode, chanteur ou sportif en devenir. Un business comme un autre, qui fait beaucoup d’heureux, sauf quand il tourne au drame humain. Etait-ce le cas dans le chambre du Grosvenor House de Londres l’autre soir?
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