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José-Karl Bové-Marx

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Une parodie de football

Tableau de déshonneur

La semaine dernière, dans l’ombre des "grandes équipes fidèles au rendez-vous" et des "belles surprises de la compétition", seize pays déconfits ont sombré dans le désespoir et l’alcoolisme…
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Après avoir trimé pendant des mois et des mois pour se qualifier, la moitié des sélections convoquées n’ont connu, lors de la phase finale, qu’un éphémère tour d’honneur, ou parfois de déshonneur. Mais les destins des mondialistes malheureux ne sont pas tous identiquement dramatiques. Comme toujours, les petits poucets qui ont crânement joué leur chance et embêté les gros rentreront à la maison en héros nationaux, tandis que les outsiders autoproclamés éjectés dès les poules vont plus vraisemblablement être accueillis à coups de tomates pourries. Rapide tour d’horizon de ces équipes que vous ne verrez plus (et, pour certaines, c’est pas plus mal).


A l’Est, rien de nouveau

Le football est-européen, souvent loué pour son inventivité et grand pourvoyeur de joueurs exceptionnels, a connu une sévère désillusion pendant la phase finale. Si l’Ukraine a passé le cut d’extrême justesse, non sans exploser en chemin face à l’Espagne et bénéficier d’un penalty plus que généreux contre la Tunisie, les autres nations de l’ancien bloc communiste se sont proprement effondrées. On regrettera la disparition d’une équipe tchèque décapitée en attaque et qui avait pourtant, au vu de son premier match contre les Américains, des dispositions analogues à son brillant parcours portugais de 2004. Le retour zidanien de Nedved n’aura donc pas servi à grand-chose…

En revanche, rares sont ceux qui pleureront la Pologne, statique et hésitante, dont le seul fait de gloire, au-delà d’une dernière rencontre anecdotique face au Costa Rica, aura été de résister avec vaillance à l’ennemi allemand. Quant aux anciennes sœurs serbe et croate, elles n’auront guère fait honneur à leurs prédécesseurs, ces Brésiliens de l’Europe qui ont fait frémir le continent dans les années 1980 et 1990. L’ouverture des championnats nationaux à tous vents depuis une quinzaine d’années explique-t-elle le reflux de ces sélections? L’affirmer serait oublier les excellentes campagnes tchèques (1996, 2004) ou croate (1998) dans des compétitions internationales — des succès dus en grande partie à l’expérience accumulée par les joueurs expatriés dans les grandes ligues ouest-européennes. La raison des échecs de 2006 est sans doute plus simple: moyennement peuplés (sauf la Pologne), ces pays ne peuvent simplement pas produire sans cesse des générations brillantes. Tout le monde n’a pas (encore?) les structures de détection et de formation des Pays-Bas (15 millions d’habitants dont une bonne moitié de joueurs de haut niveau)…


De l’importance du tirage au sort

Si les huit têtes de série désignées au classement FIFA tremblaient, au moment du tirage au sort, à l’idée de devoir se coltiner des épouvantails comme les Pays-Bas ou l’Angleterre, placés dans le deuxième chapeau, les "petits poucets" avaient eux aussi leurs craintes. Car un parcours surprise doit souvent beaucoup à un premier tirage favorable. Ainsi, on tremble rétrospectivement en pensant que, en lieu et place d’une sélection togolaise courageuse mais limitée et rongée par de sombres querelles internes, la France aurait pu se retrouver avec la Côte d’Ivoire en guise d’adversaire africain. Les coéquipiers de Drogba (ou de Kouassi, selon qu’on souhaite insister sur la qualité ou sur les lacunes de l’équipe) sont sans doute la sélection dont on déplore le plus l’absence en huitièmes. Menés à chaque match 2-0, ils ont toujours su refaire tout ou partie de leur retard, preuve que leur mental était à la hauteur de leur talent. On les reverra en 2010, vraisemblablement plus aguerris (un joueur comme Yaya Touré, par exemple, semble promis à une immense carrière)… et peut-être plus chanceux au tirage, aussi.

Les autres éliminés n’auront pas trop eu à se plaindre de la répartition des groupes, à l’exception des Etats-Unis qui auraient pu, à la vue de leur capacité à tenir le choc face à l’Italie, espérer destin plus glorieux. Ainsi, le Japon, la Corée du Sud et l’Iran, outsiders annoncés, n’ont pas su profiter de groupes a priori à leur portée. Quant à la Tunisie, pas bien fringante, elle aura hypothéqué ses chances dès la première rencontre en ne battant pas l’Arabie saoudite. De même, le Paraguay, fidèle à son image défensive et pour tout dire sinistre, s’est montré incapable d’attaquer face à des Anglais et des Suédois franchement moyens. Enfin, le Costa Rica n’a eu pour seul mérite que d’inciter les défenseurs allemands à mieux s’aligner quand ils jouent le hors-jeu — si le pays hôte triomphe le 9 juillet, il pourra remercier Wanchope pour la piqûre de rappel.

On n’aura pas les mêmes réserves à propos des Saoudiens, décidément trop dépourvus en talents, des Togolais au pedigree folklorique (le monde entier connaît à présent la JA Poire-sur-vie), des Angolais qui ont bien tenu le choc défensivement (seulement deux buts encaissés) et surtout des Trinidadiens, dont le culot et l’organisation ont été remarquables dans leurs deux matchs contre les équipes européennes. Le plus petit pays qualifié (120.000 habitants) aura pleinement justifié sa présence, avec sa star historique et héroïque (Dwight Yorke), son pékin moyen invraisemblable (Birchall) et son gardien en lévitation (Hislop).



Regret team
Et puisqu’on ne les reverra plus, voici une dream team particulière : celle des éliminés. Belle consolation pour eux, n’est-ce pas?

Hislop (T&T)

Eboué (CDI)        Jaidi (Tun)        R. Kovac (Cro)        Jankulovski (RTC)

Nakamura (Jap)        Yorke (T&T)        Y. Touré (CDI)        Rosicky (RTC)

Drogba (CDI)        Park (CDS)
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