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Antoine Picardat

 

Amateur de foot et de pubs anglais depuis des décennies, spécialiste d'histoire, ancien joueur de rugby et chroniqueur pour le site parutions.com.


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Une jeunesse à toute vitesse

Tentative de classement des "grands clubs" européens

On parle souvent de "grands clubs", mais comment mesurer cette taille? Proposition de méthode à partir des performances en C1, et résultats du classement.

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Établir un classement des plus grands clubs de l’histoire de la C1 est un jeu qui permet discussions passionnées et récit d'anecdotes, et un exercice instructif sur les évolutions de la compétition.

 

 

Après la victoire de Liverpool en finale de Ligue des champions le 1er juin contre Tottenham, le palmarès de la C1 affiche:
1. Real Madrid, 13 victoires
2. Milan AC, 7 victoires
3. Liverpool FC, 6 victoires
4. Barcelone CF et Bayern Munich, 5 victoires.

 

Mais ce palmarès seul n’est pas suffisant pour classer les grands clubs de l’histoire de la C1. Tentons cet exercice délicat en proposant une méthodologie.

 

 

 

 


La méthode

Pour cela, on a pris en compte les victoires finales, bien entendu, mais aussi les présences en finale et en demi-finale, ainsi que le nombre de participations et de matches joués, tout cela pour tenir compte des résultats et la présence au travers des différentes époques de la compétition.

 

On n'a pas classé les 513 clubs ayant participé au moins une fois à la C1 (tours préliminaires, barrages et éliminatoires compris), mais seulement les vainqueurs ou ceux ayant disputé au moins 200 matches. Cela fait en tout 25: les 22 vainqueurs et trois qui n’ont pas remporté l’épreuve, mais ont franchi la barre des 200 rencontres.

 

Pour le barème, deux époques ou été distinguées, avec comme tournant la saison 1997/1998, qui introduit un changement majeur dans l’esprit et sur le terrain.

 

L’idée est que dans la première période, il est plus difficile de participer, puisqu’il faut avoir été champion national la saison précédente, mais que le niveau général est un peu moins relevé, alors qu’au cours de la seconde période, c’est l’inverse: les 2e, 3e et même 4e de certains championnats peuvent participer, mais la compétition devient plus difficile, au moins dans ses derniers tours, où il n’y a plus que des grosses équipes.

 

 

 BARÈME

 

 

CLASSEMENT 

 

 

 

Le Real écrase tout

Sans surprise, selon notre expérience, le Real apparaît bien comme le plus grand club européen depuis la création de la C1, et sa suprématie se retrouve partout et à toutes les époques. Plus grand nombre de participations, de matches joués et de demi-finales. Il arrive en demi plus d’une fois sur deux, et décroche la timbale plus d’une fois sur quatre, c’est monstrueux.

 

Il a toujours dominé le classement, puisqu’il a remporté les cinq premières éditions, et qu’il était déjà en tête au classement intermédiaire en 1991-1992, quand la Coupe des clubs champions européens est devenue Ligue des champions, malgré – à ce moment-là – près de trente ans sans titre.

 

 


Bayern et Barça sur le podium

Le Bayern et le Barça ont remporté moins de C1 que Milan et Liverpool, mais ils se classent respectivement deuxième et troisième, grâce à une plus grande régularité sur l’ensemble des autres critères: ils ont par exemple été respectivement 19 et 17 fois demi-finalistes.

 

Ils ont cependant eu des trajectoires différentes, puisqu’au classement intermédiaire de 1991-1992, le Bayern était déjà deuxième, alors que le Barça, qui venait enfin de remporter sa première C1, était dans les choux, au-delà de la dixième place. Depuis, c’est le club qui a marqué le plus de points, hormis l’intouchable Real, en ayant joué plus de matches que quiconque, atteint 12 fois les demi-finales (13 pour le Real et 11 pour le Bayern), pour cinq participations à la finale et quatre victoires.

 

 


Milan et Liverpool, clubs à éclipses

Milan et Liverpool n’ont pas eu cette régularité. Il s’agit de clubs à éclipses, qui brillent pendant un cycle, puis s’effacent, parfois longtemps. Milan a eu une première période de gloire dans les années 60, puis une deuxième de la fin des années 80 à 1994, et enfin au milieu des années 2000. Depuis, il a progressivement disparu de la circulation.

 

Pour Liverpool, c’est un peu la même chose, en plus marqué: quatre victoires et une finale perdue (celle du Heysel, dans des conditions où le jeu a été soumis à des circonstances extérieures prioritaires) en neuf saisons de 1977 à 1985, puis seize ans d’absence, une belle présence dans les années 2000, une victoire, une finale et une demi-finale, puis une nouvelle disparition, avant un retour spectaculaire ces deux dernières saisons, qui lui ont rapporté plus de 100 points et permis de passer de la huitième à la cinquième place.

 

 


L’étrange cas de Nottingham Forest

Avant-dernier du classement, Nottingham Forest a remporté un doublé 1978-1979 et 1979-1980, qui en fait un club unique pour trois raisons. C’est d’abord le seul vainqueur à avoir gagné plus de fois la C1 que son championnat national (respectivement deux et une).

 

C’est ensuite le club le plus efficace de l’histoire de la C1, avec seulement 20 matches joués et deux victoires en trois participations, ce qui donne un ratio de 66% de victoires finales, devant Aston Villa, 50% (tout de même!), et qui enfonce le Real qui n’a que 27%! Il s'agit enfin – et c’est moins anecdotique, plus triste et révélateur du temps qui passe et du monde qui change – du seul vainqueur de la C1 à ne plus jouer dans la première division de son pays, et ça fait un moment que ça dure.

 

Cette bande de joueurs bien déjantée, typique du foot anglais de ces années-là, conduite par le volcanique, souvent imbibé mais hyper doué Brian Clough, a donc écrit une page sans équivalent de l’histoire de la C1.

 

Il faut encadrer et relire de temps en temps cette histoire, comme un conte parlant d’une époque où le talent local pouvait produire une super équipe, où la gloire était bonne à saisir, où l’égalité des chances voulait dire quelque chose, et où l'on pouvait croiser en demi-finale ou en finale le champion de Suisse, le champion de Belgique, le champion d’Autriche ou le champion de Suède.

 

 


La ligue fermée existe déjà

Autre enseignement qui mérite attention: il n’y a eu que 22 vainqueurs en 64 éditions. À titre de comparaison, il y avait eu 32 de la défunte C2 en 39 éditions, et 36 en 61 éditions pour la C3. La C1 est donc bien une affaire de gros bras, de spécialistes et ressemble à un club où on n’entre pas facilement.

 

D’autant que la porte du club est franchement barricadée et verrouillée de l’intérieur depuis une vingtaine d’années. On laisse de côté la demi-décennie des années 50, où seul le Real a remporté l’épreuve, mais ensuite, ça s’ouvre en grand, avec cinq nouveaux vainqueurs dans les années 60 (Benfica, Milan, Inter, Celtic et Manchester), cinq dans les années 70 (Feyenoord, Ajax, Bayern, Liverpool et Nottingham Forest), six dans les années 80 (Aston Villa, Hambourg, Juventus, Steaua, Porto et PSV) et encore quatre dans les années 90 (Etoile Rouge, Barça, OM et Dortmund).

 

[lire aussi : Comment la Ligue des champions a rétréci la coupe d’Europe]

 

Pendant ces quarante ans, la C1 a donc vu la liste de ses vainqueurs s’allonger tranquillement, certains pour un succès unique (Celtic, Feyenoord, Steaua par exemple), mais qui leur vaut l’éternité, d’autres y prenant goût et y revenant autant qu’ils pouvaient. Depuis 1997 et la victoire de Dortmund, la fête est finie et il n’y a eu qu’un seul nouveau vainqueur sur les 22 dernières éditions, Chelsea en 2012, gonflé depuis des années à coup de centaines de millions pour aller la chercher.

 

[lire aussi : Comment gagner sa première Ligue des champions]

 

La C1 est devenue la Ligue des champions, la richesse et la puissance sont concentrées dans quelques mains et sont devenues déterminantes, les équipes ne sont plus recrutées dans le vivier local, en faisant avec les moyens du bord, mais en allant chercher aux quatre coins du monde.

 

Les grands clubs sont devenus des entreprises, et ceux qui ne font pas partie de cette élite sont priés d’aller voir ailleurs, en C3 par exemple. Un coup d’œil aux demi-finalistes confirme cette hyper-concentration. La finale 2003-2004, Porto-Monaco a été la dernière à avoir échappé à la loi des quatre grands championnats.

 

Depuis, en quinze éditions, il y a eu 60 demi-finalistes, dont 21 Espagnols, 19 Anglais, 9 Allemands et 7 Italiens, et seulement quatre d’autres pays (deux Néerlandais, PSV et Ajax, et deux Français, l’OL et Monaco), dont aucun n’a atteint la finale.

 

 

 

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