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Stéphane Pinguet

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Bert Trautmann, the Good German

Top 10 : les matches de Coupe du monde à rejouer

Dénouement cruel, contexte malsain, coups bas et coups du sort ou injustice flagrante... Sélection subjective des rencontres dont on rêve de redonner le coup d'envoi.

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1. Demi-finale 1934, Autriche-Italie

Organisée en Italie sous le haut patronage du Duce, le respect de l’esprit sportif n’est pas la priorité de cette Coupe du monde. Les arbitres sont au diapason et favorisent régulièrement le pays hôte. La demi-finale oppose celui-ci et la plus belle équipe de l’époque, l’Autriche emmenée par Mathias Sindelar – grand meneur de jeu moderne, pionnier des Di Stefano, Charlton et consorts (lire "Matthias Sindelar 3/4 - 1934, l'occasion manquée"). Seule durant laquelle la Wunderteam ne marque pas, la rencontre est âpre et voit l’Italie mettre une pression physique proche du combat de rue. L’unique but du match est d’ailleurs inscrit sur "cafouillage" ou "dans la confusion", comme le rapporte L’Auto. Doux euphémisme pour décrire une action où le gardien Platzer est bousculé par Guaita, Meazza et Schiavio. Le gardien est à terre, le ballon dans les filets, l’Autriche éliminée. Sindelar et les siens ont laissé passer leur seule chance de gagner une Coupe du monde.
 

L’Italie est montrée du doigt, mais le résultat s’est dessiné lors d'un quart de finale que l’histoire oublie souvent, contre la Hongrie. "Autriche-Hongrie", le symbole est évident pour ce match de la suprématie entre les deux grands pays de l’ancien empire, Le score de 2-1 pour les Autrichiens ne dit rien de cette confrontation tendue qui a laissé des traces et n’a pas facilité la préparation de la demie contre l’Italie. Au bout de ces deux tristes matches, l’une des premières formations d’artistes maudits disparaît, et le juif Sindelar sera écarté de l’équipe d’Allemagne post-Anschluss qualifiée en 1938.
 

Un match à rejouer, mais ailleurs que dans l'Italie mussolinienne.
 

 

 

2. Finale 1950, Brésil-Uruguay

"Vous, les joueurs, qui dans moins de deux heures serez acclamés par des millions de compatriotes qui fêteront votre titre de champion du monde, vous êtes, pour moi, déjà vainqueurs." Avec une finesse et une sportivité sans équivoque, le maire de Rio annonce le début du match dans un stade en feu. Ce stade est le bijou flambant neuf, le Maracana qui accueille ce soir du 16 juillet 1950 près de 200 000 personnes, sécurité mise à part. L’injustice de ce match n’est pas à chercher dans le score, 2-1 pour l’Uruguay, ni dans le drame national que la défaite auriverde occasionnera, mais dans le sort réservé à une seule personne.
 

Le Brésil ouvre le score à la 46e minute, est rejoint à la 65e et définitivement débordé sur sa gauche par Gigghia à la 79e. Le portier brésilien, élu meilleur gardien du tournoi par les journalistes, a anticipé un centre de l’ailier droit uruguayen, qui tire au premier poteau. Un pays s’effondre et désigne ad vitam aeternam le coupable, Moacyr Barbosa, premier gardien noir du Brésil. Le seul durant quarante-cinq années jusqu’à la sélection de Dida dans les années 90 (lire "Au Brésil, le sombre destin des gardiens noirs"). Barbosa ne reviendra plus en sélection, sera déclaré honte nationale et mourra pauvre en 2000. On lui refusera même de serrer la main des Brésiliens lors d’un match de qualification en 1993 au Mexique, par crainte du mauvais sort.
 

Un match à rejouer car tout ce qui nous éloigne du racisme est bon à prendre.

 

 

3. Finale 1954, Hongrie-Allemagne

Quel est le point commun entre la Tchécoslovaquie, la Hongrie et les Pays-Bas? Ce sont les seuls pays à être allés deux fois en finale de Coupe du monde sans en gagner une. L’équipe de Hongrie entre 1950 et 1956 est sans doute l’une des plus belles – et plus tragiques – histoires du football. Formée avec l'ossature du Budapest Hondved, cette superbe mécanique ne connaîtra qu’une seule défaite durant cette période et enregistrera des exploits dans toute l’Europe – résumés par la mythique victoire de Wembley en 1953.
 

Une seule défaite donc... mais en finale de Coupe du monde face à la RFA, adversaire pourtant battu 8-3 quelques jours plus tôt en poule. Une défaite malgré un but égalisateur de Puskas refusé pour un hors-jeu indument. Une défaite entachée par le dopage des joueurs allemands à la pervitine (lire "Les champions du monde allemands de 1954 étaient dopés"). Enfin, une défaite dont le pays n’aura pas la chance de se relever après l’invasion soviétique de 1956 et l’exil des plus grands joueurs de l’équipe, Puskas, Czibor et Kocsis. Décapité, le football hongrois ne connaîtra plus de telles périodes et rares sont les joueurs qui feront de l’ombre au Major galopant (Florian Albert mis à part), dont les dernières années au Real éblouiront encore tous les terrains d’Europe.
 

Un match à rejouer, avec les chars du côté hongrois, cette fois.

 

 

4. Demi-finale 1966, Angleterre-Portugal

Le Portugal1966, emmenée par Eusebio, est abattu lors de la demi-finale face au pays hôte et futur vainqueur controversé, l’Angleterre. C’est aussi l’opposition du meilleur buteur de la compétition, Eusebio avec neuf réalisations, face au meilleur joueur, Sir Bobby Charlton. Les articles d’époque ne s’arrêtent pas beaucoup sur l’arbitrage, globalement mauvais pendant tout le tournoi, et considèrent cette victoire anglaise comme logique. Malgré la domination portugaise… et deux mains non sifflées dans la surface anglaise (Stiles 54e et 85e) – l’arbitre de la rencontre, le Français Pierre Schwinte, décidant à chaque fois que la main est trop proche du corps pour être volontaire, ou son sifflet trop loin de sa bouche.
 

Pas un match de la phase finale de l’Angleterre ne recèle son lot de controverses, le quart contre l’Argentine, présenté souvent comme le premier conflit anglo-argentin, la demie contre le Portugal ou évidemment la finale, pour laquelle la validité de la moitié des six buts est contestée. La une de L'Équipe du lendemain va dans ce sens: "Angleterre vrai champion, score virtuel 2-1, les 3 derniers buts contestables". Avec tous ses matches joués à Wembley, la Perfide Albion a bénéficié d’un contexte favorable dont elle a su tirer parti pour remporter sa Coupe du monde.
 

Un match à rejouer après avoir coupé les mains des Anglais. Pour l’exemple.

 

 

5. Finale 1974, RFA-Pays-Bas

C’est à tort que les journalistes placent les Pays-Bas favoris, c’est à tort qu’on laisse planer le doute sur le meilleur match des Allemands, c’est à tort qu’on laisse dire que les Pays-Bas auraient dû gagner ce match. En réalité, les Pays-Bas auraient dû gagner la compétition, pas ce match. L’ouverture du score des Pays-Bas à la première minute a égaré le football total et révélé la suffisance d’une génération de surdoués dont le jeu a périclité à partir de la deuxième minute. Égalisation à la 25e de la RFA, changements tactiques douteux en cours de match: la belle mécanique est enrayée, le football flamboyant prend peur du football rigoureux des coéquipiers de Beckenbauer, qui fait le reste.
 

La Coupe d’Europe des clubs champions, cette saison a été le révélateur de la passation de pouvoir. Triple vainqueur de la compétition, l’Ajax Amsterdam (71-72-73) laisse son trophée au printemps 74 à un Bayern Munich qui lui aussi sera sacré trois fois de suite. L’histoire se répète pour la RFA qui remporte sa deuxième Coupe du monde face encore une fois à la plus belle équipe de la compétition. Une victoire incontestable cette fois, acquise de haute lutte après une opposition des deux meilleurs joueurs du monde.
 

Mais une finale que chacun voudrait revoir si elle commençait à la deuxième minute.

 


 

 

6. Deuxième tour 1978, Argentine-Pérou

Le Mundial argentin s’impose comme un must des compétitions gangrenées par les régimes organisateurs, bien au-delà des Jeux olympiques de Berlin en 1936. Le Brésil a gagné trois heures avant ce dernier match de l’Argentine dans ce deuxième tour de poule. Pour passer devant le Brésil, les Alibicelestes doivent gagner par au moins 4 buts d’écart contre le dernier vainqueur de la Copa America, le Pérou. L’arbitre de la rencontre est le Français Robert Wurtz et le match se déroule dans l’Estadio Gigante de Rosario. Mais c’est le gardien du Pérou qui fera débat, Quiroga, natif de Rosario et naturalisé péruvien quelques semaines avant la Coupe du monde.
 

Le Pérou est proche d’ouvrir la marque à la 11e minute par son ailier droit Munante, qui frappe sur le poteau. C’est l’action invoquée pour dire que le Pérou a joué le match, mais c’était aussi celle à ne pas manquer. La suite sera un cauchemar pour le gardien néo-péruvien. 2-0 à la mi-temps. 6-0 score final. Le résultat peut paraître logique, mais les interrogations s'accumulent: le gardien a-t-il a été mis sous pression, le Pérou, en fin de cycle et déjà éliminé, a-t-il craqué, l’Argentine, galvanisée par l’enjeu avec tout un peuple derrière elle, a-t-elle su se sublimer pour se donner la chance de disputer une finale forcément historique?
 

Un match à rejouer avec un gardien péruvien depuis six générations pour épargner Quiroga et sa famille.
 

 


 

 

7. Demi-finale 1982, France-RFA

Qu’est-il possible de dire que tout le monde ne sait pas sur ce match? Une demi-finale de Coupe du monde, la première pour la France depuis 1958. Un soir de juillet à Séville, le 8, soit le même jour qu’une autre demi-finale de la France face à la Croatie en 1998, un soir qui aurait dû consacrer une génération. 3-1 à la 99è par ce but de Giresse – sa joie, son cri et sa course qui dit que le match est joué, que le break est fait, qu’il ne peut plus rien arriver, que les épreuves du match n’ont fait que galvaniser une équipe cohérente et homogène au point d’aller jouer le titre en finale. Encore aurait-il fallu jouer ce match jusqu’à la dernière minute.
 

Les remplacements disent l'histoire de la rencontre. Entrée de Battiston à la 51e, sortie à la 61e sur civière, une sortie qui sonne comme une terrible injustice autant pour la faute commise que pour l’absence de sanction. L’équipe d’Allemagne aurait dû jouer à dix et être privée d'un remplacement. Celui de Rummenigge, par exemple, à la 97e, le vrai bourreau des Bleus, qui marque le but allemand de l’espoir à la 104e.
 

Un match à rejouer pour ne jamais avoir à entendre la phrase de Lineker: "Le football se joue à onze et à la fin, c’est toujours…"

 

 

8. Quart de finale 1990, Angleterre-Cameroun

Le Cameroun 1990 a eu des prédécesseurs africains en Coupe du monde, mais le Nigéria 94 et 96, le Sénégal 2002 et le Ghana 2010 sont les enfants de ces Lions indomptables et les petits-enfants de Roger Milla – ce bel homme de trente-huit ans, semi-retraité dans le club de Saint-Pierre de la Réunion. Vainqueur de l’Argentine, tenant du titre, vainqueur de la Roumanie de Hagi, vainqueur en huitième de la Colombie de Valderrama (avec le fameux ballon pris dans les pieds de Higuita par Milla), c’est un Cameroun champagne qui se présente à Naples.
 

Dominateur mais brouillon, le Cameroun se fait surprendre par David Platt à la 26e minute. Milla, entré après la pause, obtient un penalty à la 61e puis lance Eugène Ekeke pour le but du 2-1. Alors qu'il reste vingt-cinq minutes, jamais un pays africain n’a été aussi proche d’une demi-finale de Coupe du monde. Mais la pression est immense, la fatigue terrible, le manque d’expérience flagrant, et logiquement le Cameroun rompt en concédant une faute dans la surface sur Lineker, qui transforme le penalty conduisant aux prolongations. Les Anglais ne veulent pas aller aux penalties – le vieux Shilton aura du mal. Alors ils provoquent et Lineker, lancé par Gascoigne, se laisse faucher par le gardien Nkono. L'attaquant de Tottenham transforme son second penalty de la soirée. C’en est fini pour les Camerounais, et Milla aura même le droit à son tour d’honneur, pour ce que l'on croit être son dernier match en Coupe du monde.
 

Un match à rejouer sans Lineker.
 


 

 

9. Huitième de finale 2002, Corée du Sud-Italie

La Corée du Sud aurait dû considérer comme un exploit sa sortie de poule et comme un baroud d’honneur son match contre l’Italie. Le fantasque arbitre, depuis suspendu pour pratiques douteuses en Équateur et condamné pour trafic de drogue aux Etats-Unis, M. Byron Moreno a été un acteur majeur de cette grande et mauvaise surprise pour le monde du football.
 

L’Italie ouvre le score par Vieri à la 18e minute et croit tenir sa victoire jusqu’à deux minutes de la fin et l’égalisation de Seol Ki-Hyeon, ne parvenant pas non plus à concrétiser une dernière occasion de Vieri, L’expulsion de Totti pour un deuxième carton jaune sur une action à la 103e qui aurait pu lui rapporter un pénalty et le refus d’un but de Tommasi pour une position de hors-jeu signalée à tort sont les deux faits reprochés à l’arbitre équatorien. Trop pour ne pas donner lieu à un des résultats les plus controversés de la Coupe du monde, la Corée du Sud finissant par se qualifier grâce à un but en or à trois minutes de la fin des prolongations.
 

Un match à voir rejouer car quitte à choisir, il aurait été préférable que l’Italie gagne en 2002 plutôt qu’en 2006.

 

 

10. Finale 2006, Italie-France

Il y a finalement si peu à écrire sur cette finale sans tomber dans une discussion de comptoir. Si le parcours des deux équipes dans les matches à élimination directe est magnifique, celui de la France est proche de la perfection: Espagne, Brésil, Portugal pour les Français contre Australie, Ukraine et Allemagne pour les Italiens. Zidane et Vieira sont les deux grands artisans de cette équipe qui se présente fièrement ce 9 juillet à Berlin pour le dernier match de Zidane, une finale qui pour la deuxième fois seulement depuis 1950 ne compte ni l’Allemagne, ni le Brésil. La rencontre se déroule quelques jours après le verdict des matches truqués du Calcio, prononçant des rétrogradations en série, et elle sent la fin de cycle: la dernière finale avant la prise de pouvoir de l’Espagne.
 

La tête rageuse de Materazzi réplique à la Panenka de Zidane et après vingt minutes, c'est déjà un autre match qui commence, crispant. La France ne concrétise pas sa domination, subit la blessure de Vieira, voit Buffon détourner la tête de Zidane en prolongation. L'histoire était trop belle, celle d'un doublé pour la génération 98, après l'humiliation de 2002, celle de la revanche pour une équipe enterrée vivante après deux matches de poule. Elle s'achève à la fois sur le coup de boule de Zidane et le tir au but de Trezeguet. Malgré l'aventure vécue, cette finale entre au rang des plus amères défaites de l'équipe de France.
 

Une finale que l’on aimerait voir rejouer, parce que Grosso qui met le dernier penalty, cela ne peut satisfaire aucun des esthètes présents sur le terrain ce soir-là.

 

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