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Mevatlav Ekraspeck

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Top 10 : les orphelins de l’Europe

Ils sont passés tout près d'une qualification européenne, mais le destin ou leur propre faiblesse les en ont empêchés. De Brest à Toulon en passant par Thonon, notre sélection.

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Pas moins de trente-six clubs français, depuis les premiers émois de 1956, ont eu la chance de participer à une compétition européenne. Victoire en championnat, victoire ou finale en Coupe de France, victoire en Coupe de la Ligue, accessit plus un moins proche de la première place en championnat, ce ne sont pas les moyens qui manquent pour s’ouvrir les frontières.

 

Pourtant, certains n’ont jamais su saisir leur chance, ratant pour un point ou deux une place qualificative, échouant à quatre-vingt-dix ou cent vingt minutes d’une victoire en coupe, voire, comme Amiens en 2001, à un tir au but. Parmi ces absents de l’Europe se remar-quent quelques assidus de la Ligue 1, et même des historiques.

 

Petit classement subjectif de ces clubs qui, depuis que les coupes d’Europe existent, ont passé au moins trois saisons consécutives en D1, mais qui y sont restés confinés.

 

 

 

 


10. Stade brestois, si loin de l’Europe

Treize saisons en Ligue 1, jamais vraiment en mesure d’accrocher l’Europe, sauf peut-être en 1985 ou 1987, ou quand il se classa 6e à l’issue de la moitié de la saison 2010/11, sans pouvoir donner suite. Pas de finales ou de demi-finales de coupe quelconque, pas d’Intertoto envisagée, rien. C'est assez singulier.

 

Ce n’est pas faute d’en avoir rêvé sous la présidence Yvinec (Cabanas, Julio Cesar, Brown, Guérin, Ginola…) puis d’avoir passé treize ans en Ligue 1… Rien n’y fait, pas la moindre saison où les habitués de Francis Le-Blé ont pu se dire: celle-là, c’est la bonne.

 

Et c’est bien dommage, parce que nous aurions pu voir les Brestois tomber sur un club kazakh ou russe, histoire de battre un record de distance entre deux clubs en coupe d’Europe… (lire l'Abécédaire du Stade brestois)

 


9. AC Ajaccio, à l'ombre du voisin

Eh oui, le SEC Bastia a l’exclusivité des aventures européennes en Corse, l’ACA n’ayant jamais pu percer. En treize saisons dans l’élite, il aurait pu pourtant, en 1971, intégrer la coupe de l’UEFA. Terminant à la sixième place après un championnat réussi, c’est une équipe miraculée qui accomplit un beau parcours.

 

Mal classé la saison précédente, relégué à l’issue des barrages qu’il dispute contre Nancy, Avignon et le voisin bastiais, Ajaccio voit son salut naître de l’abandon du professionnalisme par le FC Rouen et par le passage à vingt clubs de la D1 la saison d’après.

 

Baratelli dans les buts, Trésor, Le Lamer, Vanucci et le trio M’Pelé-Sansonnetti-Le Roy sur le pré, l’équipe est belle, suffisamment pour finir sixième, à deux places de la C3. L'occasion ne se représentera pas. Ajaccio tenait certainement là le onze le plus performant de son histoire. Il sera dispersé, dans la foulée ou presque, aux quatre coins de la France.

 

Contrairement aux Bastiais, la Coupe de France ne leur sourira ja-mais, et lors de leur deuxième passage dans le monde professionnel – toujours en cours depuis 1999 – la Coupe de la ligue non plus. Les Corses, bien placés pour la montée au moment d'écrire ces lignes, auront peut-être l'occasion de rêver de nouveau.

 


8. Red Star, mais pas de Belgrade

Le Red Star, club dominant du début du XXe siècle, n’a plus du tout la même envergure quand les coupes d’Europe voient le jour: il végète en D2. Mais après être remonté en 1965, quinze ans après sa dernière apparition à ce niveau, une occasion d’attraper le wagon européen se profile.

 

Après une première moitié de championnat 1967/68 réussie, les Audoniens rêvent du podium, mais l’hiver aura raison de la belle dynamique d’un club alors fusionné avec Toulouse dans des conditions baroques…

 

À l’issue de la saison 1969/70, les pensionnaires de Bauer sont de nouveau dans le premier tiers du classement à quelques journées de la fin. Un effondrement total les précipite à la treizième place – qui reste un de leurs meilleurs résultats.

 

Le Red Star quitte la D1 à l’issue de la saison 1974/75, n’y remettra plus les crampons (il passe à plusieurs reprises à côté de l'occasion de revenir), et laisse au PSG, au Racing et au Stade français le privilège d’avoir représenté la Ville lumière en Europe.

 

Pourtant vingt-cinq ans plus tard, une chance en or se présente alors que le club, au plus mal, vient de tomber en National. C’est durant la Coupe de la ligue 1999/00 que le Red Star s'enflamme. Le LOSC, Nîmes, Saint-Étienne et Sedan tombent sous les coups de la bande à Fellahi et Akiana.

 

En demi-finale, au Stade Marville de La Courneuve, à l’issue d’un nul 2-2 avec le FC Gueugnon, le club s’incline 9 tirs au but à 8, après avoir mené jusqu’à la 88e. Le match est d’une cruauté rare pour les banlieusards, qui verront les Bourguignons enfumer le PSG en finale et faire un tour en C3…

 

 

 

 


7. Évian-Thonon-Gaillard, la comète

Ce n'est pas avec le championnat, lors de ses quatre saisons en L1, que l'ETG (domiciliée à Annecy mais émanation d'une belle salade savoyarde – Thonon, Gaillard, Évian…), a pu se laisser aller à rêver d'Europe. Certes, l'Entente finit neuvième pour ses premiers pas dans l'élite, mais les trois éditions suivantes sont consacrées au maintien.

 

Le Parc des Sports sera un lieu d'angoisse permanente, et les Casoni, Correa ou Dupraz qui se succèdent à la tête de l'équipe forgent plus des équipes à l'esprit commando que de charmantes escouades draguant l'Europa League…

 

Mais, en 2012/13, les Rose ont bien failli décrocher la timbale, à un Cheik Diabaté près. L'AC Amiens, Vertou, Le Havre, Lorient et surtout le PSG, à Annecy, tombent devant l'ETG, qui connaît alors la joie d'une finale de Coupe de France face à Bordeaux.

 

Contre toute attente, le match est agréable, enlevé, les hommes de Dupraz tiennent le nul deux partout. Et puis une charnière centrale tétraplégique laisse la pointe girondine fusiller Laquait. 89e minute, fin du rêve alpin.

 

 

 

 

L'ETG redescend à l'issue de la saison 2015, puis est purement et simplement liquidée l'an d'après, pour repartir en Régional 2, à Thonon. Quand ses dirigeants cherchaient un stade aux normes de la L1, ils lorgnaient le stade de Genève avec insistance, pensant se donner une contenance européenne. Raté…

 


6. FC Martigues, les gars qui ont raté… l’Intertoto

Entre 1995 et 2008 naît dans le cerveau fertile des génies de Nyon une idée de quatrième coupe d’Europe qui meublerait l’été. Bienvenue à la Coupe Intertoto, qui va envoyer quelques formations (pas nécessairement attendues pour ça) disputer des matches im-probables en juillet et août.

 

L’opportunité est belle, et Guingamp ou Troyes en profiteront pour étrenner leurs galons européens. Mais pas Martigues. Les Sang et Or passent trois saisons en première division, dont une qui les voit s’installer confortablement dans le ventre mou, en 1994/95.

 

Avec des joueurs tels Benarbia, Tholot, Éric Durand, ou l’increvable Maurice Bouquet, ils terminent onzièmes, ex aequo avec le RC Strasbourg qui leur prend la dixième place à la différence de buts.

 

S’ils avaient grappillé un point de plus à l’extérieur, où ils trouvent le moyen de perdre à Sochaux ou Caen, piteux relégués… eh bien c’est peut-être eux qui, disputant et gagnant cette drôle d’Intertoto, auraient eu la joie d’une aventure en C3.

 

Martigues replonge en D2 juste après, puis quitte le professionnalisme six ans plus tard, et n’a plus qu’une paisible existence dans les championnats amateurs nationaux. Peut-être les supporters, perchés à Turcan, repensent-ils parfois à l’Intertoto…

 


5. FC Tours : le Centre rate la cible

Au début des années 1980, les Tourangeaux ont les dents longues: une mairie qui les porte, un stade flambant neuf, une accession en D1… et Delio Onnis, tueur des surfaces.

 

En 1981/82, l’Indre-et-Loire croit aux ambitions du président Royer. Après un début prometteur, ses hommes s’effondrent lors de la phase retour. Mais ils brillent en coupe de France: Lens, Auxerre, Metz et Toulon s’inclinent tour à tour. Las, en demi-finale à Rennes, Tours vendange face au PSG et Baratelli fait le travail aux tirs au but.

 

  

 

Paris gagnera la Coupe et son premier parcours européen en C2, découvrant aussi la joie des défaites improbables (contre Watershei en quart de finale), devenues une véritable signature depuis. La saison d’après, un recrutement tapageur au TFC s'achèvera en bide, dans une ambiance délétère qui renvoie le club en D2…

 

Une autre occasion se présente toutefois en Coupe de France. Le sort propose une revanche contre le PSG en demi-finale, par match aller-retour, cette fois. Les Parisiens plient l’affaire 4-0 à l’aller, Tours n’est pas le Barça et un nul 3-3 pour l’honneur, à la Vallée-du-Cher met un point final à l’aventure.

 

Une remontée, puis une relégation dans la foulée malgré Da Fonseca, Furlan, Polaniok ou Krimau, et Tours ne reverra plus l’élite et ne rêvera plus de matches en milieu de semaine contre de lointains adversaires… (lire "L'Abécédaire du Tours FC").

 


4. Le Mans UC, à 180 minutes du bonheur

Les Manceaux ne se mettent que tardivement en position d'embrasser un destin européen. C’est en 2003 qu’ils connaissent l’élite, avant de la quitter sept ans plus tard et de subir une éclipse professionnelle, à la suite du dépôt de bilan de 2013. En six saisons en L1, ils n’ont pas vraiment approché l’Europe… Pourtant, ils titillent les places qualificatives en 2007/08, avant de rentrer dans le rang.

 

C’est la Coupe de la Ligue qui va les amener rêver plus grand. Trois années consécutives, ils restent à deux victoires de l’Europe dans cette compétition. En février 2006, le MUC tombe à Marcel-Picot (2-0) – Nancy battra Nice en finale. En janvier 2007, c’est l’OL qui stoppe les Jaune et Rouge (1-0, but d’Abidal). En janvier 2008, un match fou, perdu à domicile 4 à 5 après prolongation face à Lens, brise les espoirs sarthois.

 

 

 

 

Trois occasions de finale, de palmarès et d’Europe qui s’éteignent net, c’est inédit dans l’histoire des coupes domestiques. Pelé, Basa, Sessegnon, De Melo, Grafite, Bangoura, Gervinho, Le Tallec ou Bonnart n’auront pas la joie de disputer une C3 avec le maillot du Mans. Revenu des limbes des niveaux amateurs, Le Mans voit son épreuve fétiche s’éteindre cette année, dommage… (lire le Kikonjou du MUC 72)

 


3. Le Havre AC, 126 ans, toujours puceau

L’accroche est rude, et quelque peu mensongère, puisque les coupes d’Europe n’ont qu’un peu plus de soixante ans d’existence. Et les Havrais, de plus, ne sont pas passés très loin d’être des pionniers…

 

Mai 1959. Les Normands, alors en D2, battent Sochaux (2-2 puis 3-0) en finale de la Coupe de France. Septembre 1961. La C2 effectue ses premiers tours de piste – avec Sedan pour représenter la France. Le stade de la Cavée verte aurait pu accueillir un prestigieux étranger, à quelques mois près…

 

Ensuite, une grosse vingtaine d’année sans D1 (1962-1985) et une certaine difficulté à y franchir le milieu de tableau privent le HAC d’ambitions européennes.

 

Pourtant, à l’hiver 1991, après dix-neuf matches joués, les Ciel et Marine sont troisièmes, avec quelques belles individualités: le très solide Piveteau dans les buts, (qui ouvre les portes d’une belle école havraise de gardiens), Mahut, Thouvenel ou le jeune Teddy Bertin derrière, Tiéhi et Garande devant, ou encore Aubame et Kana-Biyik.

 

Ils finissent à deux malheureux points de leurs voisins du SM Caen. Saragosse découvrira Venoix plutôt que Deschaseaux. Cette septième place reste à ce jour la plus belle performance contemporaine en championnat du Havre. Le club redescend en l’an 2000, remonte à deux reprises pour deux descentes dans la foulée.

 

En mars 1995, le HAC accueille Paris pour une place en finale de Coupe de la Ligue, contre Bastia. Cette compétition, toute nouvelle, offre une place en C3. Christophe Revault effectue alors la plus belle action de sa carrière pour le PSG: il frôle M’Boma dans la surface, qui s’étale comme une crêpe. Penalty de Rai, 1-0, rideau.

 

Pas de Parc des Princes pour Caveglia, Brando, Lagrange ou Daury. Ils ratent aussi l’Intertoto pour trois points. Quand ça veut pas… (lire le Kikonjou du HAC)

 


2. US Valenciennes, trop tôt

On ne s’imagine pas trouver les Nordistes aussi haut dans un classement des clubs ayant une histoire ratée avec l’Europe, et pourtant… À la création du triptyque C1-C2-C3, l’USVA compte dans le paysage du football français.

 

Deux fois troisième du championnat en 1965 (à trois points du titre) et 1966, cinquième en 1968, elle fait vivre à Nungesser les plus belles heures de sa trentaine de saisons de D1. Elle est en principe éligible à la C3, puisque la Coupe des villes de foire, ancêtre de la coupe de l’UEFA, existe déjà et connaît un format stabilisé pour la saison 1960/61.

 

Hélas, cette compétition se dispute sur invitation, et non au mérite. Un des critères est l'accueil d'une foire internationale, et les enfants du Hainaut n'en ont pas en leur région. C’est ainsi que le Stade français, le Racing, Marseille, Bordeaux, Lyon, Nice, Strasbourg ou Toulouse l'intègrent avec des fortunes diverses, et plus tard Rouen, Nîmes, Sedan, Lens ou Angers.

 

Quand la FFF décide, pour l’édition 1969/70, d’envoyer les trois clubs les mieux placés en championnat derrière le lauréat, avec l’accord de l’UEFA qui va porter la C3 sur les fonts baptismaux, c’est trop tard. Valenciennes plonge en D2 au printemps 1970 et ne fré-quentera plus les zones qualificatives.

 

La Coupe de France, elle, n’a jamais trop réussi aux Nordistes, qui s’arrêtent aux portes de la finale en 1964 et 1970, pas plus que la Coupe de la Ligue. Voilà comment un club dix-septième au classement de la présence dans l’élite n'a jamais pu mettre un pied en dehors du territoire pour représenter le pays.

 

 
1. SC Toulon, les poètes en rade

Ah, le Sporting des années 80. Une quinzaine de jeunes gens par-tageant l’idée d’un football subtil et délicat élisent domicile dans l'écrin feutré et rassurant de Mayol. De vraies dentellières qui vont, à l’unisson, glorifier la joie de jouer au ballon en ayant tout d’abord pris soin de s’assurer que l’adversaire, lui, n'en aurait plus trop l’envie. Ou les moyens (lire l'Abécédaire du SC Toulon).

 

Par le biais du championnat, Toulon s’approche deux fois de l’Europe, en 1984/85 et 1987/88, avec une troupe qui distribue les taquets comme le feraient les copains ovales du RCT. Pas toujours avec réussite, certes, mais avec une certaine constance dans les principes qui ne peut que forcer l’admiration. Et les ecchymoses.

 


Saison 1984/85 (image Old School Panini)

 

Une défense de fer (4e en 1985, 1ère en 1988), un ou deux artistes devant (Onnis, Paganelli, Ginola, Ramos, Dominguez), et une flopée d’anesthésistes (Courbis, Dupraz, Berenguier, Boissier, Dib, Alfano, Casoni, Pardo, Makanaky) pour faire vivre le concept, et vous tenez là une des équipes les plus injouables de cette période.

 

Dommage que les Jaune et Bleu n’aient pas eu l’opportunité de se confronter à la Coupe de l’UEFA. Les clubs français s'y montraient généralement très tendres, un peu naïfs, à l’exemple de Metz ou Auxerre… L’accueil à la mode de Toulon aurait pu quelque peu perturber l’équilibre des forces.

 

Deux fois demi-finalistes de la Coupe de France alors que la C2 existait (1963 et 1984), les Toulonnais sont aussi passés à deux victoires d’une participation. Cinquièmes en 1988, ils espèrent encore… Mais c'est là leur dernière belle saison, avant que le club ne coule – non sans avoir offert Meyrieu ou Bursac au football français. Ainsi que Stéphane Porato et Fred Brando, parce qu'il ne faut quand même pas déconner.

 

  

 

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Jérôme Latta
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