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Matchbox : Grèce-Russie, 0-1. La confrontation des deux grandes puissances orthodoxes a débouché sur un match pas si orthodoxe que ça...
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But : Zyrianov (32e)


La nalyse


La confrontation des deux grandes puissances orthodoxes a débouché sur un match pas si orthodoxe que ça. Entre une Grèce décidée à sortir de sa carapace craquelée et une Russie résolue à mourir avec ses idées (ses cinq milieux de terrain titulaires ce soir jouent tous milieux offensifs en club, un peu comme si Domenech alignait un milieu Rothen-Malouda-Nasri -Ribéry-Govou), la rencontre fut plaisante, assez décousue, constellée d’actions bizarres mais finalement conclue sur un score logique. Un résultat qui laisse les Russes maîtres de leur destin (qualifiés en cas de victoire contre la Suède) et élimine les champions d’Europe, tels de vulgaires Suisses.


La Grèce franchit le Styx
Deux défaites, aucun but marqué et trois encaissés: ces Grecs-là rappellent bien plus leurs calamiteux ancêtres de 1994 (laminés avec un bilan de 0 buts pour et 10 contre en trois matchs) que leur propre épopée de 2004. Les jeunes censées renforcer l’ossature d’il y a quatre ans (1) n’ont jamais fait illusion: Gekas, meilleur buteur de la Bundesliga en 2006/2007 est transparent en sélection. Comme lors de son entrée en matière face à la Suède, la Grèce n’a jamais donné l’impression d’avoir l’emprise sur la rencontre, sa défense se repliant en ordre dispersé à chaque offensive russe.

Symboliquement, l’équipe de Rehhagel a craqué sur une erreur de son joueur le plus vieux et le plus marqué par les ans. Nikopolidis, qui à 36 ans en paraît bien 50, s’est fendu d’une sortie de papy sur un centre anodin, illustrant la fébrilité d’une défense physiquement affaiblie et mentalement friable. Les corners de Basinas (l’arme fatale en 2004) et les rushs de Karagounis ne feront jamais vraiment suer Akinfeev. Et Charisteas, exilé à droite, n’a rappelé que par quelques contrôles de la poitrine dos au but avec un adversaire sur le dos le formidable pivot qu’il a été. Les Grecs repartent piteux, et on ne donne pas cher de leur peau mercredi contre la lumineuse Espagne.


La Sainte Russie peut y croire
En face, c’est une autre liturgie. Même si elle n’a pas toujours déployé le foot chatoyant dont elle est capable, tout en redoublement de passes au sol et en déplacements fulgurants entre les lignes ennemies, la Russie s’est rassurée sur pratiquement tous les points.
En réintégrant le minéral stoppeur Ignashevitch dans sa charnière, Hiddink a rassuré sa défense. Il n’a pas, pour autant, blindé à tout-va, décidant au final de garder sur le banc les costauds jumeaux Berezutski (des espèces de mâles soviétiques modèles, tout droit sortis de quelque atelier de sculpture spécialisé dans les monuments socialistes-réalistes de trente mètres de haut à la gloire du prolétariat). La charnière alignée face à l’Espagne, Chirokov-Kolodine, avait été choisie pour la justesse de sa relance et en dépit des doutes qui pesaient sur ses qualités défensives intrinsèques. En maintenant Kolodine, Hiddink n’a fait amende honorable qu’à moitié. Le résultat a été conforme à ses espérances. Si l’arrière-garde n’a pas été époustouflante de maîtrise, elle n’a pas trop souffert – face, il est vrai, à une opposition d’un calibre clairement inférieur à la paire Torres-Villa de mardi dernier, mais aussi à la paire Ibrahimovic-Elmander qui s’annonce.


Le retour d'Archavine
Autre questionnement dans le camp russe: l’organisation du milieu. Ne fallait-il pas incorporer un vrai six à l’ancienne, quelque tacleur renfrogné apte à briser les offensives adverses? Hiddink y a superbement répondu par la négative. Virant enfin de son onze de départ cette hérésie très psgienne d’un attaquant reconverti milieu droit pour les besoins de la cause (triste sort réservé à Sytchev face à l’Espagne), il s’est avancé avec cinq créateurs, et vogue la galère grecque. De toute façon, la Russie n’a pas de profil de "récupérateur-destructeur" dans ses 23, le joueur correspondant le mieux à ces caractéristiques, Aldonine, n’ayant même pas été sélectionné. Il avait pourtant été le premier capitaine de l’ère Hiddink, avant de perdre sa place. Illustration de l’obsession du coach batave pour la technique au détriment des autres qualités. Avec ses cinq petits gabarits virevoltants au milieu, la Russie a globalement maîtrisé la rencontre, et le joli match de Pavluychenko en pointe a presque levé la dernière hypothèque, celle qui concerne la puissance de feu, en l’absence de Kerjakov (jugé hors de forme) et de Pogrebnyak (qui pétait le feu avant de se blesser pendant la préparation). Presque, car le buteur du Spartak n’a pas marqué; mais il a fait tout le reste, s’imposant physiquement aux défenseurs grecs, déclenchant d’innombrables offensives et frappant au but une bonne demi-douzaine de fois. Face aux Suédois, il lui faudra être plus tueur. Ou pas, car la Russie récupérera enfin son dragster Archavine. Il sera le facteur X des Russes face aux Suédois. Mais ils pourront aussi compter sur le facteur Z.

(1) 6 titulaires – Nikopolidis, Seitaridis, Dellas, Basinas, Katsouranis et Charisteas – l’étaient déjà le 4 juillet 2004 à Porto, lors de la finale de l’Euro portugais.


zyryanov_grece.jpgLe joueur à suivre

Il ne paie pas de mine. Il n’est pas très grand, ni très fort (1m76, 72 kilos). Il n’est pas très rapide, il ne se distingue pas par une frappe de balle surpuissante, il n’a pratiquement pas de jeu de tête. Pourtant Konstantin Zyryanov est un footballeur de niveau mondial.
Meneur parmi les cinq meneurs russes, très juste techniquement, toujours à la recherche du décalage parfait et du dribble qui fait mal, il est le vrai patron du milieu de terrain de la « Sbornaïa ». Son niveau de performance n’étonne personne au pays, puisqu’il a été élu meilleur joueur du championnat de Russie en 2007 (année où il, après dix ans à l’Ankar Perm puis au Torpedo Moscou, il rejoint le Zénit Saint-Pétersbourg avec lequel il gagne immédiatement le championnat avant de remporter la coupe de l’UEFA.


Equilibre parfait
On pourrait se demander pourquoi il n’atteint ce niveau qu’aujourd’hui, à trente ans bien tassés Peut-être à cause un contrat longue durée signé avec le Torpedo et particulièrement difficile à rompre, Peut-être à cause d’une tragédie personnelle: en 2002, son épouse, toxicomane, s’est jetée par la fenêtre de leur appartement, avec leur fillette de quatre ans dans les bras. Un cauchemar qui explique aussi la sympathie et le respect que le bonhomme suscite au pays. A nouveau en couple depuis trois ans, étincelant sur le terrain avec le Zénit et la sélection, Zyryanov est à un point d’équilibre parfait. Etant donné son âge, les salaires pratiqués au Zénit et son statut de titulaire indiscutable au sein de l’équipe de Dick Advocaat, il est peu probable que Konstantin Zyryanov passe à l’Ouest. Raison de plus pour le suivre pour ce qui reste aux Russes d’Euro. Avant sa première Ligue des Champions cet automne.



charisteas_russie.jpgLe joueur à ne pas suivre

Angelos Charisteas. On n’a jamais éprouvé pour Charisteas, buteur le plus important de l’Euro 2004, le même intérêt que pour Milan Baros, meilleur buteur tout court de ce même Euro et récemment propulsé, lui aussi, "joueur à ne pas suivre" (lire "Le Portugal, à juste titre"). Grand, lourd, pas spécialement élégant, il avait tout de même impressionné son monde cet été-là en imposant sa carcasse dans toutes les surfaces de réparation, y compris celle de la France (malgré la présence dissuasive de Mickaël Silvestre).
Mais en club, il n’a jamais justifié son statut de star de l’Euro. Remplaçant il était au Werder avant l’Euro 2004, remplaçant il resta après. Il traîna ensuite son 1m91 du côté de l’Ajax, où il était censé succéder à Ibrahimovic. Pas exactement la même catégorie de joueur… Vite dépassé par Huntelaar et consorts, il finit par s’échouer au Feyenoord, où il se rate encore, avant de rebondir en Bundesliga, à Nuremberg. Pas de pot, ou plutôt rapport de cause à effet: le club de la Forêt noire est immédiatement relégué. Charisteas n’a que vingt-huit ans, mais on n’a plus du tout envie de le suivre, en fait. Trop déprimant.



Les observations en vrac

• Hé ben voilà, la Russie l’a montré: y a rien de terrible à perdre un match 4-1, faut arrêter de paniquer.
• Pas mal, le Semak, là, avec son retourné acrobatique. Espérons que Charles Villeneuve était devant sa télé.
• On a trouvé un point commun aux stoppeurs grecs et turcs : à défaut de bien défendre, ils ont un vrai look de guerriers féroces qui fout les boules.
• La Grèce qui essaie d’attaquer, c’est comme un chien qui essaie de se tenir sur ses pattes arrière: c’est pas très bien fait, mais c’est touchant.


Les titres auxquels vous avez échappé


• Dellas, ton univers pitoyable
• Nico, Paul y dit que t’es cramé
• Certains l’aiment Semchov
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