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Julie Grémillon

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Drame mineur sous les projecteurs

Transferts : une réforme impuissante ?

Attendue comme un bouleversement, la réforme des transferts protégera peut-être la formation et rétablira un peu de stabilité, mais elle restera impuissante contre l'inflation et le creusement délibéré des inégalités économiques entre les clubs.

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La planche à billets est sauvée
Passée du rang de dossier majeur dont dépendait l'avenir du football à celui de vague changement des règles, la réforme des transferts a eu un destin médiatique particulier, qui a déchu en même temps que son importance, à mesure que l'"abolition" au départ évoquée se transformait en réforme puis en réformette.


Non pas qu'il sera totalement sans effet — il comporte évidemment des points intéressants — mais il a abandonné en route son point essentiel, quasiment escamoté dans nos médias préférés, disparu sans faire-part. En effet, aucun encadrement du montant des transferts n'est finalement prévu, aucun système de calcul objectif, comme cela avait été longtemps projeté. Partant de là, aucun frein à l'inflation n'a été mis, et les transactions pourront se poursuivre à des montants qui creuseront encore la fracture entre l'élite financière européenne et le reste de la planète football.


Au gré des arbitrages, ces clubs et leurs actionnaires sont donc parvenu à effacer cette hérésie qu'aurait constitué pour eux la fixation des prix par un pouvoir central ou l'interdiction de creuser des déficits abyssaux. Mieux vaut laisser faire le marché, fût-il devenu fou.

 

 

La protection de la formation, un minimum vital
Le premier exemple de la réforme a été remarqué en France, lorsqu'on a cru que l'OM devrait 900.000 francs au titre de la formation de Pascal Nouma. Ce serait en fait au Besiktas de régler la note, mais le flou souligne que la FIFA n'a pas défini toutes les modalités d'application. Ce sont donc les jurisprudences à venir qui nous informerons vraiment sur la teneur de la réforme (voir aussi Les principales dispositions de la réforme).
S'ils ne sont pas contournés ou réduits à la portion congrue, les dispositifs d'indemnisation de la formation devraient effectivement maintenir un équilibre satisfaisant entre les gros acheteurs et les plus petits vendeurs. Autre objectif politique majeur, la protection des mineurs était une priorité pour une FIFA qui n'aime pas voir le football associé à une certaine criminalité (faux passeports, exploitation et abandon de mineurs…).

 

 

Plus de stabilité?
Le principal enjeu sportif concernait la stabilité des contrats, après plusieurs années d'une lente mais profonde dégradation des liens entre clubs et joueurs, qui a vu les engagements contractuels de plus en plus systématiquement bafoués. Sur le plan des contraintes pour ses employés, notre patronat du football n'est pas contre un peu de dirigisme. Il n'y a pas de mercenaires sans armées de fortune, et la disparition du respect du maillot est aussi imputable aux gestionnaires cyniques, mais dans ce domaine, les obligations faites aux joueurs (qui profiteront, sur d'autres plans, d'une liberté accrue) se justifient dans une large mesure. La limitation d'un transfert par joueur et par an devrait également dissuader les basses spéculations et inciter les dirigeants à réfléchir mûrement avant de prendre des décisions.


On jugera dans les prochaines années si l'effet est réel, et si les clubs renouent avec des politiques sportives cohérentes, basées sur une stabilité minimale des effectifs. Cette réhabilitation des projets sportifs serait la bienvenue, et permettrait peut-être d'équilibrer les chances d'attirer un joueur.

 

 

L'exception sportive confirme la règle
En fait, l'ampleur de la réforme a été conditionnée par un autre combat politique mené à l'échelle européenne, concernant la reconnaissance de la "spécificité sportive". Elle a été obtenue au terme du sommet européen de Nice en décembre dernier, mais du bout des lèvres. Ce signal pas très fort a été déterminant pour l'attitude de la Commission de Bruxelles, à l'origine d'un dossier devenu brûlant avec le lobbying intense des gros clubs. Son intransigeance a faibli et elle s'est contentée d'un accord assez vague en mars 2001, qui laissait à la FIFA le soin de trouver les principaux compromis.


Cette exception sportive "light" ne garantit pas les prérogatives des fédérations et confédérations sur l'organisation des compétitions sportives — notamment contre les visées de "privatisation" de ces compétitions — pas plus que leur droit de "légiférer" au sein de leurs disciplines au prix de quelques entorses à la loi commune. Seules les instances disciplinaires sportives ont vu leur légitimité un peu renforcée. La prise en compte et la préservation de la dimension "culturelle et sociale" du sport contre une pure logique économique est recommandée, mais sans directive précise. Cela laisse une grande marge d'incertitude, et une grande marge de manœuvre aux tenants d'une ultra-libéralisation du football pour récupérer l'exception sportive à leur profit (voir aussi Libéralisation : un pas de plus).

 

 

Dans ce contexte, la réforme finale est le produit d'arbitrages qui ont finalement tourné à l'avantage de ces derniers, qui s'accommoderont de régulations sans lesquelles le mur aurait été percuté trop tôt et qui pourront continuer à spéculer sur leur capital de joueurs. Les grands (dés-)équilibres économiques ne sont pas remis en cause, et la course folle continuera, entre les garde-fous ainsi dressés

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> déconnerie

Tabloïd, numéro 7

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