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Javier Aznar

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Revue de stress #111

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Trois jours avec Xabi : Jour 1

Trois jours avec Xabi : Jour 2

Libero – Suite de la rencontre avec Xabi Alonso. Pour ce deuxième jour, il est question de Pep Guardiola, José Mourinho et des coups francs de David Alaba.

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Titre original: "Tres días con Xabi", publié dans la revue Líbero #14, automne 2015.
Texte: Javier Aznar. 
Photos: Adidas.
Traduction: Rémi Belot.
Les expressions entre crochet ont été ajoutées à la traduction.

 

* * *

 

Sabener Strasse, le centre d’entraînement du Bayern Munich, se trouve à quinze minutes du centre-ville. Ce sont avant tout 80.000 mètres carrés de terrains de foot pour toutes les catégories d’âge, mais les lieux comprennent aussi un centre pour le sport de haut niveau, une résidence, les bureaux du club et même un biergarten pour se prendre une petite Paulaner entre supporters. Alors que je pénètre dans les lieux, j’aperçois une multitude de petits blonds habillés en tenue du Bayern, comme autant de Stefan Effenberg miniatures courant à droite et à gauche, qui se préparent pour une partie de foot à 7, à deux pas de l’endroit où s’entraîne l’équipe première.

 

 

En arrivant sur place, la première chose que j’entends sont les cris d’un Pep Guardiola supervisant un exercice de circulation de balle qui ne semble pas aussi fluide qu’il le souhaiterait. "Try again! And again! One more" [en anglais dans le texte], l’entend-on répéter à l’envi alors que Manuel Estiarte, son homme de confiance, observe attentivement tout cela à distance. Fait marquant: Manuel Neuer participe à tous les exercices comme si c’était un joueur de champ. La plupart du temps, il ne réalise pas de travail spécifique de gardien, mais joue comme les autres aux jeux de passes et aux toros que Guardiola met en place. On peut ainsi le voir en train de combiner à grande vitesse dans une ligne défensive composée de Rafinha, Dante et Benatia, sous la pression asphyxiante de Robben ou Muller, qui se donnent à fond sur chaque ballon. Il y a du contact, des replacements, on entend des cris et des protestations.

 

 

Alaba, l'artilleur

À la fin de la séance, Xabi, Alaba et Götze restent sur le terrain pour aligner quelques coups-francs avec Ivan Lucic, un gardien autrichien de dix-neuf ans qui alterne entre l’équipe B et l’équipe première. Ils placent un "mur NBA" (c’est ainsi qu’ils appellent le mur dont ils règlent la hauteur des mannequins à la plus haute position possible), et commencent à fusiller le gardien. Alaba enquille les frappes les unes après les autres, sans jamais s’arrêter. Il inscrit douze buts sur quinze tentatives. Le gardien semble hésiter entre résignation et désespoir. Alaba est d’ailleurs le dernier de l’équipe à partir à la douche, qu’il rejoint après avoir célébré son dernier but d’une franche rigolade, d’un petit chant et d’un pas de danse (son père est un célèbre DJ et chanteur nigérian). Il rentre au vestiaire avec un sac de ballon et le maillot du Bayern en turban autour de la tête.

 

Xabi s’approche de moi pour me saluer, juste après m’avoir envoyé un ballon sur une longue transversale de quarante mètres. (…) Impressionné par le bombardement auquel je viens d’assister, je lui demande si Alaba est toujours ainsi en réussite. Il rigole. "En fait je n’avais jamais vu quelqu’un enchaîner ainsi les coups francs", dit-il en regardant le but vide, comme si on pouvait encore y sentir l’odeur de la poudre à canon. Depuis son arrivée au Bayern, c’est sans doute le joueur qui l’a le plus surpris. "C’est un monstre, un golgoth. La façon dont travaille ce mec est inhumaine. Il est fort, rapide, habile. Il fait le travail pour trois. En plus tu peux le mettre milieu, latéral ou défenseur central, tu sais qu’au final il fera le boulot. Et ce n’est qu’un gamin!" J’ajoute en rigolant que je devrais le ramener avec moi pour jouer en Liga. "En tout cas, tant que je suis ici, il reste au Bayern."

 

 

Guardiola, le méticuleux

Xabi se rapproche d’Igor Gabilondo pour le saluer. "Gabi", un ancien de la Real Sociedad et de Bilbao, est de passage à Sabener Strasse, il a prévu d’assister à un match à l’Allianz Arena le lendemain. Après la douche et avoir avalé un repas léger, nous nous asseyons dans des sièges en osier à deux pas des vestiaires. Xabi aime cet endroit: "C’est étonnant, mais c’est à la fois ouvert et familial. Tu peux croiser par hasard des légendes du club comme Mehmet Scholl, qui est venu se faire masser par un kiné du club, ou apercevoir des potes de Thiago [Alcantara] ou Ribéry, qui leur filent un coup de main et les soutiennent pendant leur période de convalescence. Ils peuvent aller et venir dans le vestiaire comme bon leur chante. Je n’avais jamais vu ce genre de pratiques avant, et je trouve cela très bien. Tout se passe naturellement, sans problème."

 

Il respecte beaucoup Guardiola: "C’est quelqu’un de méticuleux et de travailleur. C’est comme ça qu’on gagne le respect du vestiaire dans un club de ce genre. Tu as vu comment il gère les séances. Tu as l’impression que c’est la fin du monde quand un milieu de terrain perd le ballon pour un dribble de trop, un excès de confiance ou parce qu’il a trop pris son temps. C’est intense. Et c’est comme ça que ça doit être. Pas autrement. Dans ce groupe, il y a tout de même 8 champions du monde. Ce serait dangereux de tomber dans la facilité, de laisser l’équipe en autogestion. Si Guardiola a connu de tels succès, au-delà du style de jeu qu’il met en place, c’est parce que c’est un travailleur infatigable. C’est son éthique à lui, c’est un obsédé du football. Pour lui, il n’y a rien au-dessus. Ce que j’admire le plus, chez lui, c’est sa capacité à convaincre les joueurs pour qu’ils adhèrent à ses principes et qu’ils aient foi en ce qu’il met en place. J’aime aussi le fait qu’il ait une vision claire de ce que doit faire son équipe, et sa méticulosité pour préparer de la meilleure des manières les messages qu’il adresse à ses joueurs. Je savais qu’il était comme ça, mais je n’avais pas mesuré à quel point."

 

 

Tactique et discours

Juste après son transfert surprise au Bayern, Xabi avait rejoint l’équipe la veille d’un déplacement à Schalke 04. "Quand je suis arrivé, l’équipe venait de finir de dîner à l’hôtel. Guardiola m’a demandé de l’accompagner jusqu’à sa chambre pour discuter un peu. Je pensais que c’était juste pour me souhaiter la bienvenue et me demander comment s’était passé mon voyage. Et je suis resté avec lui pendant deux heures, à parler du rôle qu’il attendait que je joue lors du prochain match, de tactique, de l’équipe, de ma place dans son schéma de jeu au Bayern. De tout. C’est un passionné, et tu adhères à ses idées tout de suite. Quand tu joues au foot, tu ne peux qu’avoir du plaisir à avoir quelqu’un de la sorte pour chef."

 

J’avais essayé de résister jusque-là, mais cette fois je ne peux pas m’empêcher d’évoquer le sujet… "Si Mourinho et Guardiola se ressemblent? En ce qui concerne le football, ce qui est pour moi l’essentiel, je dirais que oui. Travailleurs, perfectionnistes et avec un vrai sens moral. Ce sont les meilleurs entraîneurs que j’ai eus. Concernant 'Mou', ce qui m’impressionnait le plus, c’était ses causeries lors de matches apparemment insignifiants. Même quand on menait tranquillement face à une équipe de milieu de tableau, ça lui arrivait de pousser une gueulante pendant la mi-temps. Comme dans un film. Alors que parfois, il se montrait totalement serein lors de rencontres primordiales de coupe d’Europe ou face au Barça. Parce que pour ce genre de matches, tu n’as pas besoin d’en rajouter. Une des phrases que je préfère, et qu’il aimait répéter à certaines occasions: 'Ce n’est pas moi qui fait l’équipe, c’est vous.'"

 

Götze s’approche pour souffler un mot à Xabi. J’en profite pour jeter un œil à mon téléphone et prendre des nouvelles du résultat de mon équipe amateur favorite: "Ils jouent le samedi matin à 9h? Putain, ça c’est vraiment un truc d’amoureux du ballon, comparé à nous!"

 

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