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Pierre Martini

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Un dessein peu animé

France-Roumanie – En dépit du résultat, le projet tactique de Laurent Blanc n'a pas beaucoup avancé samedi soir au stade de France.
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Dans l'impossibilité de reconduire Diaby et donc l'entrejeu qui avait fait des étincelles en Bosnie, Laurent Blanc a tout de même maintenu un système qui a un peu plus penché vers le 4-2-3-1 que vers le 4-3-3, avec Nasri prenant la place de son coéquipier d'Arsenal. Mais le trio ainsi formé dans l'axe large s'est sensiblement distingué de celui de Sarajevo (lire "Comment les Bleus ont joué du triangle"). Certes, Alou Diarra a conservé son placement devant la défense, Mvila a encore évolué un cran devant lui, et Nasri comme Diaby auparavant s'est positionné encore plus haut – en moyenne à la même longitude que Valbuena et Malouda, avec beaucoup de liberté dans ses déplacements.

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De la mobilité mais peu d'enchaînements
La différence essentielle tient justement dans le fait que ces trois joueurs ont énormément coulissé dans la largeur du terrain. Contre la Bosnie, Mvila était le plus souvent resté (devant et) à gauche de Diarra. Cette fois, le Rennais et le Bordelais se sont portés alternativement d'un bord à l'autre du couloir central (qu'ils ont tout de même peu quitté). Un peu moins soutenus par Nasri que par Diaby qui avait contribué à l'impact physique victorieux le mois passé, ils ont plus fonctionné comme une paire de milieux récupérateurs – avec cette singularité, donc, que l'un restait presque systématiquement plus haut que l'autre. Notons qu'après l'entrée de Gourcuff, Mvila s'est fixé sur la droite.

Si l'on ajoute à cela que Malouda et Valbuena ont ponctuellement permuté, et que Benzema s'est rendu disponible sur les deux flancs, l'équipe de France a évolué dans un dispositif qui prévoyait une grande mobilité de ses joueurs et impliquait une bonne dose d'initiatives. Malheureusement, si l'assise défensive a été probante, ce projet n'a pas été servi par une animation très brillante. D'abord, les trois étages des milieux axiaux n'ont pas permis beaucoup de décalages vers l'avant, et les actions dans l'axe ont été peu probantes – alors qu'elles avaient été caractéristiques des bonnes phases des Tricolores lors des matches précédents (1). Ensuite, les déplacements "horizontaux" ont semblé également favoriser une circulation du ballon trop latérale pour inquiéter vraiment un adversaire constamment bien placé, en outre assez haut (même sans exercer un pressing très important).

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Schéma assez peu informatif, mais on a essayé.

La chance est entrée en jeu
L'exploitation des ailes ayant été passable, les Bleus ont donné l'impression de manquer de solutions, s'en remettant plus à des percussions individuelles qu'à des mouvements collectifs pour faire la différence. Et même en passant le premier rideau, les joueurs n'avaient pas de solution immédiate pour convertir cet avantage. Beaucoup d'efforts individuels sont ainsi restés vains, avec un Benzema isolé à l'intérieur ou à proximité de la surface. Avec des enchaînements contrariés, une faible efficacité dans les dribbles ou les tirs et une présence médiocre à la réception des centres et des corners (un potentiel très sous-exploité quand on compte Diarra, Rami ou Mexès dans ses rangs), les probabilités de l'emporter étaient faibles.

Alors, qu'est-ce qui a permis de faire la différence au cours du dernier quart d'heure, hormis la providence? Les remplacements ont évidemment joué, même s'ils n'ont d'abord pas fondamentalement changé la donne. Gourcuff a joué plus en distributeur que Nasri, qui avait souvent préféré la provocation balle au pied avant de chercher un partenaire. Le Lyonnais a donné de la vitesse et de l'ampleur aux mouvements offensifs, étirant une défense roumaine émoussée. La rencontre ne s'est toutefois débloquée que sur des contre-attaques et grâce à l'efficacité individuelle de Rémy puis de Payet...


Le "coup" de Sarajevo n'a donc pas été réédité, au sens où les Bleus, n'ont pas renoué avec la même cohérence tactique, faisant montre d'une certaine impuissance collective s'agissant de résoudre l'éternel problème des équipes efficacement regroupées (2). Les marges de progression sont cependant tangibles. Elles sont individuelles, avec les améliorations de performance à attendre de joueurs comme Malouda ou Benzema, ou de certains retours (Diaby, Ribéry). Elles résident aussi dans l'apport des latéraux, dans la pleine exploitation des individualités de l'entrejeu, et plus globalement dans une efficacité offensive encore gâchée par trop d'imprécisions. Après un été aussi chaotique, il ne faut pas trop attendre trop vite d'une équipe qui, non sans à-coups, retrouve progressivement une identité de jeu.


(1) La qualité de la charnière roumaine et la densité dans l'axe sont des facteurs à prendre en compte.
(2) Il faut toutefois souligner des progrès perceptibles sur le plan défensif, concrétisés par des cages restées vierges même s'il a fallu compter pour cela sur les sauvetages de Lloris.
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