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Le syndrome de la demi-finale

Une victoire au penalty

Les Bleus obtiennent leur ticket pour Berlin, et tout le pays connaît de nouveau des transports en commun. Revenons sur une demi-finale au physique difficile, mais que nous aimerons quand même.
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Les demi-finales ne sont pas faites pour les poètes. Ceux-ci les franchissent rarement, et plus souvent encore, ces rendez-vous ne se prêtent pas à l'esthétisme. Il fallait bien un match de cette nature pour enrichir l'histoire de cette équipe.

La nalyse : le scénario idéal

Etouffante et indécise, la rencontre a été d'une tension maximale pour les Français et les Portugais, d'un ennui consommé pour le reste du monde. Le plus gros risque dans ces circonstances est de passer complètement à côté de son match, à l'image de la France 86… Celle de 1998 avait failli verser dans le même gouffre contre la Croatie, avant que l'ouverture du score adverse ne déclenche le miracle Thuram.
On n'a pas été très loin d'un scénario à déception, avec un premier et un dernier quart d'heure inquiétants durant lesquels les Bleus furent plus secoués que jamais depuis le début de la compétition, et donnèrent l'impression que cette fois, l'adversaire parviendrait à bousculer l'assurance défensive française. Comme contre l'Espagne, la France a disparu du camp portugais pendant une grande partie de la seconde période. Mais cette fois, la domination subie consistait en une longue suite d'offensives à contenir, sans que les contres ne permettent de se mettre à l'abri. Quant à savoir s'il faut attribuer cette baisse de régime à la qualité de l'opposant, à la fatigue ou à la crainte des suspensions, la première hypothèse est évidemment à mettre en avant.

Nouvelle occasion ratée pour le Portugal
Les Portugais ont en effet montré un niveau supérieur aux Espagnols et aux Brésiliens, et il est dommage qu'ils aient semblé s'enfermer dans un statut de victime du penalty, recourant ensuite à des simulations moins efficaces que les gestes techniques qu'ils sont capables de produire. Ils ont malheureusement raté l'occasion de s'inscrire dans l'histoire de leur football national, peut-être faute d'avoir trouvé la bonne alchimie entre des joueurs au talent individuel si évident, afin de forcer un destin.
À leur décharge, la défense française, en dépit du match compliqué d'Abidal, a encore été remarquable. Si tous les assauts ne pouvaient pas être contenus, elle a annihilé le jeu long des Portugais et maîtrisé l'espace aérien.

Sur le fil et dans une atmosphère réellement oppressante, des Bleus moins rayonnants sont parvenus à atteindre leur objectif d'une finale. Tout étant dit dans cette phrase, il vaut mieux garder ses analyses et ses spéculations pour le prochain match. Celui d'hier soir nous en appris un peu plus sur cette équipe, jusque dans ses quelques faiblesses. Mais la qualification acquise avec le bonus d'aucune suspension majeure (que Saha nous pardonne), la détermination affichée et le souffle qui porte cette équipe sont autant d'éléments qui plaident encore pour elle…



Les observations en vrac
> On est en finale.
> Incroyable : l'astrologie, ça marche.
> 100 millions la rediffusion de l’Euro 2000, ça fait cher pour TF1.
> Denilson ou Ronaldinho? Devine qui est l’idole de Cristiano Ronaldo.



Un non-match d'anthologie

Après un lancement de Malouda par Thuram et un tir du Lyonnais dès la première minute, les Rouges alignèrent une inquiétant série de tirs à distance, sollicitant Barthez (frappe croisée de Deco, 4e), flirtant avec la transversale (Maniche, 9e), voyant Pauleta rester  à quelques centimètres d'un centre de Figo (10e) et ce dernier solliciter le gardien français d'une frappe tendue (16e).

Entame délicate
Il faut dire qu'en perdant d'emblée quelques duels, plusieurs joueurs ont laissé le rapport de force bénéficier aux Portugais. Figo prend ainsi le dessus sur Abidal et Ribéry ne parvient pas à percer. Pendant ce temps, les Bleus ne parviennent qu'à conduire une action placée, conclue par un centre d'Abidal qu'Henry croit ne pas pouvoir reprendre (14e). Dans l'entrejeu, les hommes de Scolari dirigent la manœuvre face à un Zidane neutralisé, mais progressivement, les bonnes séquences des deux côtés s'équilibrent. Elle se distinguent par leur vitesse d'exécution (le Portugal  opérant en passes courtes, les Français cherchant la vitesse) et se ressemblent par leur difficulté à se conclure par de vraies occasions...


L'action du match
Un bon travail en crochets d'Henry sur le côté gauche de la surface prélude à l'action qui deviendra la plus importante du match. Après un échange Zidane-Makelele-Malouda, le Guyanais perce dans l'axe et sert Henry à l'entrée de la surface. En deux touches de balle (intérieur/extérieur du droit), il pénètre et crochète. Ça va trop vite pour Ricardo Carvalho qui se jette et laisse traîner sa jambe gauche. Deux pas d'élan suffisent à Zidane pour trouver le petit filet de Ricardo.

Le dernier quart d'heure est très à l'avantage des Ibères qui mettent encore Barthez à contribution par Maniche (36e) et multiplient centres et corners potentiellement dangereux sans parvenir à revenir au score.


Éclipse sur la France
Le retour des vestiaire est à l'avantage des Bleus: Henry récupère une mauvaise passe de Figo, déborde et adresse un tir du gauche très croisé que Ricardo détourne de justesse en corner (48e). Alors que la possession reste française, Ribéry hérite du ballon dans l'axe à vingt mètres, se retourne instantanément et son tir oblige Ricardo à une parade difficile (49e).
La suite est marquée par une éclipse française dans le jeu offensif. Pauleta en profite pour adresser un redoutable tir en pivot qui ne passe pas très loin du poteau (53e), mais durant vingt minutes, l'absence d'occasion nette souligne que la possession portugaise reste stérile en dépit des corners obtenus. Au début de cette période de domination, un contre mené par Ribéry et Zidane échoue de peu pour Henry qui ne peut contrôler la remise à une touche de son capitaine.

Les interruptions pour blessure et les remplacements achèvent de casser l'intensité du jeu – mais pas celle d'un match vraiment incertain. Après que Govou et Wiltord portent de nouveau la balle dans le camp lusitanien et qu'Helder Postiga choisit la chute artistique, les Portugais vont s'offrir leu r plus belle occasion. Barthez relâche devant lui un coup franc violent de Cristiano Ronaldo, et la tête de Figo enveloppe la barre (71e).
Ce manque de réussite ne rassure pourtant pas le spectateur, qui voit les poussées rouges se concrétiser de plus en pus, au point que le temps additionnel voit Fernando Meira en bonne position, frapper au dessus, puis Nuno Valente adresser un centre piqué qui passe devant le but. M. Larrionda jouera une dernière fois avec nos nerfs en laissant les Portugais entamer une ultime action à la cinquième minute supplémentaire.



L'instant mystérieux

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Quelques instants après l'ouverture du score, alors que Zidane se libère des félicitations et revient vers son camp, il est entouré par Thuram et Makelele qui s'adressent à lui avec une conviction manifeste, pointant le doigt vers lui et paraissant insister sur le message…


L'instant pathologique de Jean-Michel Larqué (1)

36e minute. Maniche vient de répliquer à l'ouverture du score par un tir que Barthez a capté en deux temps. Notre ami a un accès de pessimisme spontané.

Jean-Michel Larqué : Vous savez à quoi ça me fait penser ce scénario, Arsène? Penalty je ne dirais pas contre le cours du jeu, mais euh… C'est le match contre l'Espagne.
Thierry Gilardi : Ah oui. Les Espagnols avaient ouvert le score sur penalty, c'est ce que vous voulez nous dire, Jean-Michel?
JML: Oui. Dans un match très équilibré...
TG : J'espère que vous n'imaginez pas la même fin.
JML: Non, mais euh… Pour l'instant, on sent que les Portugais, eux...



L'instant pathologique de Jean-Michel Larqué (2)

64e minute. Deco reçoit un ballon côté gauche de long de la ligne de touche, alors qu'Éric Abidal, sorti après un KO, ne peut revenir sur la pelouse.

Jean-Michel Larqué : Reviens reviens reviens reviens, Éric Abidal, reviens reviens! [gros soupir nasal en plein sur le micro].
Barthez se saisit d'un centre trop profond.
JML : Allez, reviens!
Arsène Wenger : Il faut l'accord de l'arbitre…
JML : Ben oui mais faut qu'il le… Faut qu'il le demande!



Les gars
Barthez a surtout permis à la France de ne jamais se sentir inquiétée sur les multiples corners obtenus par le Portugal. En difficulté sur le tir flottant de Cristiano Ronaldo, il a parfaitement maîtrisé les frappes de loin qui lui furent adressées.

Régional de l'étape, Sagnol a confirmé qu'il était un des tous meilleurs joueurs de ce Mondial, avec une régularité impressionnante. Il énormément de travail avec Cristiano Ronaldo dans sa zone, et a défendu avec beaucoup d’intelligence, se contentant d’éloigner l’ailier portugais de la surface. Avec un client pareil, il eut forcément un rendement offensif très limité, et a beaucoup manqué devant. Une prestation à mettre en parallèle avec celle d’Abidal, soudain possédé par l’esprit de Mickaël Silvestre. Le latéral lyonnais a eu un mal fou à rentrer dans le match, multipliant les mauvais choix et les contrôles ratés. Il a perdu trente-deux ballons, un total jamais atteint par un défenseur français depuis le début de la compétition. Il ne cessa pourtant jamais de se battre et réussit tout de même à prendre le dessus face à un Figo très diminué en fin de rencontre.

Cette fois-ci, ce fut le tour de Thuram de livrer un match historique, et les Bleus lui doivent beaucoup dans leur qualification. Il dégoûta ses adversaires, se chargeant de contrer la moindre menace, qu’elles fut aérienne ou procédant de tirs lointains sur lesquels il se jeta à de multiples reprises. Gallas joua en soutien et avec un tel partenaire, les miettes sont rares. Il fit cependant le boulot, assistant notamment Abidal sur son côté.

Dans une zone dominée par les Portugais et que ceux-ci parvinrent à contourner en exploitant les flancs, nos récupérateurs n'ont pas vraiment brillé. En difficulté dans la relance, Makelele eut beaucoup de mal à trouver ses partenaires devant lui et mit parfois l’équipe dans des situations dangereuses. On l’a senti puiser dans ses réserves pour terminer le match… Vieira a pu parfois sembler absent, mais cette disparition coïncidant avec l’éclipse de Deco en face, on notera qu’il se consacra quasi exclusivement au harcèlement du milieu du FC Barcelone. Sa faible participation aux phases offensives empêcha les Français d’être plus dangereux, mais il n’a perdu que seize ballons, ce qui atteste de la qualité de sa prestation.

Il eut cependant du mal à trouver Zidane, qui n’a pas réussi à se rendre aussi disponible que précédemment. Apparemment émoussé, c’est à l’économie qu’il essaya d’ouvrir le jeu de l’équipe. Auteur de quelques passes qui auraient pu s’avérer dangereuses, il s’est contenté d’être là quand on avait besoin de lui, et c’est déjà énorme – en particulier pour transformer un penalty avec autant de pas d'élan qu'il le souhaite.
Malouda et Ribéry ont joué à peu près le même match. Moins soutenus par leurs latéraux, ils eurent un mal fou à s’imposer offensivement. Ils ont beaucoup moins repiqué dans l’axe que contre l’Espagne ou le Brésil, mais ils ont fait le boulot derrière, sauf en fin de match où ils ont eu plus de mal à suivre les latéraux portugais un peu plus frais qu’eux.

Les entrées précoces de Wiltord et Govou, à vingt minutes de la fin, ont permis d'amener de la fraîcheur tout en conservant des forces offensives en contre, Saha gâchant son peu de temps de jeu par quelques pertes de balle et un carton qui le prive de la finale.

Henry a encore traîné sa solitude sur tout le front de l’attaque, avec un certain sens du sacrifice. Il fut encore décisif une seule fois, la bonne. Heureusement pour lui, car ses matches seraient désespérants s’il n’était pas impliqué sur les buts français. Les Portugais jouaient trop haut pour qu’il puisse véritablement gêner leur relance. Après quelques belles percées à gauche en début de match, il s’est éteint un peu trop vite, à l’image du reste de l’équipe.
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La Coupe du monde 2006


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