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Christophe Zemmour

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Il était une fois dans la surface

Van Basten 1988, le génie à la volée

Un jour, un but - Il y a vingt-cinq ans presque jour pour jour, Marco van Basten exécute la mère de toutes les volées et scelle le premier titre des Pays-Bas.

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L’URSS dispute en 1988 le dernier championnat d'Europe de son histoire, avant son implosion quelques mois plus tard. Lors de cet Euro allemand, l’équipe des légendaires Rinat Dasaev et Valeri Lobanovski est dans la lignée de son année 1986, durant laquelle elle joua le rôle d’épouvantail du Mundial et qui vit aussi le Dynamo Kiev remporter la C2 après une prestation collective inoubliable face à l’Atlético Madrid. Les Soviétiques battent notamment l’Angleterre (3-1) en phase de poules et l’Italie (2-0) en demi-finale. Ils ont aussi dominé les Pays-Bas lors de leur premier match (1-0), qu’ils retrouvent en finale ce 25 juin 1988 à l’Olympiastadion de Munich. Rats, buteur face aux Hollandais au premier tour, est, à l’image de son équipe, le spectateur malheureux et impuissant d’un des plus beaux buts de l’histoire. Il est signé Marco van Basten, jeune attaquant de vingt-trois ans et remplaçant au début de cet Euro.
 

 




 

À angle fermé

On joue la 54e minute et les Pays-Bas mènent 1-0 depuis la 33e grâce à une tête smashée de Ruud Gullit, complètement oublié aux six mètres et servi par van Basten. Adrie van Tiggelen intercepte une passe très mal appuyée d’Aleksandr Zavarov et amorce la contre-attaque. Il a Gullit dans l’axe et van Basten sur la droite, mais il choisit de décaler à gauche Arnold Mühren. Le n°8 batave centre en première intention vers le second poteau, où se trouve l’attaquant milanais. Le ballon monte haut, très haut, et semble se perdre dans le ciel bavarois. D’ailleurs, il échappe au champ de vision de la caméra. Le service n’est pas un caviar, un peu comme celui de Roberto Carlos pour Zinédine Zidane en finale de la C1 2002. La suite va être pareillement légendaire.
 

Marco van Basten, qui déclarera lui-même plus tard être carbonisé à ce moment-là, tente de reprendre le ballon de volée. L’angle est fermé, la position difficile, le choix improbable et risqué. Personne ne prévoit le geste, sauf peut-être son coéquipier Frank Rijkaard: “Je vous assure que des buts impossibles, Marco en réussit pas mal, de temps en temps à l’entraînement, plus beaux encore que celui de Munich.” En effet, la reprise du droit de van Basten est parfaite. La frappe puissante part un peu en cloche, juste ce qu’il faut, et à la fois sa vitesse et sa trajectoire témoignent de la maîtrise du geste. Rats, plus proche témoin, saute en tournant le dos pour tenter vainement de la contrer. Le tir surprend Dasaev qui tend son bras, mais probablement sans trop croire que le ballon va finir dans son petit filet droit. L’un des plus grands attaquants de l’histoire vient de battre l’un des plus talentueux gardiens, sur l’une des plus belles reprises qui soient. Le coach oranje, Rinus Michels, qui en a pourtant vu d’autres, semble aussi stupéfait qu’ému par tant de force et d’élégance.
 


 

 

 

À la postérité

"Non, il est moins beau que le retourné face à Den Bosch, car il est moins spectaculaire mais il est beaucoup plus important et aussi plus chanceux. C'est le genre de geste que l'on tente parfois à l'entraînement et qui ne réussit que très rarement". Voilà ce que pense l’auteur de ce but, confirmant modérément et modestement les dires de Rijkaard. Quatorze ans plus tard, les Pays-Bas tiennent ainsi une triple revanche puisqu’ils conservent cet avantage jusqu’au bout. Non seulement ils remportent leur premier titre international, mais ils le raflent sur le terrain de leur défaite de 1974, après avoir éliminé leur rival germanique en demi-finale. Ronald Koeman ajoutera au triomphe une touche poétique en s’essuyant l’arrière-train avec un maillot allemand. Rinus Michels aura ainsi réussi, durant cet Euro 1988, le mariage entre la formation de l’Ajax et la rudesse du PSV Eindhoven – vainqueur de la C1 cette même saison. Sans faire confiance à van Basten en début de compétition.
 

Piqué au vif par un statut de remplaçant au coup d’envoi du premier match, ce que cherchait apparemment son coach, il claque un triplé face aux Anglais, relançant parfaitement son équipe dans la course au dernier carré. À deux minutes de la fin du temps réglementaire face à la RFA, son tir taclé reprend une passe en profondeur de Jan Vouters et bat Eike Immel. Son cinquième et dernier but, il a été conté plus haut. C’est le plus beau de son fantastique Euro, celui auquel seront désormais rapportées toutes les reprises de volée à angle fermé. Le joueur n’en obtiendra pourtant pas la marque déposée, contrairement à Panenka ou Madjer avant lui. Il poursuivra une brillante carrière sous le maillot du Milan... qui perdra cinq ans plus tard une finale de C1 face à l’Olympique de Marseille, le 26 mai 1993. À l’Olympiastadion de Munich, pour le dernier match de la carrière de Marco van Basten.


UN JOUR, UN BUT
: TOUTE LA SÉRIE

 

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