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Christophe Zemmour

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Revue de stress #148

Zidane 1998, un droit de velours

Un jour, un but – Il y a vingt ans, Zinédine Zidane enchante le Stade Vélodrome sur un concerto pour pied droit. On est en février et, quelques mois plus tard, la France gagnera le Mondial.

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Dans mes souvenirs, il me semblait que ce but avait été inscrit au cours de la seconde période. C’est dire si le temps a tendance à rendre certaines choses plus romanesques encore qu'elles ne le furent vraiment... En ce frais 25 février 1998, je suis assis en tribune Ganay et j'assiste à mon premier match de l’équipe de France dans un stade. Mon premier également dans ce Vélodrome nouvelle version dans son état final, à l’architecture un peu bizarre et ouverte au vent. Qu'importe, je suis tout à ma joie, du haut relatif de mes seize ans, d’être ici, avec mon père, mon entraîneur et mes coéquipiers.

 

 

 

Ambiance légère et contexte de pression

Mon club, la Jeunesse Sportive des Pennes Mirabeau, avait alors eu des invitations pour ce match amical entre la France et la Norvège. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’appris la nouvelle, puisque nous étions seulement la très modeste équipe Honneur des moins de dix-sept ans. L’ambiance est très joviale et festive dans le stade, l’atmosphère familiale et conviviale, comme en attestent ces avions de papier modelés à partir des drapeaux de fortune posés sur nos sièges, qui virevoltent de toutes parts et qui, pour certains, font de jolis vols planés ou suspendus.

 

La rencontre est plutôt agréable à suivre, loin des a priori et des doutes qui suivent la sélection d'Aimé Jacquet, que la plupart des médias chargent, mis à part évidemment un certain site nommé Les Cahiers du Football que je ne connais pas encore. Sans révisionnisme aucun, j’ai toujours cru en cet entraîneur et à sa capacité à reconstruire une équipe compétitive pour remporter la Coupe du monde à la maison. Et ce, dès sa prise de fonctions et son premier match en Italie. Ma foi est inébranlable et mon cœur va s’arrêter quelques instants en cette 27e minute de jeu.

 

 

Éloge de la douceur

Youri Djorkaeff adresse plein axe un long ballon en profondeur à Zinédine Zidane. Deux joueurs extraordinaires, dont on se demandait alors s’ils pouvaient et devaient évoluer ensemble… Le numéro 21 de la Juventus, buteur inaugural du Stade de France face à l'Espagne lors du match précédent – déjà à la suite d'une frappe de l'Intériste –, contrôle le ballon du cou-de-pied droit, en portemanteau. La prise de balle est orientée pour partir sur la gauche, soit à l'opposé du côté où le cuir est arrivé, et également pour revenir vers Zidane lui-même. Grâce aussi à un rebond probablement involontaire sur la poitrine, il élimine ainsi Berg, qui arrive justement de la gauche. Il pousse le ballon une première fois de la semelle.

 

Berg essaie de revenir mais Zidane a déjà passé son corps. Même avec la lenteur qui a toujours caractérisé le Marseillais, il est trop tard pour le joueur norvégien. Le temps se suspend, l’action semble s'étirer alors que Zidane fait encore une touche de la semelle qui le rapproche du gardien de but, Grodas. Il me semble qu’il en fait mille et qu'il traverse le terrain entier avant de se décider à tirer, tant le moment semble s’étirer en longueur. La clameur du stade monte progressivement depuis quelques secondes sur l’échelle de temps relative du football. Des spectateurs sont déjà cois, d’autres debout devant l’action de classe qui se déroule sous leurs yeux. Personnellement, j’ai le souffle coupé.

 

 

Zidane a le total contrôle de son ballon et la sortie de Grodas est vaine. Il est battu d’une délicate frappe de l'extérieur du pied droit qui finit dans le petit filet. Pied en or pour une action de génie, un ballet si caractéristique de ce joueur hors norme qui en exécutera un semblable, du gauche cette fois, face à Oliver Kahn quelques années plus tard. J’en ai vu, des jolis buts dans cette enceinte, notamment des frappes lointaines, mais aucun qui n’ait ce velouté, cette délicatesse. Trois ans plus tard, dans le documentaire “Comme dans un rêve”, Zidane disait lui-même que c’était encore “le plus beau [qu’il ait] marqué avec l’équipe de France”.

 

 

De Marseille à Marseille

Les Bleus mènent alors 2-1 et ce match se conclura sur un 3-3, avec un but de chaque côté dans les dernières minutes. Un scénario un peu fou pour une soirée des plus agréables. Les frissons d'une fin d'hiver auxquels succéderont les douceurs et les vents mouvementés du printemps, et surtout la fièvre du début d'été. Parce c’est aussi la dernière rencontre jouée par la France à domicile avant la Coupe du monde, qu’elle doit débuter par une confrontation face à l'Afrique du Sud à… Marseille.

 

Marseille qui accueillera d’ailleurs les deux derniers matches de la Norvège lors de cette compétition, dont la victoire contre le Brésil, restée célèbre pour cette vidéo validant la décision a priori discutable de l’arbitre d’accorder un penalty sur Tore André Flo. La France, de son côté, ira au bout de son rêve. Avec un Zidane qui vit une compétition inégale, mouvementée, décriée notamment pour son expulsion face à l’Arabie Saoudite. Mais il est de ceux qui savent choisir leur moment, et il n'oubliera pas d’écrire sa légende un certain 12 juillet. Des pieds à la tête.

 

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