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Pierre Martini

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La Foire de Paris

Fernandez maquille son bilan

Si toi aussi tu as un plan de relance du PSG et que tu penses que tout est de la faute à Denise, manifeste-toi auprès de Luis Fernandez et réécris l'histoire avec lui.
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Le PSG, c'est une sorte de vaudeville sans maîtresses ni amants, mais avec une foule de cocus. Jamais à court d'un rebond opportuniste, Luis Fernandez n'est pas le dernier à participer à la parade. La très maladroite manœuvre de Canal+ consistant à laisser fuiter la nomination de Francis Graille (voir La Foire de Paris) lui a ainsi donné l'occasion de se poser en victime et d'assaisonner la saison à sa façon en se répandant à son tour dans la presse avec sa vision des choses, tout juste révisée.

Luis ne médite pas, il fulmine intérieurement.
Complots et revirements On remarque d'abord cette révolution de ses sentiments envers Laurent Perpère, un "homme propre, honnête, sain" (Journal du Dimanche 04/05), "intègre, sincère, honnête, cultivé" (Le Monde 03/05), pour lequel il "éprouve de la peine" en dépit de "déclarations qui [lui] ont fait mal". Car l'ennemi, bien sûr, c'est désormais Michel Denisot, qu'il nomme à peine, renvoyant aux déclarations de Cayzac, Talar, Hechter et Dayan, décrits comme des gens "qui servent le PSG" et "ne s'en servent pas pour leur profit personnel". Mieux vaut en rire, surtout concernant les deux derniers. Fernandez suggère aussi que les manipulateurs espéraient une défaite en demi-finale de la Coupe de France, sous prétexte qu'il est "plus facile de reconstruire sur des cendres". Il est aussi, éventuellement, plus facile de reconstruire avec une participation européenne, surtout que des cendres, il y en a de toute façon en quantité. De là à dire que Luis a été victime d'une odieuse tentative de déstabilisation, il n'y a qu'un pas, allègrement franchi avec des métaphores de choc: "Dans un hold-up, certains portent les flingues, mais il y a aussi les cerveaux. Quand il y a un coup de filet, on arrête tout le monde" (JDD). La théorie du complot prend ainsi les tournures d'un mauvais polar, mais dans Le Monde, le coach emprunte des métaphores guerrières: "Cela fait cinq ans qu'on n'a pas gagné un titre. Pourquoi? Quand les Américains sont entrés en Irak, personne ne pensait que la guerre serait aussi courte. Mais ils avaient, à l'intérieur du pays, des gens bien informés qui savaient que ça ne durerait pas plus de deux ou trois semaines. Le PSG, c'est pareil: il y a, à l'intérieur, une ou plusieurs personnes bien informées qui connaissent les points sensibles. Cela fait cinq ans qu'on ne gagne rien. A qui cela profite-t-il, selon vous?" Visiblement, cela profite au moins à un entraîneur en mal d'excuses. Faire les comptes avant de les régler C'est limpide, si le PSG est victime d'une instabilité chronique, d'une incapacité à d'établir des politiques sportives et financières sur la durée, c'est parce que tout cela est prémédité par les forces du mal. On est bien d'accord avec toi, Luis, cette instabilité est effectivement une maladie chronique du foot français, mais une erreur plus grande encore et tout aussi banale consiste à nommer des personnes qui ne donnent aucun gage de leur capacité à construire ce projet sportif. Après deux années et demie de management, on devrait voir les premiers signes de retours sur investissement (sans même espérer des résultats aussi rapides que ceux de Perrin à l'OM, avec un effectif pourtant plus faible). C'est-à-dire autre chose que deux championnats ratés et une gestion du personnel désastreuse, agrémentés de dérapages divers et de six mois de suspension pour l'entraîneur, d'une illisibilité tactique totale et de conflits à répétition (avec les joueurs, la presse, les dirigeants), de coups d'état démagogiques menés auprès d'un public crédule… En n'assumant pas ses propres responsabilités, Fernandez fait mine d'oublier qu'il a revendiqué et obtenu les pleins pouvoirs dans le domaine sportif et même au-delà. Dans le JDD, il affirme que s'il avait eu les coudées franches, il aurait fait venir Roche, Le Guen, Guérin, Rai, Dahleb, Susic, Toko, Fournier. S'ensuit le couplet habituel sur les anciens qui font l'image d'un club… Un programme rétrospectif plutôt contradictoire avec le management exclusif du futur ex, mais le moment est idéal pour réécrire l'histoire à peu de frais. Non pas que Fernandez n'ait fait que des erreurs, bien sûr. Son recrutement (Pochettino, Heinze, Arteta…) montre qu'il a des qualités, mais son incapacité à exploiter un effectif de qualité — et notamment à assurer des relations normales avec ses vedettes — tend à prouver, sinon qu'il a dépassé son seuil de compétence, du moins qu'il a clairement échoué. Des "coups" contre l'OM ne suffisent pas pour bien figurer au classement, des fantaisies tactiques permanentes n'assurent pas cette cohérence durable tant recherchée… L'inexistence du PSG en Coupe de l'UEFA, son incapacité à disputer la Ligue des champions, son anonymat en championnat, sa faculté à gâcher les bons joueurs ne sont pas des nouveautés du mandat Fernandez, mais il n'y a remédié en rien et a bien mal plaidé sa cause. Il faut alors avoir la foi des disciples pour croire aujourd'hui qu'il est l'homme idoine pour se succéder, qu'une victoire en Coupe de France pourrait être le "début d'une nouvelle aventure" comme il veut le penser.

Sur cette image, Luis Fernandez ne menace pas Ronaldinho, il a juste le doigt plus vif que l'œil de Didier Roustan.
Luis président Mais Luis Fernandez n'a pas dit son dernier mot, puisque comme à peu près tout le monde en ce moment (ces candidatures subites sont réellement surprenantes alors que personne n'a bougé une oreille auparavant), sort de sa poche un plan de reprise du PSG. "Moi, Luis Fernandez, demain, je pourrais réunir un tour de table, exposer un projet et trouver des actionnaires prêts à racheter 30% du capital pour revaloriser le club sur cinq ans". Et si ce projet reste très flou, notre homme n'exclut pas de "rester à vie, en [se] tenant en retrait, en fonctionnant différemment avec un manager, un entraîneur et en divisant [son] salaire". Comprenne qui pourra. Il reste à Fernandez une finale de Coupe de France pour sauver l'honneur et quelques apparences. Mais ce titre éventuel sera un peu court pour sauver son bilan, quoi qu'il en dise ensuite. On lui souhaite de trouver sa place dans le football contemporain plus facilement que les joueurs dans ses dispositifs changeants: sa carrière d'entraîneur est encore jeune, et s'il retient les leçons ses propres erreurs — même s'il n'en donne pas l'impression aujourd'hui — rien ne s'opposera à sa réussite. Note : les mots pour la dire Un incident cristallise, paraît-il, l'antagonisme entre Fernandez et Ronaldinho. Il s'agit de l'introduction par le champion du monde d'une jeune femme dans l'hôtel des Parisiens, qui préparaient "au vert" la rencontre Lens-PSG. Quiconque lit la presse en a entendu parler, et il est intéressant de relever l'évolution des dénominations de la belle. D'abord, il s'est agi de "sa petite amie", puis d'"une petite amie", puis d'une "jeune femme"… Le mot de la fin revient au JDD qui parle maintenant de "prostituée".
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