auteur
Paul Junca

Du même auteur

> article suivant

Revue de stress #120

> article suivant

Parodie de football

> article précédent

Typologie du Branling sur Twitter

Le prêt, et après ?

Alors que le nombre de prêts augmente, regardons qui prête qui, à qui, et si ça marche... Petite étude sur les joueurs prêtés par les clubs  de Ligue 1, et leur destin incertain.

Partager


"Le Bonheur est dans le prêt". Combien de fois n’a-t-on lu ce jeu de mots facile en période de transferts? Mais la maxime se vérifie-t-elle pour les nombreux joueurs qui reviennent de prêt et reviennent gonfler en ce moment les rangs de clubs qui ne veulent plus forcément d’eux? Chiffres à l’appui [1], étudions comment le modèle de prêt a évolué ces dernières années et tentons de dessiner le portrait-robot du joueur prêté version 2013.
 

S’il reste encore marginal à l’orée des années 90, le prêt de joueurs se développe peu à peu afin de permettre aux clubs formateurs de laisser s’aguerrir leurs joueurs encore un peu verts pour intégrer l’équipe première. Dans les années 2000, la concurrence des clubs étrangers, puis la nécessaire rigueur économique ont placé le modèle de prêt au cœur de la stratégie des clubs français. Ces deux dernières saisons, la nécessité pour les dirigeants de contrôler leur masse salariale a contribué à une augmentation continue du nombre de joueurs prêtés par les clubs de L1.

 

évolution nombre joueurs prêtés clubs ligue 1
 

 

Cette augmentation est essentiellement due à la période de transfert estivale, le nombre de prêts réalisés en janvier restant moindre (en dépit d'une croissance lors de la saison passée), ce qui laisse penser que ces derniers relèvent d’une nécessité plus sportive qu’économique. En bonus, le nombre de prêts par club de Ligue 1.
 

Pour corroborer ce sentiment, il est instructif de se pencher sur les destinations de ces joueurs.
 

 

destination joueurs prêtés clubs ligue 1 

 


On note une nette hausse de la part des prêts intra Ligue 1 en hiver (23% des transactions contre 6% en été), confirmant que le prêt hivernal relève essentiellement d’une logique sportive et répond à un besoin du club acquéreur. D’ailleurs, lors de la saison écoulée, la plupart des joueurs qui ont changé de maillot en janvier ont eu un temps de jeu significatif dans leur nouveau club: Mollo à Saint-Étienne, Raspentino à Brest, Chalmé à Ajaccio, ou encore Tinhan et Mulumba en L2.
 

Autre élément frappant, les destinations les plus prisées lors de la fenêtre estivale sont les divisions inférieures (L2 et National rassemblent plus des deux tiers des prêts). Cela relève ici à la fois d’une logique de poursuite de la formation (l’âge moyen dépasse tout juste les vingt-et-un ans) et d’impératifs économiques, les clubs cherchant plus que jamais à rationaliser la taille de leurs effectifs.
 

Enfin, les prêts vers l’étranger s’inscrivent dans une démarche inverse à la précédente. Si leur nombre s’accroit significativement en hiver [2], on note une moyenne d’âge supérieure à vingt-six ans. Ce sont pour la plupart des joueurs qui ont connu leur heure de gloire dans leurs clubs, mais dont ces derniers se débarrassent pour des motifs économiques (Helder, Bastos), ou pour des rendements insuffisants au vu de leur potentiel (Lugano, Jussiê, Emeghara).
 


Y a-t-il une carrière après le prêt ?

Pour bon nombre joueurs de retour de prêt, la reprise de l’entraînement est synonyme d’interrogations. Quel sort leur réserve le président? Tiendra-t-on seulement compte des performances réalisées la saison pensée? Entrent-ils dans les plans de l’entraîneur? Et si celui-ci est nouveau, va-t-il rebattre les cartes de l’effectif? Pour aiguiller ces âmes en peine, dressons le bilan des retours de prêt 2012, et voyons si la mode est davantage au Leiti N’Diaye ou au André Ayew.

 

situation joueurs prêtés clubs ligue 1
 

 

On pouvait s'en douter: plus des trois quarts des joueurs prêtés sont indésirables la saison suivante. Les plus chanceux sont à nouveau prêtés ou trouvent un club plus accueillant, à un échelon inférieur. D’autres restent sur le carreau avec une carrière souvent compromise. Dans cette dernière catégorie, on trouve étonnamment moins de joueurs expérimentés désabusés (David Bellion, et à la limite Fabien Robert) que de jeunes pousses en quête de temps de jeu.
 

Inversement, qui sont les joueurs qui arrivent à s’imposer en L1 au terme de leur prêt? Pas de recette miracle, pas de progression spontanée et inattendue: ce ne sont ni plus ni moins que des joueurs qui glissent du haut de tableau vers des clubs moins prestigieux. Les Bordelais (Krychkowiak, Ayité, S. Sané) et les Lyonnais (Yattara et Reale) sont les principaux représentants de cette catégorie.
 

En fin de compte, un seul joueur déjoue les statistiques en s’imposant dans un club plus huppé que celui de son prêt. Mais pour ce cas bien précis, il faudrait bien un article complet pour comprendre le phénomène. Sacré Mustapha Bayal.
 


[1] Source : soccerway.com.
[2] Et encore, le pourcentage estival est dopé par le départ à Mouscron de quatre jeunes Lillois.

 

Partager

> Dossier

Le bizness

Le bizness


Jérôme Latta
2017-10-10

Euro 2016 : un grand coût derrière la tête

Des charges excessives pour les collectivités, un État en position de faiblesse face à l'UEFA, des stades trop grands et trop chers: la Cour des comptes vient de publier un rapport sévère pour l'organisation de l'Euro 2016. 


Plumitif
2017-10-01

L'UEFA et la FIFA, “facilitateurs d’un système corrompu”

Ainsi le Parlement européen a-t-il qualifié l'UEFA et la FIFA, que la crise financière de 2007 avait invités à mieux réguler l'économie du football. Dix ans plus tard, leur bilan est celui d'un sport encore plus inégalitaire, dérégulé et opaque. 


Jérôme Latta
2017-09-20

Transferts : derrière les records, un ordre clair

Une Balle dans le pied – Le mercato estival 2017 s'est achevé sur des chiffres spectaculaires. Et sur le constat que si l’inflation des transferts coûte cher aux clubs les plus riches, elle renforce aussi leur domination.

 


>> tous les épisodes du thème "Le bizness"

Sur le fil

Une Revue de stress à la gloire du football, d’Isaac Newton et de Moussa Sissoko - https://t.co/Q3dkZXb7Y6 https://t.co/N50LQuvDAF

RT @LucarneOpposee: Exceptionnel ! https://t.co/InACJnC10e

2027 : Cristiano Ronaldo ne lâche ni la muscu, si l’autocélébration. https://t.co/A8Tqp4kkgZ

Les Cahiers sur Twitter