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Christophe Zemmour

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Kuyt, le repos du guerrier

Moyes, encore en gestation

La première saison de David Moyes sur le banc de Manchester United est délicate, mais ne doit pas échapper à une analyse impliquant à la fois ses responsabilités et le contexte dans lequel elle s’inscrit.

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Défait (2-1) par Sunderland mardi 7 janvier 2014 lors de la demi-finale aller de la League Cup, Manchester United a enregistré un troisième revers consécutif après les échecs sur le même score face à Tottenham et Swansea, une première depuis 2011. Le club du Nord-Ouest de l’Angleterre traverse une saison compliquée, que certains qualifient "de transition" selon l’expression consacrée. Les Red Devils ne jouent plus les premiers rôles en Premier League, à une dizaine de points des leaders, et sont déjà éliminés de la Cup.


Le niveau global, la tactique utilisée et la défaillance technique et physique des cadres sont notamment pointés du doigt. La capacité du nouveau coach, David Moyes, à être à la hauteur du défi de remplacer Alex Ferguson et de l’exigence de victoires de MU est ainsi remise en question. Mais, comme toujours, l’explication des performances mancuniennes en-deçà des standards passés ne doit pas occulter le contexte d’héritage lourd, d’aléas contraires et de méformes.
 


Un mercato creux

L’intersaison 2013 a été le théâtre d’une profonde mutation à la tête du staff des Red Devils, à défaut de l’avoir été dans l’effectif. Outre Ferguson, sont partis Mike Phelan, René Meulensteen et David Gill, respectivement entraîneurs adjoints et directeur exécutif, et ont été remplacés par Ryan Giggs, Phil Neville et Edward Woodward. Si les premiers ont une connaissance certaine de la maison MU, ce qui devait ainsi aider l’acclimatation de Moyes, ils sont également inexpérimentés à ce poste et ont besoin de temps, de même que leur supérieur dont c’est le premier mandat dans un club de cette stature. 

 


 

Woodward, quant à lui, s’est retrouvé sous les feux des critiques pour les revers essuyés par MU lors du mercato. On lui a notamment reproché de privilégier les demandes de sponsors, l’expansion de l’image commerciale du club, augmentant ainsi les budgets qui y sont liés au détriment des potentialités salariales, faisant de Manchester United le troisième employeur le plus généreux de Premier League après City et Chelsea. Ce qui aurait contribué à voir si peu de nouvelles têtes rejoindre les rangs de l’équipe de Moyes lors du mercato.


Si certaines étaient probablement impossibles à séduire (Cesc Fábregas), d’autres ont été approchées de façon maladroite et incohérente (Kevin Strootman, Ander Herrera [1]). Le plus gros transfert a donc été celui de Marouane Fellaini, acheté pour 27,5 M£ à la dernière minute du mercato alors que la clause libératoire de l’ex-joueur d’Everton était de 23M£. L’international belge traverse sa saison comme un fantôme, bien loin du joueur que Moyes avait dirigé chez les Toffees et qu’il a probablement fait venir parce qu’il le connaissait bien.


Une tendance que l’on retrouve dans ses projets de recrutement de Leighton Baines [2], après l’échec de sa première tentative estivale. Si elle est parfaitement compréhensible pour un entraîneur dans sa position, à savoir celle de relever la tâche ardue de succéder au mythe Ferguson, elle peut également dénoter d’un manque de vision du marché pourtant surprenante chez cet homme connu pour être actif et soucieux sur cet aspect de sa profession, lui ayant valu de flairer des bons coups… mais aussi quelques mauvais. Si Moyes est encore en poste la saison prochaine, dans un contexte mieux connu et moins bouleversé, il sera intéressant de voir ce qu’il fera sur le mercato.
 


Un lourd héritage

When Saturday Comes en avait fait la couverture de son numéro de septembre, où l’on y voit le technicien écossais demander "Qu’est-ce que je fais maintenant?" à son adjoint Ryan Giggs, lequel lui répond: "Tout ce que Sir Alex te dit de faire." Cette blague dénote deux choses, à la fois la difficulté évidente de succéder au plus grand manager de l’histoire de la Premier League et celle de devoir subir le poids et l’ombre de ce dernier. Pourtant, comparer les débuts des deux coaches aux commandes de MU n’a pas à faire rougir Moyes, même si la situation actuelle ressemble plus à un après-Busby ou à un après-Souness, Ferguson n’ayant pas eu à prendre la relève d’un entraîneur aussi titré.


Daniel Harris de The Guardian   auteur également de l’ouvrage The Promised Land: Manchester United’s Historic Treble, a du mal à ne "pas voir le rôle de Ferguson dans la désignation de Moyes avec un soupçon de suspicion", entendant par là un privilège rare pour un coach et une volonté de choisir un héritier peu susceptible de le remplacer dans les tribunes et dans les tablettes, comme José Mourinho, l’un des noms évoqués pour reprendre le flambeau, aurait pu le faire. D’autres, comme Roy Keane, craignent que Sir Alex tire encore les ficelles en coulisses. L’ancien coach est toujours là, suivant les matches de MU, au lieu d’aller "visiter des vignes en Toscane et en France", comme il l’avait promis.


David Moyes n’a de cesse d’être diplomate à ce sujet, déclarant même que toute communication entre les deux hommes est instiguée par lui et non Ferguson, et qu’il trouve les avis de ce dernier très utiles. Le manager mancunien n’émet donc pas de critique au sujet du chantier laissé par son prédécesseur, comme notamment cette défense qui avait déjà été très moyenne en début de saison dernière et dont il cherche déjà à vouloir démanteler le trio historique Ferdinand-Vidic-Evra lors de la future intersaison. Les options Smalling, Jones et Evans pourraient être des solutions internes, quoique l’on parle déjà aussi de Fabio Coentrão.


Quant au milieu de terrain, le gouffre laissé par la blessure de Darren Fletcher en début d’exercice n’a pas été colmaté par Michael Carrick, loin de ses standards d’excellence de ces dernières années qui cachaient probablement le manque de MU dans cette zone cruciale du terrain. Des lacunes qui commencent à rattraper les Red Devils, comme cet effectif vieillissant et ce sentiment de se reposer sur ses acquis entretenu par les prestations de Wayne Rooney et Robin van Persie la saison dernière, principaux artisans du vingtième titre mancunien.
 


Une autorité à créer

La principale difficulté de David Moyes réside certainement dans cette réputation de "manager sans titre" dont il doit se défaire, et que les récentes contre-performances n’aideront pas à améliorer. S’il a prouvé par le passé qu’il était un homme de renaissance et de reconstruction, il doit désormais devenir un homme de victoires. Parmi les satisfactions de son début de mandat, il y a la phase de poules de C1 où Manchester United a marqué 14 points, une bonne série en décembre lui ayant valu d’être nommé "Manager du mois", les prestations de David de Gea et les prometteurs débuts en professionnel de Adnan Januzaj.


Soutenu par Giggs et van der Sar, ainsi que par d’anciens collaborateurs à Everton, Moyes a une autorité à mettre en place, à faire respecter. La retraite d’Alex Ferguson a eu, selon les termes d’un contributeur de WSC, "un effet domino qui a galvanisé les autres équipes de Premier League qui croient désormais qu’ils peuvent gagner n’importe quel match, quels que soient les adversaires." Effet difficile à évaluer mais probable, comme peut l’être sa crédibilité au sein du groupe que Robin van Persie aurait été le premier à discuter, et que Rio Ferdinand a critiqué en émettant des réserves sur la propension de Moyes à annoncer son onze titulaire peu de temps avant le match, plutôt qu’en amont comme le faisait Ferguson.
 

 

David Moyes Manchester United

 


Le défenseur pointe ainsi un manque de confiance et une situation difficile à gérer mentalement. Une faiblesse qui est tangible dans ce qu’on appelait le "Fergie Time", où MU semble manquer du courage et de la foi qui lui ont permis de gagner tant de titres ces dernières décennies. Moyes n’a surtout pas su créer de cohésion défensive, ni trouvé de solutions de rechange aux décevants Nani, Javier Hernández, Ashley Young et Tom Cleverley. Si les pépins physiques n’ont pas épargné l’effectif, le technicien a aussi sa part de responsabilités, ayant longtemps fait jouer jusqu’à la rupture des pions essentiels comme Rooney et Carrick alors qu’ils étaient blessés.


À Everton, Moyes utilisait beaucoup ses arrières latéraux, Baines et Coleman, pour construire ses offensives et il tente d’appliquer le même schéma avec United. Si Patrice Evra a été efficace dans ce registre en début de saison, ses performances ont depuis décliné et, de l’autre côté, Rafael a été trop souvent blessé pour que l’on puisse vraiment mesurer son apport dans ce système de jeu. Une tactique que d’aucuns jugent donc peu probante, puisque s’étant reposée sur des hommes tantôt défaillants, tantôt absents. Les supporters se plaignent ainsi d’un football et d’un schéma peu réjouissants, ne permettant pas notamment d’exprimer les qualités de Shinji Kagawa, toutefois très bon samedi lors de la victoire face à Swansea, ou Chris Smalling.


Pour réussir, il faudra à Moyes, et aux autres, de la patience. Comme celle qui semblait le caractériser après les défaites dans les derbies face à Liverpool et Manchester City, et qui sera sûrement sa meilleure alliée. La gestion d’un tel club nécessite du sang-froid et ses dernières charges envers les arbitres ne vont pas dans ce sens et traduisent peut-être une certaine nervosité. À moins qu’elles ne soient un moyen de soulager sa frustration ou de se créer une image d’homme de caractère auprès de ses joueurs et des supporters des Red Devils. Si le temps le permet, on le saura prochainement.
 

[1] David Moyes n’aurait pas abandonné la piste du joueur espagnol pour ce mercato hivernal.
[2] Avec un échange éventuel de Valencia ou de Zaha.

 

Merci aux Teenage Kicks, à Mangeur Vasqué et à Bale de jour pour leur précieuse aide.

 

 

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Le jeu, les joueurs, les entraîneurs


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