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François Borel-Hänni


Journaliste et docteur en STAPS de l'université Lille-2.


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Blasons maudits / 1

Revisitons l'histoire des clubs français au travers de leurs écussons, désormais transformés en logos par les agences de communication visuelle. Pour commencer: Paris, Nancy, Lens, Montpellier et Bordeaux.

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Paris Saint-Germain

 

 

À tout seigneur, tout honneur, commençons par le Paris Saint-Germain. Passons sur l’écusson initial, celui de 70-72, illustratif du fait que les premiers dirigeants savaient qu’ils s’embarquaient dans une belle galère. D’ailleurs, le premier blason officiel symbolise sans équivoque l’accouchement horriblement difficile du club. La génitrice devenue écarlate a perdu une quantité d’eau qui la submerge presque (sans doute le fait d’avoir dû enfanter le berceau et  la fleur de lys en plus du bébé). Mais ça va, pas de mergitur – notamment parce que Georges Peyroche se charge d’éponger l’excédent.

 

Après l’alcool, d’autres substances hallucinogènes font des ravages au début des années 90. Le club entre dans l’âge adulte, ne supporte plus de se voir représenté par un couffin et multiplie les mauvaises fréquentations, sans doute pour s’affirmer. C’est l’époque Pétard-Shit-Ganja (© Les Guignols) avec son "S" sautillant et les initiales écrites en gros pour qu’on les distingue même quand l’écran est crypté.

 

On remarque, passé le millénaire, une résurgence de la parturiente avec, cette fois-ci, rappel de la date de naissance – besoin compréhensible d’ancrage dans son propre passé pour un club qui tend à l’époque à vouloir retourner dans son douar d’origine, c’est-à-dire en D2. Comment expliquer, sinon, la nomination de Laurent Fournier sur le banc?

 

Enfin, la dernière version en date tranche un peu ; le bleu est plus doux, moins Royal et plus républicain(s). Le grand Paris laisse Germain dans son bénitier. Le bébé a disparu avec l’eau du bain car si le PSG surfe, c’est sur les hydrocarbures.

 

 

 

AS Nancy Lorraine

 

 

S’attaquer à l’AS Nancy-Lorraine, c’est d'abord constater l’omniprésence du chardon, fleur-hommage car c’est avec elle qu’on cinglait le séant de Platoche pour qu’il daigne courir un peu. Aujourd’hui, ce sont plutôt des casseroles qui lestent l’ancien numéro dix (parfois numéro Jœuf, selon les circonstances), pour une histoire d’oursins dans les poches (il n’avait qu’à pas être si Redin). Chardon, oursin… L’un dans l’autre, on ne sort pas des choses qui piquent.

 

S’attaquer à l’AS Nancy-Lorraine, ensuite, c’est aussi constater que le premier écusson, celui de l’époque Cuny (je vous le laisse, c’est un calembour do it yourself), avait le mérite d’être peu bavard. Son coté chauve-souris qui aurait trop joué avec un briquet était rigolo et contrastait avec le sponsor Fruité, ce dernier abandonné après qu’on eut découvert que la bedaine de Jean-Michel Moutier faisait une mauvaise pub au produit.

 

S’attaquer à l’AS Nancy-Lorraine, enfin, c’est se confronter à des formules aussi prétentieuses que le contreplaqué des portiques de la Place Stanislas; et se dire qu’elles n’engagent que ceux qui y croient. La rage de réussir un 0-0, ça existe? Oui, avec Pablo Correa.

 

 

 

Racing Club de Lens

 

 

Ah, le RC Lens, sa permanence dans l’auto-apitoiement, sa nostalgie éternelle: celle de l’ère à jamais révolue où les joueurs du cru n’envisageaient pas vivre ailleurs et ressemblaient tant à la population locale qu’ils s’y confondaient. Tout était plus facile quand les idoles locales s’appelaient Sikora, avec sa figure de pain sec, ou Wallemme et sa barbe mousseuse couleur faux-col. Ils avaient la physionomie de l’ouvrier modeste recevant sa quinzaine, casquette à la main en signe de déférence…

 

C’est en l’honneur de ce passé sépia que la seule mutation majeure apportée au blason entre 1980 et 2014 a été le "depuis 1906". Pas pour faire anglais, seulement pour bien rappeler à tous où le club est resté figé. Droit, digne et triste tel le chevalement de mine figuré en noir, couleur du deuil des ambitions sportives.

 

Révolution, en 2014, avec le passage à des lettres en état d’ébriété (toutes rondes) et à un rouge encore plus sanguin, hommage à Mammadov et à ses mains, en revanche avares en or. La tentative cosmétique de changement dans la continuité ne peut malheureusement cacher la réalité: nous nous demandons désormais que faire de Lens.

 

 

 

Girondins de Bordeaux

 

 

Dès le début des années 80 – et même avant, mais les archives manquent car en Aquitaine on ne se sert pas des caves pour garder des vieux papiers –, le FCGB n’a pas caché son côté collet-monté, d’aucuns diront BCBG, en proposant un blason mi-art déco, mi-nœud pap’, mi-plastron amidonné, mi V de victoire chiraquien dans un écu d’aristo, ce qui fait beaucoup de mi, mais l’algèbre a ses règles propres dans une région où on vous vend des litres qui font 75cl.

 

À partir de 91, ce fut l’époque du sérieux, du Ernst, avec retour à un écusson sobre, où l’argent (moins cher) remplace l’or des lettres et où, pendant un temps, la couleur dominante fut un authentique bordeaux. Hommage au terroir, ce caprice passager (92-96) donna des maillots hideux, préfiguration pour les supporters girondins de toutes les futures tuniques third qui leur feront boire le calice jusqu’à la lie.

 

Le dernier écusson, toujours en vigueur, opte pour un plaquage de bleu foncé sous une date de naissance piquée à une marque d’eau de toilette. La ville, en caractères maigres, se fait aussi humble que Willy Sagnol après une interview. Ne reste que le scapulaire. En attendant de le voir à l’avenir défiguré d’une touche de fuchsia par un créateur en rade d’inspiration. Pourtant, en matière de créateurs ratés, le club a pris sa dose pour vingt ans avec Ben Khalfallah.

 

 

 

Montpelier Hérault SC

 

 

Rare exemple de club né sous le signe de la poilade, d’où son nom d’origine. À ses débuts, La Paillade recevait les anciens du Nîmes Olympique dont le bide commençait à ressembler à celui de Nicollin. Seule exception, Gérard Bernardet qui fit le chemin inverse et avait, dès son jeune âge, adopté une silhouette de menu gastronomique. Bref, la rondeur de l’écusson "première période" reflète le côté canaille, copains d’abord, anti-Hérault, apéro-à-la-Frêche, ayant présidé à la fondation du club.

 

Puis soudain, mutation en 88. Se prenant soudain pour un truc sérieux, Montpellier monte en D1, finit troisième, se marre autant que Laurent Blanc et adopte un logotype aussi carré que l’arrière d’un camion-benne. Plus d’apéro ni de mauresque, seulement un doigt de Cantona. Ça se droitise méchamment, au point de passer du rouge au bleu.

 

Le retour récent à la rondeur est interprété par les sémiologues comme une combinaison entre le sérieux budgétaire (comptes ronds) et les résultats sportifs que cela engendre. Autrement dit, Loulou vend Cabella, Belhanda, Yanga Mbiwa, Estrada et se retrouve fada, avec zéro point derrière Troyes.

 

BLASONS MAUDITS / 2 : CAEN, BREST, RENNES, REIMS ET SOCHAUX
BLASONS MAUDITS / 3 : TROYES, LE HAVRE, NANTES, NÎMES ET MONACO
BLASONS MAUDITS / 4 : LORIENT, LYON, TOURS, VALENCIENNES ET MARSEILLE
BLASONS MAUDITS / 5 : GUINGAMP, LAVAL, BASTIA, AUXERRE ET SAINT-ÉTIENNE
BLASONS MAUDITS / 6 : NICE, ANGERS, LILLE, METZ ET TOULOUSE

 

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> déconnerie

Monts et Marvel / 2

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Si FIFA, loin des jeux d'antan, individualise les performances et héroïse ses stars, Football Manager est dans une logique inverse. Celle du big data.


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