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Jamel Attal

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British Gazon, numéro 1

Ménager la chèvre et prendre le chou

La capacité d'investigation et d'indignation des journalistes sportifs est très sélective. L'Equipe préfère ainsi régler ses comptes avec la direction de l'OM qui lui refuse l'entrée de la Commanderie, plutôt que mouiller l'ami Darmon, vedette du rapport de la Cour des comptes sur la gestion de la FFF…
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Intéressante période pour l'étude du journalisme sportif. Pas seulement en raison de notre récente publication de la Leçon 6 de notre programme de formation à ce métier fascinant.
On se souvient du message doublement anonyme envoyé par France Football, texte non signé qui ne dénonçait pas les auteurs d'insultes et de menaces à l'égard de journalistes (voir Le 3e pouvoir en partant du fond). Par ailleurs, le mois de janvier a été le moment d'un conflit ouvert entre la profession et l'Olympique de Marseille, dont les dirigeants avaient interdit l'entrée de la Commanderie à certains journalistes, avant de restreindre strictement l'ouverture à la presse du centre d'entraînement à un ou deux jours par semaine. Cette décision avait entraîné de vives réactions de la part des intéressés: manifestations (blocage des voitures des joueurs), intervention de l'Union syndicale des journalistes sportifs de France (USJSF) pour dénoncer cette "atteinte intolérable à la liberté du travail et au droit à l'information" (AFP, 29/01).
On n'ira évidemment pas jusqu'aux thèses de Tapie lui-même, qui trouverait normal de faire payer des droits aux journalistes de la presse écrite, prolongeant les dérives du groupe Kirch (qui a vendu l'exclusivité des droits radio pour la CM2002). Non, leur faire payer le billet de leurs super tribunes suffirait.
Considérant que peu d'informations essentielles à la démocratie sont susceptibles d'être dissimulées lors des entraînements de l'OM, il serait plus utile de l'exiger le droit à l'information sur le nucléaire en France, sur les dossiers du juge Halphen, ou pour parler de sport, sur le dopage ou… sur les liens du foot-biz avec les instances et la presse…

Parlons-en justement. Car en ce vendredi 1er février où nous mettions en ligne quelques éléments assez remarquables du rapport de la Cour des comptes sur la gestion de la FFF (voir Les mauvais comptes font les bons amis), nous attendions avec curiosité le compte-rendu qui en serait fait par le fleuron de la presse spécialisée. Sans grande surprise, l'article qui y était consacré était plutôt court et plutôt relégué en fin de pages football. Mais le plus intéressant est que si Claude Simonet est mentionné, Jean-Claude Darmon ne l'est pas une seule fois, alors qu'il est une véritable star du rapport. Une telle omission est si grossière qu'elle ne peut par être le fruit du hasard, d'autant que c'est bien un spécialiste de ces dossiers qui a signé l'article. Il fallait vraiment lire entre les lignes le texte de la Cour des comptes pour ne pas apercevoir le nom de l'empereur des industries du foot français (consulté pour tout et n'importe quoi, depuis la pose de panneaux publicitaires jusqu'à la cession du PSG…).

Mais l'excuse était toute trouvée, car en ce jour, une actualité plus grave occupait la surface rédactionnelle, un article d'investigation qui rétablissait la dignité du journal, "une enquête de la rubrique football' (c'est ce qui tient lieu de signature). "Tapie travaille en réseau". Pas inintéressant, mais qui n'apprend pas grand chose et n'a d'ailleurs suscité que deux réponses (non commentées) de Ceccaldi et Louis-Dreyfus. Le motif de cette publication soudaine (les éléments les plus accusateurs concernent des transferts vieux de six mois) n'est que trop évidente. C'est un règlement de compte pur et simple, fait avec les moyens du bord et les éléments à portée de main, saupoudré de propos rapportés et d'informations dubitonesques.

La morale est claire : comptez sur les journalistes sportifs pour enquêter à fond sur les sujets qu'ils ont le droit de traiter (en fonction des contraintes économico-politiques), à condition qu'il en aient envie. Cela restreint considérablement leur champ d'investigation, mais soyez sûrs d'une chose, il seront toujours la bannière au vent et le poing sur le cœur pour défendre la "liberté de leur travail" et leur "droit à l'information". Au fait, les droits ne donnent-ils pas des devoirs?

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