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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Revoir Guadalajara

Une Balle dans le pied – Qu’est-ce qui fait le mythe d’un match comme France-Brésil 1986, faut-il sortir de la légende du football une rencontre qui y est entrée, que peut-il en rester ?

 


Jamel Attal

30/07/2020 à 10h52

Il serait intéressant de se pencher plus attentivement sur l'évolution de la sélection brésilienne entre 1986 et 1994, de la sélection française entre 1986 et 1998.

Dans le jeu, il y a une métamorphose, malgré des constantes : deux attaquants de classe côté brésilien (et Branco en survivant du Mexique), un numéro 10 côté français. Les patrons sont Dunga et Deschamps – en 1994, Rai, capitaine, est hors de forme et disparaît après la phase de poules. De Guadalajara à Saint-Denis, les onze Bleus passent de 1,76m à 1,81m de moyenne…

Jankulowski Desailly Galasek

30/07/2020 à 11h54

Oui, du coup, la mort du foot d'avant correspondrait à la décennie 1991-2000 et curieusement, à la meilleure décennie de l'histoire du foot français, sélection et club compris.

Et du coup ce serait intéressant de voir l'évolution des foots français (qui s'est épanoui, du moins en sélection, malgré des couacs mémorables?) et brésilien (qui a légèrement périclité, peut-être?).

Bon après, la mort du foot d'avant, on la situe peut-être à une époque où nous avions entre 15 et 20 ans, pour la plupart dans ce forum. La mort du foot avant serait la mort de notre romantisme à nous, le passage à l'âge adulte.

Citron Merengue

30/07/2020 à 11h58

A l'été 86, j'avais 7 ans et demi, et ce match est l'un de mes premiers souvenirs marquants de foot. Je rejoins donc le côté madeleine de Proust cité par certains.

Pour reprendre le débat sur ce match qui représenterait la fin d'une époque, c'est effectivement un marronnier des CDF. Il me semble me rappeler d'un article dans le CDF papier des années 2000 qui expliquait que la victoire de la France lors de ce match, tellement fêtée ici, était en fait le synonyme de la mort du foot. Je sais pas si je retranscris complètement l'idée mais j'avais retenu de l'article que les français avaient ce jour là tué l'âme joueuse de la sélection brésilienne de Têle Santana et qu'ils avaient amorcé la mue conduisant à 94. Et l'article finissait presque par regretter la victoire française (peut-être me trompe-je).

Difficile de mettre une limite précise à cette bascule. Ce serait aussi intéressant de mesurer si ce France - Brésil a la même portée en dehors de France. Par exemple, je n'ai jamais revu les images, mais j'ai l'impression que le mondial 90 et l'élimination face à l'Argentine a généré encore plus de regrets côté brésilien que la défaite de 86 (avec en plus cette histoire de tentative de droguer l'adversaire). Ce mondial 90 aura définitivement été la purge du siècle.

In fine tout ça est un tout. La fin des années 80, c'est comme le dit Jérôme, l'accélération de la merchandisation du football. Les effets en ont été l'arrêt Bosman, la nouvelle version de la LDC, mais aussi l'intensification du travail des staffs médicaux et les progrès des labos pharmaceutiques (cf créatine) qui ont permis de basculer d'un footballeur "monsieur tout le monde" à un footballeur golgoth.

Espinas

30/07/2020 à 13h14

Jankulowski Desailly Galasek
aujourd'hui à 11h54
Oui, du coup, la mort du foot d'avant correspondrait à la décennie 1991-2000 et curieusement, à la meilleure décennie de l'histoire du foot français, sélection et club compris.

Et du coup ce serait intéressant de voir l'évolution des foots français (qui s'est épanoui, du moins en sélection, malgré des couacs mémorables?) et brésilien (qui a légèrement périclité, peut-être?).

Bon après, la mort du foot d'avant, on la situe peut-être à une époque où nous avions entre 15 et 20 ans, pour la plupart dans ce forum. La mort du foot avant serait la mort de notre romantisme à nous, le passage à l'âge adulte.
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Ca joue mais je pense que les évolutions du foot business sont exponentielles entre 1995 et maintenant.

J'ai commencé à suivre le foot en 94-95, avant-dernière saison avant l'arrêt Bosman: Nantes au sommet en France avec des jeunes à 90% nationaux qui enchainent leur 3-4e saison ensemble, l'Ajax au sommet européen avec des jeunes à 90% nationaux qui enchainent leur 3-4e saison ensemble.

Il y a bien sûr eu des signes avant-coureurs avec l'arrivée des investisseurs comme Tapie ou Berlusconi, le transfert de Maradona, l'arrivée de Canal Plus en 1984.
Mais avec la Première League, l'ouverture de la C1 aux non-champions, l'arrêt Bosman et la libre circulation des joueurs, on a eu en moins de 10 ans un foot passé de l'ère artisanale avec des "clubs familiaux" et des belles histoires d'un chef d'entreprise du coin qui réussit avec des joueurs du cru, les écoles tactiques très nationales au stade industriel et international du foot-business.

Jankulowski Desailly Galasek

30/07/2020 à 13h21

Bof, le foot n'est pas mort tant que l'En Avant (de) Guingamp est un club professionnel (que je soutiens depuis 1995).

Balthazar

30/07/2020 à 14h10

La mort du foot comme spectacle, hein... Mais c'est pas "le foot", ça.

José-Mickaël

30/07/2020 à 19h55

Dans les messages, on voit qu'il y a deux choses qui rentrent en jeu dans le foot d'avant et celui d'après :
- Le jeu. Le foot d'avant serait plus offensif et le foot d'après plus défensif, les équipes jouaient pour gagner, à présent pour ne pas perdre, etc.
- La compétition : la Coupe des champions devenue la Ligne des champions devenue, l'arrêt Bosman qui permet d'enrichir les effectifs sans limite, etc.

Il me semble que l'évolution du foot dans son aspect Jeu a été progressive. Par exemple je n'ai pas l'impression qu'il existe une coupe du Monde pour laquelle on peut dire qu'il y a eu avant et après. La CM 1966 a été violente, mais elle a été suivie de la CM 1970. Si on regarde la moyenne des buts, elle décroît à la fin du 20ème siècle puis recroît (avant de redécroire je crois). Il me semble par exemple que 1998 a été plus riche en but par match que 1990. Pareil dans le championnat de France où on a remonté par rapport aux années 1990.

C'est l'évolution du foot dans son aspect Compétition qui me paraît connu un tournant rapide au milieu des années 1990. Aujourd'hui, les champions de France, d'Italie et d'Allemagne sont toujours les mêmes, en Espagne ils ne sont plus que deux. La compétition n'a plus d'intérêt en tant que telle (on peut trouver de l'intérêt dans la qualité du jeu, mais plus dans la compétition). Pour être champion, il faut être le plus riche. Ce n'était pas le cas au siècle dernier. Et au niveau européen, c'est pareil : jamais plus Belgrade, Anderlecht ou Kiev n'auront des équipes de rêve comme dans les années 80 ou 90. La victoire en C1, c'est réservé à une élite extrêmement restreinte. La majorité des clubs, et tous les clubs de la majorité des nations, sont des faire valoir.

Pour moi, ce sont ces faits objectifs qui montrent que le foot actuel, en tant que compétition, est un autre sport que l'ancien foot. Et le changement a été très rapide : en 1996 l'Ajax est une équipe de rêve, en 1997 Roseborg peut encore humilier Milan AC, en 1998 Kiev est une des meilleures équipes d'Europe. En 2000 tout ça est devenu impossible.

Comme ce qui m'intéresse en sport est la compétition, j'aime moins le foot moderne. Pas parce que tout le monde, en vieillissant, trouve que c'était mieux avant, mais parce qu'il y a moins d'incertitude, moins de suspense, moins de diversité dans les situations, bref : moins de compétition.

José-Mickaël

30/07/2020 à 20h00

José-Mickaël
aujourd'hui à 19h55
> En 2000 tout ça est devenu impossible.

J'exagère un peu puisqu'il y a eu Porto en 2004. Mais après c'est fini.

leo

30/07/2020 à 20h05

José-Mickaël
aujourd'hui à 19h55

Dans les messages, on voit qu'il y a deux choses qui rentrent en jeu dans le foot d'avant et celui d'après :
- Le jeu. Le foot d'avant serait plus offensif et le foot d'après plus défensif, les équipes jouaient pour gagner, à présent pour ne pas perdre, etc.
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Les équipes qui jouent pour pas perdre au lieu de pour gagner, c'était moi et c'était évidemment ironique. J'ai du entendre cette expression pour la première fois à 5 ou 6 ans, donc avant l'Euro 84 et déjà les gens se plaignaient qu'avant c'était mieux. Et dans les années 50 ça devait déjà être pareil. La vache, qu'est-ce que ça devait être bien le foot quand il fallait trois joueurs entre le ballon et la ligne de but pour couvrir le hors-jeu et qu'il y avait un fil tendu entre les poteaux pour délimiter la cage !

Moi, je reprends la formule d'Eduardo Galeano a mon compte : «un mendiant de bon football», implorant, «chapeau dans les mains»: «Une belle action, pour l’amour de Dieu!» Et de belles actions de football, il y a en a encore, sûrement plus qu'à n'importe quelle autre époque. En tout cas, je n'échange pas le foot que j'ai vu ces 15 dernières années contre aucune autre époque. La compétition, c'est sympa, mais au loto aussi il y a un vainqueur et des perdants, c'est pas pour ça que je vais me fader des tirages au sort.

Bernard Diogène

01/08/2020 à 16h24

On se souvient tous où on était pour regarder le match ce soir-là (c'est comme le 12/07/98 ou le 11-septembre). Perso, je ne l'ai pas revu depuis, mais
promis, ce sera pour le confinement de septembre ;-)
Comme ça remonte à loin, je me suis toujours figuré que ça jouait tranquillou et qu'on avait magnifié le souvenir de la rencontre ; or manifestement, il y avait du rythme.
En attendant, si vous ne l'avez pas fait, vous pouvez zyeuter la prolongation de Séville en 1982. Ça ne joue pas au ralenti, ça presse, ça va d'un but à l'autre. 4 pions : ça reflète bien l'intensité.

 

José-Mickaël

01/08/2020 à 19h58

Je l'ai déjà raconté, mais la veille de l'ouverture de la coupe du Monde 2006, une chaîne (Paris Première ?) avait rediffusé France-RFA 1982. Je l'avais regardé, et le lendemain j'avais regardé le match d'ouverture. Quel contraste ! Ça jouait bien plus vite en 1982 ! (Je me souviens des touches qui étaient jouées rapidement, et des passes : on jouait souvent à une touche de balle, côté français comme allemand, avec de petites passes sèches et rapides.) Croire que le jeu est plus rapide aujourd'hui est à mon avis un préjugé.