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Julow

13/02/2018 à 15h03

SI quelqu’un veut bien avoir la gentillesse de m’exposer ce qui est censé faire de Kafka sur le rivage un roman intéressant, ou même juste bon, je suis prêt à lire avec toute ma bienveillance modeste et super gentille.
Parce que là j’ai l’impression de lire Paolo Coelho dans du packaging Garcia Marquez avec des blagues pop à la Tarentino et des délicates et profondes citations de philo ou de musicologie en hommage à Jean d’Ormesson. Tout ce que j’aime.
Pourtant, les 100 première pages, je trouvais ça bien.

Pascal Amateur

13/02/2018 à 15h05

"Intéressant". Hum, adjectif qui laisse possible le défi.
Par exemple, moi, hier soir, j'ai écouté Brahms par Ivo Pogorelich.
C'est intéressant.
C'est horrible, hein !
Mais c'est intéressant.
Je pense que ton Kafka est de cet ordre.

khwezi

24/02/2018 à 13h09

Julow
13/02/2018 à 15h03
--------

Moi j'ai bien aimé. Alors certes, je l'ai lu il y a très longtemps, et dans la production de Murakami il est très loin d'être mon favori, mais je vais essayer une timide défense de la chose (timide car pas du genre à passer un barrage DCA de réponses d'esthète affirmé).

Tout d'abord, ses phrases courtes, son rythme, et son histoire plongeant un adolescent seul aux prises avec un boogeyman en forme de bouteille de whisky. Murakami est un homme de métaphore, qu'il est impossible d'apprécier ou de comprendre, si on enlève ce prisme (c'est bien plus spectaculaire dans "La fin du Temps" et "la course au mouton sauvage", mes préférés).

Après, de quoi Kafka sur le rivage est il la métaphore, voilà une bien meilleure question, et bien plus difficile à répondre. Je te concède qu'a mon sens son interêt est très limité : c'est le démon de Murakami lui même; l'alcoolisme. Ce roman est simplement un exutoire de sa mélancholie et de sa peur. Rien de plus. Il contient quelques jolies licences poétiques que ton érudition ne peut s'empêcher de comparer et amoindrir. Mais ces licences poétiques, cette nostalgie omniprésente bien avant "Stranger things" explique je crois une bonne partie de son succès.

Je vais arrêter là sa défense. A titre personnel je trouve que "la fin du Temps" est son seul roman qui dise quelque chose, qui avoue réellement sa terreur.

Sinon, au départ, je passais sur ce fil surtout pour dire mon amour de la langue de Nick Toshes, que je découvre avec des décennies de retard apparemment.

Je suis en plein milieu de "Me and the devil" et je trouve que la langue de cet homme, son écriture, son ton et son fond sont juste fabuleux. Je ne sais pas ce que ça donne traduit, j'imagine que ça aplatit pas mal le plaisir, mais merde, ce mec est un symphoniste littéraire avec des mesures d'intelligence, de cruauté et d'honnêteté.

Des paragraphes de Nick Toshes, c'est ce qu'il faut pour rester en bonne santé.

En même temps, quand la première page commence par "The past is a very bad place. It's not good to go there. Not alone. Not Like this." et se termine par "I look at those words and realize that I've just written my autobiography, the story of my life. From beginning to end. That's it. Somewhere along the line something went wrong. There's really nothing more to it than that." tout ce qui suit est une performance athlétique logique, un saut d'obstacle pour arriver à cracher "what I cannot bring myself to tell.".

Nick Toshes, donc, rhaaaa lovely, comme disait Gotlieb.

khwezi

24/02/2018 à 13h20

(En plus Julow, pendant que j'ai le sentiment de te tenir, tu ne perds rien pour attendre. Convoquer les funestes Coehlo et d'Ormesson escrocs en chefs au procès d'un honnête ecrivaillon Japonais qui n'a jamais prétendu enseigner la clé de la compréhension de la vie et de ses mystère est aussi salaud que de m'avoir appâté à lire "The pale King" pour me faire croire que c'était là le vrai chef d'oeuvre de DFW, ce qu'il n'est absolument pas, mais dont la critique est impossible, d'abord parce que c'est un superbe livre, et d'autre part parce que c'est une oeuvre non finie, non retouchée, non ciselée comme seule DFW aurait pu le faire. Grmmbll. Hors charte.)

Julow

24/02/2018 à 13h50

Merci, mec. Très rapidement : je peux aimer les métaphores (mais je déteste les paraboles), je peux aimer les bizarreries et adorer le réalisme magique - j'étais plutôt heureux et convaincu en lisant les 100 premières pages.
J'avais un souvenir plaisant (mais peu marquant) du mouton sauvage.
Mais on dirait que le mec ne sait plus s'arrêter et me rajoute des tartines et des tartines de "merveilleux", et des dialogues "culturels" sonnant, j'ai trouvé, très faux.
Le poison qui fait la dose, tu vois ?
A ce propos, je vais peut-être continuer alcoolisme en tête, et en diagonale.

Pour Le roi pâle, plus tard. Ou alors Harold.

Julow

24/02/2018 à 13h52

(ouais, "le poison qui fait la dose", hum, en grammaire allemande ça pourrait le faire en mettant poison à l'accusatif, voilà)

khwezi

24/02/2018 à 14h12

Zy-va, lâche ton Paracelse toi.

Perso, je dirai que Murakami a écrit ce truc un soir de biture, ou il mis John Coltrane sur sa platine après avoir fini de mater "mon voisin Totoro". Je dis ça, mais en fait j'en sais rien.

("Infinite Jest" me semble au dessus de "The Pale King", ne serait ce que par la quantité de réflexions que l'auteur te laisse méditer derrière ses caractérisations outrancières, alors que son hésitation constante entre retour à la comédie et divagations mélancoliques dans The Pale King me semble parfois gâcher son propos mais j'avoue que c'est une affirmation foutraque et insensée de ma part. Laisse tomber)

Julow

24/02/2018 à 14h20

Qui a dit qu'on était censés être sensés et ordonnés ?
On va pas finir en séminaire allemand, beurk.
C'est justement le charme du foutraque qui me plaît, je crois, dans le Roi pâle, l'hésitation - et une grâce plus légère que Infinite Jest, à mon sens trop écrit, sur-écrit.
Un truc qui hésite entre la comédie et la mélancolie, exactement, et qui par là atteint parfois une vraie grâce... une grâce fatiguée, qui n'insiste pas trop, comme un truc de vieux. Comme une bonne chanson de Bashung.

Pascal Amateur

24/02/2018 à 14h27

Ah voilà, je me suis trompé, j'ai lu "Le poids râle", un rapport sur l'athlétisme en France. Je me disais aussi. Mais je ne me suis pas arrêté sur ma lancée, hein.

khwezi

24/02/2018 à 14h41

En tout cas, si vous êtes plus germaphobes que germanophone, et qu'incidemment vous causez un peu le Checks Peer, lisez Nick Toshes, parce que c'est vraiment bieng et beaug. C'est tout plein de fiel, de honte, d'honnêteté, de vieux roublard alcoolique qui veut sucer le sang de la fumelle évanescente sur la cuisse d'icelle, et de reflexions sur la vie qui était mieux avant, ou en fait pas du tout, et d'une image de la mort qui ma laisse encore tout glagla et songeur.

"The monkeys were clinging to one another. That was an image of life, as well a truth of death."

 

khwezi

24/02/2018 à 14h48

A part quoi Julow, nous sommes d'accord; la mélancolie de The Pale King - le ton est très vite donné par le plan séquence des reflexions de la jeune fille depuis son trailer park jusqu'aux abominations perçues dans le rétroviseur d'un énième beau-papa - est à la limite du sublime.

Beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup moins convaincu par la narration du nevrotisme de l'IRS, comparée au monde halluciné du tennis compétitif sous ses 1001 aspects dans Infinite Jest.