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Football et politique en Angleterre : aujourd'hui

Après un long silence radio sur le front politico-social dans le football anglais, on enregistre enfin un sensible regain de mobilisations. 

Auteur : Kevin Quigagne le 10 Fev 2023

 

L'activisme dans le foot anglais is back. Ou plutôt, quelques voix s'élèvent ici et là depuis peu. Un épiphénomène à l'échelle du football mais qui tranche avec l'indifférence observée pendant trente ans.

Le succès est même parfois au rendez-vous, comme l'ont montré les campagnes de Marcus Rashford qui ont fait plier Boris Johnson à trois reprises en 2020, tout en collectant vingt millions de livres en dons alimentaires et financiers.

À l'origine de ce retour au-devant de la scène, trois facteurs principaux interconnectés : la révolution des réseaux sociaux, les radicales politiques d'austérité des gouvernements conservateurs depuis 2010 et l'explosion de la précarité et des inégalités sociales.

Austérité, Brexit et polarisation

Après une longue accalmie (lire "Football et politique en Angleterre : hier"), le retour au pouvoir des conservateurs en mai 2010 a ravivé la fibre militante, et aussi fait sortir du bois quelques grognards.

Entre 2010 et 2019, dans le cadre de sa "politique d'austérité" et des efficiency savings (la formule novlangue désignant les coupes budgétaires tous azimuts), le gouvernement vend plus de 200 terrains de sport scolaires. Une pratique popularisée sous Margaret Thatcher et John Major (10.000 avaient été vendus entre 1979 et 1997) et poursuivie, à faible échelle, par les Travaillistes de 1997 à 2010.

Les conservateurs réduisent également de 160 millions de livres la dotation sportive aux écoles anglaises en supprimant 450 programmes "SSP" (School Sport Partnerships). Ces partenariats, lancés en 2002 et gérés par du personnel qualifié, étaient vitaux pour des milliers d'écoles (et d'écoliers, car pratiquer le sport coûte cher outre-Manche). Devant le tollé, une partie de ces suppressions sera annulée, mais à un an des Jeux Olympiques de Londres, cela fait tache.

En juillet 2011, cette situation fait sortir de ses gonds Sam Allardyce, alors entraîneur de West Ham, qui révèle à l'occasion voter travailliste. Il attaque Thatcher, qu'il tient pour responsable de la piètre situation du sport à l'école.

En 2019, sur la station de radio talkSPORT, "Big Sam" fera son coming out, en tant que Brexiter cette fois (un tiers de l'électorat travailliste a voté pour le Brexit, selon divers sondages). Chris Waddle, Peter Shilton et l'inénarrable Neil Warnock, entre autres, lui emboîtent le pas pro-Brexit avec ferveur , et les "Twitter fights" entre anti et pro-UE font rage (Gary Lineker, Jamie Carragher, Peter Reid).

 

 

À gauche toute

Seule une poignée de footballeurs ou entraîneurs en activité s'aventure cependant sur ce terrain clivant du Brexit (davantage aujourd'hui, étant entendu que le Brexit est un échec). Joey Barton, manager en Football League depuis cinq ans, a été parmi les premiers à se prononcer contre.

Aux élections générales de 2017, il soutient également Jeremy Corbyn et l'aile gauche du Parti travailliste. Jamie Carragher, consultant sur Sky, a aussi signé quelques virulentes sorties anti-Brexit sur Twitter, s'exposant aux inévitables critiques et autres amabilités lui enjoignant de "se cantonner au football".

Le premier (ex) footballeur connu à s'être signalé (et de quelle manière !), via les réseaux sociaux, en tant que social justice warrior est Neville Southall. Le légendaire gardien d'Everton et du Pays de Galles, le meilleur portier britannique de 1984 au début des années 1990, ancien manœuvre de chantier et militant anti-Tory exalté, est sur tous les fronts et de tous les combats : inclusion, droits LGBT, dénonciation de l'homophobie, défense des travailleuses du sexe, campagnes antiracistes et syndicales, coups de gueule anti-conservateurs, etc.

 

 

Quand Corbyn promet, avant les élections de 2017, qu'il forcera la Premier League à reverser 5% de ses revenus au football amateur  (contre à peine 0.3% aujourd'hui, via la Football Foundation) si les Travaillistes sont élus, Southall rejoint le camp des "Corbynistas".

"Big Nev" joint aussi le geste à la parole. Depuis des années, il fait dans l'associatif auprès des plus défavorisés, ainsi que du bénévolat dans une école galloise, où il mise sur sa notoriété pour tenter de lever des fonds supplémentaires et utilise le football pour motiver les adolescents décrocheurs.

Il est également poète engagé à ses heures perdues. En 2017, il poste une série de poèmes violemment anti-Tory autour du thème du squelette, que le Guardian qualifie de "surréels"(voir cette interview).

F*** the Tories !

Depuis la fin des années 2010, on voit apparaître un nouveau type de footballeurs politisés et d'activistes, plus directs, surtout marqués à gauche. Le 23 octobre dernier, Paul Mullin, avant-centre vedette de Wrexham (D5 anglaise) [1], poste cette photo sur son compte Instagram :

 

 

Le cliché devient viral et Mullin, natif de Merseyside (ce n'est pas un hasard), est sommé par le club de l'effacer, ce qu'il fait. Il ne portera pas ses nouvelles pompes Pas facile d'être un rebelle dans le foot.

L'élection de Trump, la radicalisation à droite et Brexit ont été les catalyseurs. Les treize années de gouvernements conservateurs, très portés sur les dérégulations dures et les coupes sombres, ont fait le reste. La caisse de résonance offerte par les réseaux sociaux, même pour des joueurs de D5, y est aussi pour beaucoup.

Deux camps s'opposent, avec chacun leurs leaders. Le sanguin Liverpudlien Peter Reid est en mode perma-enragée depuis le référendum du Brexit. En 2016, il insulte Donald Trump sur Twitter ("knobhead" connard), puis il pourrit les politiciens pro-Brexit lors de manifestations en 2018, critique les entraîneurs pro-Leave et multiplie les tacles les deux pieds décollés sur les conservateurs.

En mai 2006, à la suite d'un article incendiaire de Boris Johnson sur la ville et les supporters de Liverpool en 2004 (voir en fin d'article), Reid lui avait envoyé à la face, dans un vestiaire plein avant un match caritatif (les "England Legends" contre leurs homologues allemands) : "Ce que vous avez écrit sur les Scousers, c'est ignoble. Mais vous vous prenez pour qui, putain ? Vous êtes un gros connard et une honte."

Johnson s'était écrasé sur le coup ("Il s'est fait dessus", précise Reid dans son autobiographie) mais avait passé sa colère sur les pauvres Allemands...

Deux camps face à face

Reid est imité, en plus soft, par Gary Lineker, présentateur de l'émission Match of the Day sur la BBC, lui aussi ardemment pro-Remain. En tant que vedette de la Beeb, il doit cependant modérer ses propos et est parfois sifflé hors-jeu.

Gary Neville, dit "Red Nev", laboure le même sillon et gratifie ses millions de followersd'amusants tweets anti-Tory, comme lors du scandale du "Partygate" sous Boris Johnson, quand Neville suggéra de renommer le 10 Downing Street "l'Haçienda", la mythique boîte de l'ère "Madchester".

Dans le camp adverse, les pro-Tory et pro-Leave Sol Campbell et Frank Lampard, respectivement récemment entraîneurs en Football League et Premier League, sont particulièrement impliqués.

Conservateur convaincu depuis ses vingt ans, une fois les crampons raccrochés Campbell a cherché à se placer chez les Tories, avec dans le viseur un poste de député en 2015 et la mairie de Londres en 2016. Lampard a également tenté de briguer un strapontin parlementaire. Aucun des deux n'a été sélectionné par le Parti conservateur.

 

 

Campbell a déclaré vouloir entrer en politique "car il a beaucoup à offrir et son engagement est capital pour le vote noir". Dans ses diverses interviewes, il se montrera surtout animé par la volonté d'appliquer un programme très néolibéral et inquiet de l'implémentation d'une "mansion tax", un impôt sur les propriétés valant plus de deux millions de livres souhaité par Labour, parti qu'il juge être "le fossoyeur des entrepreneurs ou des gens qui ont réussi". Quand on lui demande si la plupart des footballeurs vote Tory, il répond en riant : "Oui, probablement."

De leur côté, les supporters s'organisent et des petits clubs professionnels ou semi-pros, "alternatifs" et de gauche, grandissent. Parmi eux, Clapton FC, Dulwich Hamlet (D6, presque 3.000 spectateurs de moyenne) ou le célèbre FC United of Manchester (D7, les "Red Rebels"), axé sur la communauté et le "fan ownership" (le FCUM est détenu actuellement par environ 2.500 supporters).

Ces clubs s'inspirent en partie des Hambourgeois du FC St. Pauli (D2) et d'Altona 93 (D5). Des actions ponctuelles, telles les journées "Refugees Welcome" en 2015 lors du "English Football League Day of Solidarity", sont montées, en synergie quelquefois avec le reste de l'Europe.

Si le bilan de cette opération a été encourageant dans les divisions inférieures, seul Aston Villa a répondu à l'appel en Premier League. À l'Emirates, les stadiers ont même interdit une banderole de soutien pour raisons de sécurité Le tandem clubs-joueurs aime se retrancher derrière ce "devoir de réserve" stipulé dans les règlements nationaux et internationaux (pas de "politique").

Les clubs ont pourtant moins de scrupules quand il s'agit de créer des montages pour escroquer le fisc britannique (voir ici à l'intertitre "Un paradis (fiscal) pour le football") ou d'accueillir les bras ouverts des joueurs, dirigeants ou propriétaires douteux.

Cachez ce genou

Plusieurs associations et initiatives en phase avec l'actualité ont vu le jour ou continué à se développer. Des organismes comme Kick it Out ou Show Racism The Red Card (démarré à Newcastle en 1996 grâce à Shaka Hislop, victime d'un acte raciste devant Saint James' Park), sont très actifs, en particulier dans les écoles.

On a aussi vu beaucoup de campagnes de sensibilisation percutantes sur des thèmes divers, tels Rainbow Laces pour les droits LGBT, ou (Football) United Against Knife Crime et No More Red, contre les violences au couteau sur les jeunes, en hausse de 34% depuis 2011. Ces campagnes, d'une manière ou d'une autre, empiètent souvent sur le politique.

Avant les matches, le geste "taking the knee", un genou à terre en solidarité au mouvement Black Lives Matters, a été bien suivi, mais parfois sifflé par une partie du public, comme lors du Angleterre-Roumanie du 6 juin à Middlesbrough ou de la finale de l'Euro 2021 à Wembley.

 

 

Boris Johnson refusera de dénoncer les huées et sa ministre de l'Intérieur, Priti Patel, jamais à court d'une provocation, même si elle a témoigné avoir été elle-même fréquemment victime de racisme, alla encore plus loin. Un genou qui fera boycotter le tournoi à un député Tory et agiter furieusement l'épouvantail du "wokisme" aux nombreux médias de droite.

Une Patel reprise de volée par les internationaux Raheem Sterling et Tyrone Mings, souvent à la pointe du combat antiraciste (le premier a reçu un titre MBE en 2021, membre de l'Ordre de l'Empire britannique, pour son travail dans ce domaine ainsi que dans le cadre de sa fondation).

Ces dernières années, supporters et footballeurs ont également collecté des fonds pour les victimes de l'incendie de la tour d'habitation Grenfell à Londres (72 morts, 74 blessés) et mis le focus sur cette tragédie, tristement bien de son temps [2]. Peter Crouch, qui a grandi tout près, impulsa le mouvement et des internationaux anglais, Rashford en tête, relayèrent le message.

Des porte-voix de premier plan

Marcus Rashford, issu d'un quartier défavorisé de Manchester et récompensé en 2021 par un MBE, est en quelque sorte l'héritier des footballeurs socialistes du siècle dernier. Il incarne la nouvelle vague des footballeurs et supporters qui s'engagent, en utilisant les codes du moment (il employait jusqu'à récemment la conseillère en communication-marketing Kelly Hogarth). Sa démarche n'est pas tant politique qu'empreinte d'humanisme, d'humanité.

Le démantèlement de la conscience ouvrière ces dernières décennies, précipitée par la désindustrialisation et l'affaiblissement du syndicalisme, a fait place à une société de services fragmentée et ubérisée.

Même si nombre de footballeurs proviennent toujours des mêmes milieux modestes que leurs prédécesseurs, cette fragmentation a coupé ce lien qui existait autrefois entre les Busby, Shankly, Stein, Clough et leurs origines, le moteur qui les poussait à agir, par fraternité. Il est clair que personne aujourd'hui, à l'ère de l'individualisme et du foot-business, n'ira manifester ou défiler avec des grévistes comme le firent ces illustres anciens.

L'extinction de l'espèce est définitive et espérer une reproduction de l'ancien monde serait utopique. L'érosion de la conscience ouvrière n'empêche évidemment pas la rémanence d'une classe ouvrière et l'émergence d'autres luttes et modes d'action.

Rashford et d'autres symbolisent ce renouveau progressif dans le monde à part du ballon rond. Ils sont à la fois proches et loin des idéaux des Shankly and co, qui vivaient modestement dans des pavillons de banlieue.

Rashford, dépositaire malgré lui de cet héritage, a démontré, en alertant sur la précarité alimentaire et ses corollaires, que le football et ses vedettes peuvent sans risque s'engouffrer dans cet espace, entre politique et militantisme, et faire bouger les choses. Ils disposent de leviers de pression à faire pâlir de jalousie l'opposition.

On pourrait aussi aisément imaginer un footballeur ex-sans-abri, ou victime du mal-logement, lancer une campagne sur ces thèmes ; ou un ancien réfugié alerter sur le traitement affligeant des demandeurs d'asile et la "disparition" d'enfants (dont certains sont kidnappés par des gangs), l'un des scandales britanniques insuffisamment médiatisés du moment.

Le succès du Mancunien est déclinable et fait des émules. David Wheeler, joueur chevronné de Football League, s'est récemment élevé dans le Guardian contre les abus de l'industrie du pari sportif, omniprésente dans le football.

Renverser la table

Des élans prométhéens annonciateurs d'une nouvelle aube hybride, qui s'oriente vers un activisme soft s'articulant autour de sensibilisations, de bonnes causes, de campagnes humanitaires, pour les droits humains ou contre les discriminations.

Un ensemble d'actions collectives et individuelles qui pourrait par exemple s'appuyer sur une coopération plus marquée avec les fondations de club, brillante invention anglaise enfantée douloureusement dans le marasme des eighties, comme cela est déjà (trop timidement) le cas, par exemple à Middlesbrough FC avec les réfugiés via la MFC Foundation (voir ici).

Le football, par son universalité et sa puissance médiatique hors norme, peut devenir un vecteur de changement dans un paysage contemporain sans cesse chamboulé et en renouvellement constant (un coup de balai "dégagiste" au sommet des instances ne serait cependant pas de trop pour accélérer la transition).

Le rôle social du football, célébré à l'envi par les politiciens, doit s'affirmer et s'inspirer de ce que des disciplines naturellement plus subversives, tels l'art, la littérature ou le cinéma, savent parfois déclencher.

Dans les années 1960, deux téléfilms de Ken Loach défièrent le statu quo et contribuèrent ainsi grandement à faire évoluer les mentalités et la législation. Up the Junction en 1965, sur la question de l'avortement (interdit et pratiqué sauvagement), bouleversa l'opinion publique et nourrit le débat qui déboucha sur sa légalisation en 1967. Cathy Come Home, sur un autre thème, eut le même effet peu après.

Le football ne jouit ni de la liberté de l'art ni du pouvoir réformateur du cinéma, mais il peut efficacement mettre la lumière sur des sujets invisibilisés, et ainsi (r)éveiller les consciences. Les clubs anglais ont beau toujours avoir appartenu aux classes dirigeantes ("à la bourgeoisie capitaliste", comme l'a écrit David Peace), le football, d'essence populaire, a les moyens de s'extraire de sa bulle dorée pour se reconnecter avec ses racines et un passé plus engagé.

Son immense médiatisation planétaire depuis une trentaine d'années, en le projetant dans une nouvelle dimension, a permis sa réinvention. Le football doit porter de nouvelles valeurs, un nouveau "projet", en prise avec son temps. Sur ce plan-là aussi, il peut se réinventer.

 

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Football et politique en Angleterre : hier

 

[1] Wrexham n'évolue qu'en D5 mais le club, repris en 2021 par le duo hollywoodien Ryan Reynolds-Rob McElhenney, attire 10.000 spectateurs de moyenne et paie généreusement ses joueurs. Paul Mullin, touche par exemple 20 000 livres par mois. L'écho médiatique donné à cet incident a donc été conséquent.

[2] Un drame sociopolitique, car intimement lié aux inégalités sociales et à la dérégulation (ou laxisme réglementaire) si chère aux conservateurs, tenus par les lobbies et donateurs qui financent le parti. Lors de la rénovation de cet immeuble entre 2014 et 2016 (logements sociaux occupés par une population multiculturelle et pauvre), pour rogner sur les coûts, l'installateur (avec l'aval de la municipalité du Royal Borough of Kensington and Chelsea) avait utilisé pour le bardage des revêtements hautement inflammables. La liste des défaillances et incompétences est consternante (aucun système d'extincteurs automatiques, une seule sortie de secours, etc. 

 

 

Réactions

  • Mangeur Vasqué le 13/02/2023 à 21h09
    On en arrive à ta 3è et dernière question : "enfin, le sujet de la Super League fait-il toujours parler en Angleterre ? Si oui, de quelle manière ?"

    3) Oui oui, ça fait toujours parler. Depuis octobre dernier, c'est de nouveau en discussion lien, mais on n'en avait plus trop entendu parler de novembre à fin janvier pis là, depuis une semaine, c'est reparti.

    Un projet de Super League new look, totalement modifié par rapport à 2021. La nouvelle mouture, selon le Daily Telegraph du 9 février, Sky Sports, etc., serait un championnat bien plus gros (plusieurs divisions en fait), disputé en semaine et qui remplacerait la Ligue des Champions.

    La fronde semble être menée par le Real Madrid, le Barça et la Juve (selon le DT, mais la Juve est probablement désormais en retrait, vu leurs emmerdes actuelles). Ces trois clubs auraient déjà approché 50 clubs européens et rédigé un manifeste de 10 propositions.

    C’est un gros truc donc. 60-80 clubs, plusieurs championnats, minimum 14 matchs par club par saison, avec probablement un système de montées-descentes, etc. Donc plus question d'un système franchise avec championnat fermé à l'américaine.

    Bernd Reichart, le CEO de A22 Sports Management, la boîte chargée par les proprios des clubs meneurs d’approcher les dizaines de clubs (déjà là en 2021) et de faire l’interface avec les instances, parle de démarrer le truc en 2024-25. Voir cet article de Sky Sports : lien. “He told the German newspaper Die Welt: “The foundations of European football are in danger of collapsing. It’s time for a change. “It is the clubs that bear the entrepreneurial risk in football. But when important decisions are at stake, they are too often forced to sit idly by on the sidelines as the sporting and financial foundations crumble around lien Etc.

    A22 joue donc la carte du déclinisme, de l’effondrement imminent du système actuel, que seule cette Super League peut empêcher. La SL serait le gentil libérateur face aux oppresseurs (instances) qui ne font que menacer les clubs.

    Pas encore de réactions des clubs anglais à ma connaissance, juste Ten Hag qui a réagi très succinctement y’a 3 jours lien, en conf de presse il me semble (un journaliste a dû lui poser la question) en disant qu’il se forgera une opinion quand on en saura plus.

    La PL n’autorisera évidemment pas ces clubs à disputer à la fois le championnat PL et participer à cette SL rebelle, qui sera rejetée par l’UEFA et les instances & fédérations nationales.

  • Red Tsar le 14/02/2023 à 08h07
    Merci pour ces réponses !

  • Mangeur Vasqué le 14/02/2023 à 19h01
    J’avais promis de revenir sur le “cas” Matt Le Tissier. Mes excuses par avance…

    Depuis quelques années (Brexit, Trump, Covid, infox, explosion des théories conspirationnistes, etc.) l’ami Matt touche le fond. Comme beaucoup, j’ai adoré ce joueur. Pour son talent époustouflant, ses buts incroyables, sa nonchalance, l’image de champion sympathique et modeste à la fois qu’il dégageait. J’ai eu la chance de le voir jouer, principalement à Hillsborough (vs Sheffield Wednesday donc), quand j’y allais régulièrement, de 1996 à 2001. C’est donc avec une certaine navrance (navritude ?) que j’écris ces lignes.

    Exclu de Sky Sports en 2020, où il bossait depuis 16 ans (dans l’émission “Soccer Saturday“) et viré de Southampton FC y’a un an, où il avait un rôle “d’ambassadeur”. Viré après un énième tweet complotiste, en l’occurrence sur l’invasion russe en Ukraine. Il avait notamment remis en question l’existence du massacre de Boutcha lien (lui dit qu’il a démissionné de ce rôle mais on peut en douter).

    Il coche par ailleurs toutes les cases, ça va de soi : “Brextremist” (fanatique du Brexit), “Covid sceptic”, anti-vaxxer acharné, pote de Nigel Farage. Il aime bien traiter un peu tout le monde de "woke", dont Gareth Southgate. Ah, et c’est un amateur de fines comparaisons aussi : “An image Le Tissier posted on Twitter which implied a comparison between the Holocaust and having to wear masks during the pandemic was deleted”. The works, cô on dit (la totale).

    Je pose juste ici sa dernière sortie, particulièrement wtfesque (les délires de Lalanne à côté c’est de la comptine pour chatons) :

    lien

    Donc, pour ceux qui causent mal l’Angleterre, Le Tissier dit ceci : ces demandeurs d’asile au Royaume-Uni sont des faux réfugiés. Et ouais, c'est des gros fake…

    (Au moment du Covid, il soutenait déjà que “certains malades mourants qu'on voit dans les hôpitaux italiens sont des acteurs”, que les “ventilateurs sont utilisés pour nuire aux malades” et que les “tests PCR, la plus grosse arnaque jamais montée contre l’humanité, ont causé la pandémie qui aurait dû être traitée comme une grippe”… lien “But Le Tissier goes much further. For example, when I put to him that we were all responding at the start of the pandemic to images from Bergamo of hospitals overwhelmed by gasping, dying patients, he replies: “Some of those were actors, by the lien Really? According to him, ventilators caused harm to patients; PCR tests were entirely responsible for elevating a flu bug into a pandemic; masks a sign not of precaution but of weak compliance. “If you think otherwise, you haven’t really done your research without wishing to sound rude,” he says. He claims to have read many scientific papers, including those which were “suppressed”. “PCR tests were the biggest fraud ever perpetrated on mankind,” Le Tissier adds. And he is only just getting started.)

    Pour lui, ces réfugiés sont en fait d’une armée “entraînée”, car au départ “they” (le pouvoir/gouvernement ?) s’attendaient à une révolte du peuple (“civil unrest”) contre l’immigration “illégale” (les demandeurs d’asile, surtout qui viennent de France par bateaux, si je déchiffre correctement son “raisonnement”).

    Donc, “they” (Johnson ? Truss ? Sunak ? Le pape ?) ont fait venir ces réfugiés, des jeunes hommes en “âge de combattre”. C’est une armée “envoyée pour assurer le maintien de l’ordre” en cas de “désobéissance civile” du peuple britannique quand ça pétera/si ça pète (= quand les citoyens en auront marre de cette “invasion” et voudront se révolter).

    Ils sont entraînés et impitoyables car “ce sont des étrangers qui n’ont aucune affinité avec notre pays” et ils sont prêts à tout, y compris “violenter sans états d’âme les citoyens britanniques”, “they” les ont donc choisis car ils font d’excellents soldats pour mater toute révolte civile (“They would probably gladly strong-arm themselves, they wouldn’t think twice about harming or injuring the public”).

    Le Tissier tient ça de sources en béton bien sûr, vous pensez bien (“Speaking to a couple of people”… “There was people talking about those guys”, “I read something about…”).

    Pour lui, aucun doute, c’est un complot : on assiste à la mise en œuvre du “Plan Kalergi”, qu’il mentionne en fin de démonstration (à 1’03), sorte de grand remplacement XXL lien. Il précise que ce Kalergi Plan n’est “pas le fruit d’une théorie complotiste”. Voilà, voilà…

    (Internet : “Le « Plan Kalergi » – du nom de Richard Coudenhove-Kalergi (1894-1972), l’un des théoriciens de l’unification du continent européen – désigne un prétendu « plan » de génocide des peuples blancs européens par la submersion migratoire. Il s'agit en réalité d'un mythe qui circule dans les franges les plus radicalisées de l’extrême droite depuis plusieurs années. Prenant appui sur la thèse d’un complot juif mondial, il consiste en un collage de citations dénaturées et sorties de leur contexte. En 2005, le négationniste et militant néonazi autrichien Gerd Honsik a publié un ouvrage dénonçant ce prétendu « plan ». Ce mythe complotiste est également relayé par des figures de la complosphère francophone comme Pierre Hillard, Marion Sigaut, Alain Soral, Piero San Giorgio ou encore par l'ex-eurodéputé britannique, leader du British National Party (extrême droite), Nick lien).

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