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France-Afrique, rencontres tardives

Malgré sa proximité historique avec le continent, l'équipe de France de football a peu affronté de sélections africaines... Mais elle rattrape ce retard.

Auteur : Richard Coudrais le 24 Mars 2022

 

En football comme en politique, la France a entretenu des relations compliquées avec l'Afrique. De nombreux joueurs maghrébins et subsahariens se sont pourtant illustrés dans le championnat de France, et les sélections africaines font souvent appel à des entraîneurs français. Malgré cette proximité, et bien d'autres, l'équipe de France A a disputé peu de rencontres contre celles-ci.

Avant de recevoir coup sur coup la Côte d'Ivoire et l'Afrique du Sud en cette fin mars 2022, elle ne compte parmi les 880 rencontres de son histoire que 25 oppositions à une sélection africaine. C'est toujours mieux que l'Asie (16 rencontres), l'Océanie (6) ou la Concacaf (17), mais cela reste peu, d'autant que la première confrontation officielle fut très tardive.

 

 

Une histoire parallèle

Dans les faits, ces oppositions franco-africaines n'ont pourtant pas manqué. Depuis les années 1920, sous l'ère de la colonisation, avaient lieu de nombreuses rencontres entre équipes de métropole et sélections du Maghreb, qui servaient surtout à aguerrir les jeunes métropolitains et à repérer quelques Nord-Africains susceptibles de renforcer la "vraie" équipe de France.

Dans les années 1950, les territoires indépendants en Afrique sont assez rares et les nations reconnues par la FIFA tout autant : Égypte, Soudan, Éthiopie et Afrique du Sud - cette dernière étant mise à l'écart pour cause d'apartheid. La France rencontre plusieurs fois l'Égypte, dans le cadre d'une Coupe de la Méditerranée (en 1953 et 1955), mais c'est une équipe de France B qui est envoyée.

La France est invitée à affronter les nouvelles sélections issues des indépendances aux Jeux de l'amitié, mais elle y délègue cette fois son équipe amateur, en grande partie composée de futurs professionnels. Son niveau est suffisant pour remporter les deux premières éditions.

La même sélection amateur bataille également au sein des Jeux olympiques et des Jeux méditerranéens, où elle croise régulièrement des adversaires africains. Mais l'équipe de France A ignore encore l'Afrique, et ce n'est qu'en 1978, plus de quinze ans après la décolonisation, qu'elle en affronte un représentant. À Villeneuve-d'Ascq, la France bat la Tunisie 2-0, quelques jours avant le début du Mundial argentin pour lequel les deux sélections sont qualifiées.

 

 

Certes, le premier adversaire africain qui figure sur les registres officiels des Tricolores nous renvoie à 1972, mais il s'agissait alors d'une équipe continentale montée de toutes pièces pour les besoins d'un tournoi international organisé au Brésil. Onze joueurs venus de neuf pays composaient cette formation hétéroclite qui ne s'inclina que 2-0 face aux hommes de Georges Boulogne.

Pas de chance au tirage

On peut reprocher à la sélection française une ouverture tardive au football africain. Contrairement à l'Italie, la Hongrie et quelques autres, elle n'a toutefois pas eu l'occasion de croiser l'équipe d'Égypte dans les épreuves d'avant-guerre - Jeux olympiques puis Coupe du monde, où les Pharaons ont longtemps été les uniques représentants africains.

Plus tard, l'équipe de France aurait pu suivre, nonobstant le contexte politique, l'exemple de l'Allemagne de l'Ouest et du Brésil, qui se sont rendus sur place, dès les premières années d'indépendance, pour des matchs amicaux au Maroc et en Algérie.

Mais, dans la plupart des cas, c'est en compétition que les équipes européennes ont affronté leur premier adversaire africain, telle l'Espagne opposée à son voisin marocain en 1961, en barrage de qualification pour la Coupe du monde au Chili.

Quand elle affronte la Tunisie en 1978, la France n'est donc pas complètement vierge d'opposition africaine. Elle se trouve en fait dans une situation similaire à celle de l'Angleterre, dont l'équipe nationale n'a rencontré son premier adversaire africain qu'en 1986, alors qu'elle comptait déjà quelques tournées, notamment en Afrique du Sud avant que celle-ci ne soit bannie.

Après la Tunisie en 1978, il faut attendre une décennie pour que l'équipe de France croise officiellement une nouvelle sélection d'Afrique. Le Maroc, auréolé de ses exploits mexicains de 1986 et qui prépare une CAN organisée à domicile, participe début 1988 au Tournoi de France, conçu pour relancer les Bleus après leur non-qualification à l'Euro 1988. Ceux-ci remportent la finale opposant les deux sélections au stade Louis-II (2-1).

 

 

La fin des rendez-vous manqués ?

Les performances en Coupe du monde de l'Algérie, du Maroc, du Cameroun et du Nigeria rapprochent le continent africain du gotha mondial. Mais c'est seulement le 11 octobre 1997, à Lens, que les Bleus d'Aimé Jacquet reçoivent l'Afrique du Sud, fraîchement libérée des mesures de boycott dont elle faisait l'objet et tout juste sacrée championne d'Afrique.

Les Bleus s'imposent 2-1 face à une équipe qu'ils retrouveront neuf mois plus tard en Coupe du monde. Entre-temps, juste avant le Mondial 1998, la sélection tricolore a disputé son premier match sur le sol africain, à l'occasion d'un tournoi à Casablanca qui lui propose la Belgique puis le Maroc. En une saison, l'équipe de France a connu trois adversaires africains... autant que durant les 94 ans qui ont précédé.

L'histoire s'accélère enfin. Le Maroc se rend à Marseille en janvier 1999 avant d'accueillir de nouveau les Bleus au tournoi de Casablanca en préparation de l'Euro 2000. Le Cameroun, alors champion d'Afrique et champion olympique, est accueilli au Stade de France par des Tricolores champions d'Europe et du monde (qui encaissent un fameux but de Patrick Mboma). Quelques jours plus tard, les Bleus s'envolent pour l'Afrique du Sud afin d'y rencontrer les Bafana Bafana et Nelson Mandela.

 

 

En 2001, c'est l'Algérie au Stade de France, match resté dans les mémoires pour les perturbations qui ont contraint à son abrègement. En 2002, le Sénégal fait tomber les champions du monde de leur piédestal en match d'ouverture du Mondial. La France redécouvre ensuite l'Égypte, puis se voit opposée, en amical comme en compétition, au Cameroun (2003), à la Côte d'Ivoire (2005), au Togo (2006), au Maroc et à la Tunisie (2008), au Nigeria (2009 et 2014)...

À ce jour pourtant, la dernière confrontation franco-africaine date de novembre 2016 et d'un France-Côte d'Ivoire à Lens. Deux rencontres consécutives, contre cette même Côte d'Ivoire puis l'Afrique du Sud, ne seront pas de trop pour clore cette nouvelle parenthèse de cinq ans.

Réactions

  • Ba Zenga le 25/03/2022 à 13h03
    Merci Richard pour ces rappels historiques toujours aussi précis et détaillés. Ah ce but de Mboma, je m'en souviens encore!

  • André Pierre Ci-Gît Gnac le 26/03/2022 à 03h51
    Merci pour l'article. C'est marrant parce qu'autant j'avais oublié le magnifique but de Mboma, autant j'associe toujours ce match avec Dutruel qui doit faire là son seul match en bleu (?) et qui fait un arrêt décisif sur un un contre un bien chaud.

  • Mangeur Vasqué le 26/03/2022 à 21h26
    Merci Richard, très intéressant. En rapport avec ce passage :

    “Dans les faits, ces oppositions franco-africaines n'ont pourtant pas manqué. Depuis les années 1920, sous l'ère de la colonisation, avaient lieu de nombreuses rencontres entre équipes de métropole et sélections du Maghreb, qui servaient surtout à aguerrir les jeunes métropolitains et à repérer quelques Nord-Africains susceptibles de renforcer la "vraie" équipe de France.

    Dans les années 1950, les territoires indépendants en Afrique sont assez rares et les nations reconnues par la FIFA tout autant : Égypte, Soudan, Éthiopie et Afrique du Sud - cette dernière étant mise à l'écart pour cause d'apartheid. La France rencontre plusieurs fois l'Égypte, dans le cadre d'une Coupe de la Méditerranée (en 1953 et 1955), mais c'est une équipe de France B qui est envoyée.”

    Signalons que si l’Angleterre a très peu joué contre des sélections africaines ou en Afrique, il y eut cependant quelques longues tournées des sélections africaines au Royaume-Uni (tu soulignes les tournées en Afsud : "[...] celle de l'Angleterre, dont l'équipe nationale n'a rencontré son premier adversaire africain qu'en 1986, alors qu'elle comptait déjà quelques tournées, notamment en Afrique du Sud avant que celle-ci ne soit bannie.").

    Les deux tournées du Nigéria et de l’ex Ghana (Gold Coast) en 1949 et 1951 en particulier furent séminales car elles permirent aux Britanniques de prendre conscience du potentiel du joueur noir africain et les British montèrent peu après un réseau de scouts dans leurs colonies de l’ouest et l’est africain. C’est ainsi que Tesilimi Balogun (voir plus bas) sera repéré.

    Comme je l'écris dans cet article sur Steve Mokone lien, le premier footballeur noir sudaf à obtenir un passeport et l’autorisation de jouer à l’étranger (en 1955, trois ans après sa demande initiale suivie d’une longue enquête policière), l’Afrique du Sud, pays du Commonwealth, constituait un vivier privilégié pour les clubs anglais. Une bonne soixantaine de Sudafs – blancs, parfois d’origine britannique – évoluèrent en Angleterre entre 1899 et 1960, la plupart dans les années 1950. Quatre d’entre eux furent même sélectionnés en équipe d’Angleterre et un en équipe d’Ecosse

    Beaucoup d'autres peu après seront repérés sur le continent africain, Gerry Francis par exemple (Leeds United) sur lequel j'avais fait cet article lien, et évidemment le légendaire Albert Johanneson, au destin si tragique lien

    En 1899, une sélection (noire) de la République boer de l'État libre d'Orange lien) a sillonné le Royaume-Uni, l’Irlande et un peu la France (ils y enregistrèrent d’ailleurs le seul succès de leur tournée sur 49 matchs, en 4 mois, contre le Sporting Club Tourcoing in Roubaix).
    Voir (partiellement là-dessus) un bouquin sorti l’an dernier et intitulé “Origin Stories: The Pioneers Who Took Football to the World” (que je n'ai pas lu), sur le développement du football dans le monde. Son auteur y écrit : “The 1899 team were South African pioneers that were ridiculed in Britain and ignored in their homeland because they were Black. They rightfully deserve their place and acknowledgement in football lien

    On les surnomma “The tourists”, un surnom qui collera aux autres Africains en visite au Royaume-Uni. Ils s’étaient déplacés en Europe car les rencontres interraciales étaient alors interdites en Afrique du Sud (les Blancs sudafs les critiquèrent. La Seconde guerre des Boers lien a éclaté à ce moment-là.

    Puis 1924, une sélection sudaf aussi (UK, Irlande et Pays-Bas) pendant 3 mois, mais des Blancs cette fois-ci (les 'Springbok Touring Team'). Eux par contre eurent droit au tapis rouge, à la famille royale et tout le toutim lien.

    Puis en 1949 et 1951, le Royaume-Uni a invité le Nigéria et le Ghana (alors Gold Coast) pour une tournée d’un mois, un tour principalement financé par l’administration coloniale. Les Britanniques découvrent alors des footballeurs talentueux (dont Balogun) qui, s’ils ne sont pas au niveau des professionnels, en remontrent aux meilleurs amateurs locaux. Et ce, parfois, en jouant certains matchs… pieds nus ! (seulement sur terrain dur, avec des bandages ou protection, comme le Nigéria en début de tournée 1949 – voir cet extraordinaire clip tourné par la Colonial Film Unit lien

    J’ai parlé de ces tournées dans cet article lien sur le Nigérian Tesilimi Balogun (1931-1972), le premier Africain noir (non métissé) à jouer professionnellement en Angleterre et le premier Africain à obtenir un diplôme d’entraîneur.

    J’écris notamment :

    « Ces tours n’étaient toutefois pas une nouveauté outre-Manche. De septembre 1899 à janvier 1900, la première équipe sud-africaine à quitter le pays avait sillonné le Royaume-Uni (y compris l’Irlande, alors possession britannique). Un collectif composé de 16 joueurs noirs et 4 officiels blancs, surnommé les Kaffirs (terme aujourd’hui évidemment injurieux), jouant sous l’égide de la fédération de l’Orange Free State Republic dirigée par des colons blancs. Ils disputeront 48 matchs au Royaume-Uni et un en France, contre une équipe de Tourcoing – rencontre remportée 3-1 par les Sud-Africains, leur seule victoire (le tout dans un contexte particulier, la Seconde Guerre des Boers – entre les Britanniques et les deux principales républiques Boers indépendantes – venant d’éclater).

    Le livre "Sport Past and Present in South Africa: (Trans)forming the Nation" rapporte que si une certaine presse britannique et sud-africaine y alla de ses commentaires condescendants (le footballeur noir y est décrit comme puissant mais « extrêmement naïf »), humiliants ou frisant le racisme, l’équipe fut très bien accueillie et chaudement encouragée par le nombreux public tout au long de son périple britannique contre des équipes professionnelles et amateurs.

    Si elles n’étaient donc pas inédites, les tournées du Nigéria et de l’ex Ghana en 1949 et 1951 furent néanmoins fondatrices. Les Britanniques prirent en effet pleinement conscience du potentiel du joueur noir africain et montèrent peu après un réseau de scouts dans leurs colonies de l’ouest et l’est africain. C’est ainsi que Tesilimi Balogun sera repéré.

    Trois autres internationaux nigérians et ghanéens imiteront Balogun, notamment l’attaquant Elkanah Onyeali à Tranmere Rovers en D3 saison 1960-61 (8 buts en 13 matchs – et 11/11 avec les Super Eagles). Onyeali était venu en Angleterre principalement pour étudier et il partira finir ses études aux USA. »

  • Richard N le 31/03/2022 à 13h14
    Merci pour toutes ces précisions, Kevin. Ça mériterait un article à part entière !

  • Mangeur Vasqué le 04/04/2022 à 23h15
    De rien. Effectivement.

    J'espère reprendre cette série "Les premiers Blacks du foot britannique*" un jour. Elle s'était arrêtée en 2015 aux années 1960, il reste donc plein d'autres portraits à faire. Pas mal de brouillons sont d'ailleurs déjà plus ou moins rédigés, depuis 2014/2015, faudrait les actualiser. Dont celui de Cyrille Regis, qui nous a malheureusement quittés en 2018 lien

    (*"Black" ici n'est pas le terme un peu politiquement correct/convenable qu'on emploie souvent en français, c'est simplement comme ça, avec ce terme générique, que les gens - médias, public - appelaient les "non Blancs" au Royaume-Uni).