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Mythes et misère du hooliganisme

Nous revenons sur les incidents de PSG-Galatasaray et les "témoignages" de la Gazette 35. Aucun hooligan ne vaut mieux que les autres.
Auteur : Jamel Attal le 24 Mars 2001

 

L'UEFA plaisante moins avec la discipline que la LNF, et si l'on entend dire que le PSG est lourdement sanctionné, c'est seulement par comparaison avec le laxisme de nos instances nationales. 4 millions de francs d'amende, 3 matches de suspension pour le Parc des Princes, c'est largement ce que mérite un club qui a été à ce point incapable de garantir la sécurité dans son stade. Restons toutefois prudents, puisque l'UEFA est dotée d'une commission d'appel qui ressemble un peu à la nôtre (voir Gazette 35).

Sur les faits, il y aurait beaucoup à dire, si l'on pouvait reconstituer intégralement leur déroulement, ce qui ne doit pas être le cas de grand monde...
Les controverses pour désigner le premier provocateur ne sont pas d'une grande utilité. D'abord parce qu'un drapeau de l'OM ou de l'Arménie n'est pas une cause suffisante pour expliquer ni justifier des débordements d'une telle ampleur, ensuite parce que ce geste en lui-même relève de la connerie, pas spécifiquement de la guerre.

L'invasion des profanateurs de stade
Le lendemain des incidents, un débat s'est développé un peu malgré nous à la suite de la Gazette 35 (qui faisait juste allusion aux événements), à l'initiative d'un personnage comme seul le web en abrite. Mi-réel, mythomane, mais peut-être réel quand même car il est difficile d'imaginer qu'un romancier amateur soit assez pervers pour arriver à un tel degré de réalisme.
À titre d'expérience, et parce que comme le disait notre boutade sérieuse de l'édito, il ne fallait pas en priver les ethnologues du football, nous avons choisi de laisser les messages en l'état, incluant ceux d'un ou deux collègues de notre bavard hooligan. Nous n'avons pas franchement regretté, d'abord donc en raison de l'intérêt objectif de ces "témoignages", dignes d'un reportage à sensation, ensuite parce que la réponse des lecteurs a été parfaite, ce dont nous ne doutions pas. Le Forum a recueilli d'autres témoignages sur le match, chacun les appréciera.

À toutes fins utiles, les auteurs des messages évoqués ci-dessus doivent savoir que rien de ce qui ressemblera de près ou de loin à une apologie de la violence ne sera plus toléré ici, ce qui leur laisse une manœuvre probablement trop étroite. Les choses sont claires pour tout le monde: de tels discours ne sont absolument pas à leur place sur nos pages. Et si quelqu'un s'amuse à évoquer la liberté d'expression, cette dernière ira exceptionnellement se faire foutre.

Une résurgence?
Il reste que le débat sur ces incidents et l'éclairage qu'il donne des formes actuelles du hooliganisme (ou de ce qui se prend pour tel) ne doit pas être évité.
Cette saison a dramatiquement marqué une aggravation des incidents dans les stades, prenant des formes diverses, parfois très banales comme le tir de fusées ou le jet d'objet, et parfois graves pour un morceau de siège qui envoie un spectateur dans le coma ou un pétard qui explose à la tête d'un juge de ligne. Mesurez l'infime différence entre ces deux types de gestes (dix centimètres?), puis la tragique différence entre leurs conséquences… L'indexation des sanctions sur la gravité des blessures est une politique parfaitement irresponsable, qui évite aux clubs de devoir se pencher sérieusement sur la sécurité des leurs enceintes.

Les événements du Parc sont cependant d'un ordre différent, à la fois pour leur gravité et pour le caractère singulier d'affrontements dans les tribunes, de déplacements et de rixes collectives à l'intérieur de l'enceinte. Alors que l'on croyait qu'une telle éventualité était devenue improbable avec des dispositifs de sécurité obéissant à des normes et de plus en plus strictes, la première occasion fut la bonne. Il suffit d'arracher quelques grilles pour envahir une tribune comme on rentre dans un bar, devant des moyens d'intervention immédiatement dépassés
Quant à l'argument consistant à dire qu'une seule tribune regroupant les supporters de l'équipe visiteuse peut être sécurisée, il fait l'aveu terrible qu'à l'avenir il ne serait plus question de mélanger les supporters dans les latérales, alors que c'est le cas en championnat au Parc comme dans le plupart des stades de France, sans conséquences. Comme politique de règlement des problèmes, cette variante de l'épuration ethnique laisse rêveur. Le football français est-il prêt à accueillir les familles dans ses tribunes?

Le PSG avait été condamné par la Commission d'appel de la Ligue à une provision de 300.000 francs afin de réaliser un audit sur la sécurité. On ne doute plus qu'un tel investissement soit absolument nécessaire, même s'il constitue une sanction dérisoire en regard des faits (à l'occasion de PSG-OM).

Hooligan, mythe ou réalité, c'est la même misère
Si on devait absolument trouver un mérite à ces témoignages, c'est peut-être la remise à plat des archétypes sur les supporters violents, particulièrement ceux du Paris Saint-Germain. Le cliché du crâne rasé de Boulogne a vécu depuis longtemps. Mais ne croyons pas non plus à la nouveauté du phénomène "casual", vieux d'une bonne dizaine d'années. Les nazillons du kop parisien avaient fini de se décrédibiliser lors du départ de Weah et du titre 94, et avec leur stigmatisation croissante (qui culmine avec le clip diffusé l'an dernier en accord avec SOS racisme), ils ont fini par se retrouver avec le statut d'une minorité embarrassante (tiens, "une minorité embarrassante"…). D'autant plus que le club a œuvré assez habilement en segmentant la tribune Boulogne pour mieux les isoler en R1, portion qui s'est progressivement dépeuplée. Mais les "grands événements" gonflent peut-être leur nombre, et ils n'ont pas tardé à rejoindre leurs homologues "gentils" d'Auteuil pour se joindre à cette Saint-Barthélemy du pauvre.
Notre correspondant de guerre tient d'ailleurs absolument à se démarquer de cette pesante étiquette (mais il n'est pas le seul parmi les supporters parisiens…), il multiplie les contre-références : je montre que j'ai un discours construit et je dit que je ne suis pas raciste (le cliché de l'abruti rempli de bière et de haine xénophobe en prend un coup), j'ai voté Delanoé (comme si voter socialiste prouvait qu'on est de gauche, Mitterrand et Marx en rigolent ensemble), je suis cadre (je casse le cliché de l'inculte ou de l'asocial)… Ce dernier argument se retourne facilement. Dans le monde actuel, être cadre n'est définitivement pas une preuve d'intelligence, et historiquement, si l'on remonte aux skinheads des années 80, les hools de la capitale se recrutent parmi la bonne bourgeoisie de l'Ouest parisien. Une origine sociale totalement inverse à celle du hooliganisme anglais, né de l'agonie d'une classe ouvrière massacrée à partir des années 70. Ce hooliganisme-là ne fait qu'imiter un modèle qu'il connaît mal. Mais peut-être le mythe, ses imageries et ses rituels suffit-il à mobiliser tout ce monde-là pour quelques tristes parodies de West Side Story.
Surtout, si ce discours fait illusion pour son auteur, il ne marchera pas avec nous. L'invocation d'une sorte de vengeance sacrée, le goût de l'affrontement physique, le culte de l'honneur, l'apologie morbide des blessures et des coups sont autant de symptômes qui rapprochent nos amis des idéologies fascistes. Avec de telles inclinations pour ces pogromes d'entraînement, ils auraient fait dans les années 30 de parfaits candidats pour les brigades de Mussolini ou les corps d'élite de la Wehrmacht. Alors le cadre qui sort du boulot et se change pour aller casser du Turc peut bien protester de son apolitisme...

L'amour du football n'est plus qu'une vague évocation, et le football lui-même un prétexte assez grossier. Quant au culte du club, qui justifierait tout, il n'est qu'une dévotion abstraite, complètement arbitraire, qui ne sert qu'à tracer la ligne entre le bien et le mal, entre nous et les autres. Les sanctions qui frappent le club célèbrent en fait la réussite de leur opération, de leur prise en otage d'un club, de son stade et de la compétition.
Les récits de vastes combats hors du stade, prétendument occultés par les médias, risquent d'alimenter des fantasmes de "Fight Club" qui vont inciter à surévaluer le phénomène sur la foi de quelques témoignages. Il suffit qu'il existe pour être déjà insupportable, alors peu importe que son importance soit aujourd'hui limitée: son pouvoir de nuisance est immense.

RAPPEL : les réactions à cet article postées de jeudi à samedi n'ont pas pu être conservées au cours de notre déménagement.

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