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Peugeot et le FC Sochaux, une histoire déclassée

Bibliothèque - Dans un livre-enquête, Jean-Baptiste Forray retrace les années Peugeot du FC Sochaux, et l'abandon du club et de son territoire par l'entreprise. 

 

Auteur : Richard Coudrais le 3 Mai 2022

 

C'est une gifle que reçoivent les Sochaliens en mai 2019. À la radio, Isabel Salas Mendez, cadre chez Peugeot, vante les partenariats de la marque automobile avec Roland-Garros et le monde feutré du tennis. Mais lorsqu'on lui suggère l'éventualité d'un retour aux commandes du FC Sochaux, sa réponse tranche : "Le football véhicule des valeurs populaires. Or, nous, on veut monter en gamme..."

Valeurs populaires

Mépris de classe doublé d'un mépris de l'histoire. Quels que soient ses repositionnements marketing, Peugeot restera une marque de véhicules populaires et son nom associé au football. Le FC Sochaux-Montbéliard a été fondé par et pour Peugeot, en 1928, tant pour servir de vitrine à la marque que pour assurer la paix sociale dans les ateliers. L'équipe au maillot doré fait partie intégrante de la culture d'entreprise.

 

FC Sochaux, quart de finale de Coupe de France 1936.

 

Dans les premières années, l'équipe sochalienne rassemble les meilleurs joueurs pour produire un spectacle de qualité et détourner les ouvriers de tentations moins nobles. Ceux-ci jouissent en outre d'un bon salaire et d'avantages sociaux précurseurs, tels le repos du samedi après-midi en plus du dimanche et une sécurité sociale financée par cotisations.

Après-guerre, le club double champion national (1935 et 1938) délaisse le vedettariat, entre dans le ventre mou puis se tourne vers la formation. Le FCSM fabrique des footballeurs comme l'usine fabrique des voitures. Dans les années 1970, alors que Peugeot compte plus de 40.000 ouvriers, Sochaux voit apparaître les plus beaux fleurons de son école de football : Bernard Genghini, Albert Rust, Yannick Stopyra...

 

 

Jean-Baptiste Forray, journaliste à la Gazette des Communes, raconte cette histoire dans son ouvrage Au cœur du grand déclassement - La fierté perdue de Peugeot-Sochaux (éd. du Cerf).

Fierté perdue

L'affront à la gent populaire infligé par la directrice partenariats du groupe n'est que l'épilogue d'un démantèlement patiemment orchestré pour anéantir une industrie, une région et, accessoirement, un club de football.

L'ouvrage remonte le fil de quatre-vingt-six ans d'histoire commune entre l'usine et le club, en interviewant les acteurs de la saga, tant les héritiers de la dynastie que les ouvriers, les supporters du club et quelques joueurs emblématiques (Bernard Genghini, Abdel Djaadaoui, Bernard Maraval...). Une histoire évoquée avec un peu de mélancolie et beaucoup de colère.

 

 

Car la cession du club en 2015 à un actionnaire chinois a été perçue comme une trahison, marquant le détachement d'une marque automobile de son équipe, mais aussi de son territoire et de son histoire. Peugeot n'est plus aujourd'hui qu'un logo assurant la respectabilité du groupe Stellantis, qui comprend aussi Citroën, Opel, Fiat, Alfa Romeo, Maserati et quelques autres.

Le groupe en question se porte plutôt bien. Il affiche un bénéfice net de 13,4 milliards d'euros en 2021. Les ouvriers de Sochaux ont touché une coquette prime de 4.000 euros. Mais ceux-ci ne sont plus que 7.000, six fois moins que dans les années 1970.

Progressivement, sans à-coup, des tâches ont été sous-traitées dans des pays où la main-d'œuvre est moins chère. L'usine de Sochaux est aujourd'hui une chaîne de montage dans un circuit de fabrication international.

Une histoire effacée

Les photos jaunies des heures de gloire du FCSM ont été retirées des murs des locaux de Peugeot. La marque ne s'affiche plus sur les panneaux qui entourent le terrain du stade Bonal, ni sur les maillots. Le club de football a été effacé de l'histoire du constructeur. Trop occupés à leur "montée en gamme", ses dirigeants ont laissé libres leurs sièges dans la loge VIP.

Pourtant, note l'auteur, Volkswagen, en Allemagne, reste fidèle à Wolfsburg et FIAT continue de soutenir la Juventus. Ces grandes marques automobiles ne craignent pas la "popularité" du foot, pas plus que d'autres géants industriels tels Philips (Eindhoven) ou Bayer (Leverkusen).

 

 

Peugeot reste présent dans le sport, dans le tennis mais aussi le rugby à travers le Stade Toulousain. L'auteur s'interroge : si Peugeot s'est désengagé du FC Sochaux malgré le poids de l'histoire, est-ce vraiment pour s'éloigner du foot... ou de Sochaux ?

L'équipe se débat depuis plusieurs saisons dans la seconde partie du tableau de deuxième division, frôle plusieurs fois la relégation, tant sur le plan sportif qu'administratif, et manque également d'être emportée dans une affaire de match arrangé.

Le club a troqué en mai 2019 un actionnaire chinois contre un autre. Aujourd'hui, l'équipe dirigée par Omar Daf s'apprête à disputer les barrages avec de bonnes chances de remonter parmi l'élite. Un lion figure toujours sur l'écusson du club, mais il ne représente plus la firme automobile.

 

Au cœur du grand déclassement - La fierté perdue de Peugeot-Sochaux, de Jean-Baptiste Forray, éd. du Cerf, 2022.

Réactions

  • Hydresec le 03/05/2022 à 12h58
    Merci pour cet article. Un éclairage local d'un phénomène mondial : sacrifier des territoires et des solidarités pour le bénéfice faussement partagé de quelques profiteurs. Je ne dirais pas que c'était mieux avant, mais ce n'est pas beaucoup mieux maintenant.

  • Mangeur Vasqué le 03/05/2022 à 22h39
    Je plussune, merci. Affligeant et effrayant.

  • Sens de la dérision le 04/05/2022 à 14h13
    Merci pour l'article !

  • OPeg le 05/05/2022 à 16h38
    Dès 2015/2016 (il me semble, plus certain du timing de tête), au moment de l'éclatement des affaires Blatter/Fifa, mais aussi effectivemment pour ne plus être lié au côté populaire du foot (au-delà de ce côté crapuleux Blatter à l'époque), jugé trop populaire et pas assez haut de gamme, tous les pays PSA avaient reçu la directive de ne plus avoir de partenariats liés au foot (je me souviens d'une discussion par exemple avec l'Argentine pour qui c'était difficilement concevable). Montée en gamme qu'on peut voir répercutée sur les montées de prix des modèles PSA, notamment Peugeot.
    Pour connaître un peu Isabel Salas Mendez, un peu triste pour elle qu'à l'époque elle ait pris un peu toute cette histoire en pleine face, tant c'est une personne adorable. Mais clairement oui ça a été maladroit de lâcher ça comme ça.

  • Mangeur Vasqué le 05/05/2022 à 22h22
    D’ailleurs, sur ces histoires de déclassement et délitements des liens entre clubs et les supporters, cette déconnexion totale parfois avec la réalité, surtout de la part des “superclubs” (tellement hors-sol souvent) et leur incompréhension du supportérisme, insensibilité aux traditions, etc. je signale l’émission de la BBC diffusée hier soir sur la European Super League, intitulée : lien “Kicking Off: The Rise and Fall of the Super League”

    Visionnable sur le iplayer de la Beeb, pendant au moins un an.

    Certes, “Kicking Off: The Rise and Fall of the Super League” comporte des lacunes (la forme et le format très "whizz pop bang!" cô on dit, tout en bruit et action, laissent notamment à désirer), bien résumées dans cette mini critique lien du quotidien The Independent, qui met 3/5 à l’émission, mais c'est tout de même très regardable à mon avis. (J’ajouterai à leur liste le fait qu'il est comparativement peu mentionné que cette “dirty dozen” comportait 6 clubs anglais, sauf sur la fin. Absolument rien sur Liverpool par exemple, pourtant Liverpool bordel... Sauf en toute fin d'émission, dans les arrêts de jeu quoi, et quasiment rien, juste un message très corporate du proprio. On aurait aimé avoir l'avis des intervenants là-dessus.)

    Si vous n’arrivez pas à choper le iplayer de la Beeb (géolocalisé), essayer YT, on y retrouve parfois des émissions TV.

    Le Guardian n’a pas trop aimé et leur colle 2/5 lien. Pour résumer leur sentiment, le journaliste trouve que les supps s’en tirent à bon compte. La note du Guardian est sévère àma même s’il est vrai que l’hypocrisie des supps en l’espèce et sur ce type de sujet, ou d’une partie des supps en tout cas, aurait dû au moins être évoquée. Une petite nalyse n’aurait pas été de trop non plus, de Simon Kuper ou Philippe Auclair par exemple, deux des intervenants. On peut effectivement regretter que l’émission soit bien plus factuelle qu’analytique, et tombe donc un peu dans la facilité.

    Mais disons, pour rester sur du positif, qu’elle a le mérite d’exister et de faire réfléchir.

  • suppdebastille le 07/05/2022 à 10h33
    Ce maillot "Peugeot" avec les fines rayures ( mode de l'époque) de Sochaux fut mon premier maillot de foot.
    Souvenirs de l'épopée sochalienne en coupe d'Europe avec notamment ce match sur un terrain enneigé contre Francfort.