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Etienne Melvec

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Au secours, Ben Arfa est de retour

Un match suffit à regonfler la bulle spéculative autour du prodige marseillais. Allez Hatem, encore un effort pour être un footballeur.

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Pas de bol. Au lieu de poursuivre une progression régulière au fil des matches, Hatem Ben Arfa a commis un coup d'éclat avec un match de très haut niveau contre Valenciennes, lors de la 23e journée. Le voilà passant de la stricte actualité des transferts à celle des terrains, là où il aurait encore besoin d'un peu de discrétion.



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Urgence

S'agissant d'un club et d'un joueur très médiatiques, l'emballement est immédiat. Les journalistes entonnent l'air du "retour", récapitulent le bonhomme et l'envoient déjà à la Coupe du monde. Saluer les coups d’éclats ponctuels de Ben Arfa au milieu de séries de matches anodins, c’est un film plus souvent rediffusé que La Grande vadrouille. Pour le moment, les dirigeants marseillais doivent juste en être à espérer que leur poulain remotive les recruteurs étrangers amateurs de paris à dix millions la mise (1). Il est vrai qu'il a un peu le profil du joueur capricieux qui s'astreint subitement à la discipline une fois sous la pression d'un club étranger. Cela lui fait au moins une chance de sauver sa carrière, parce qu'il s'agit bien de ça et qu'il y a urgence.


Alors franchement, quel pire scénario que celui qui le voit congratulé après si peu d'efforts, lui qui a déjà été vedettarisé bien avant son premier match en pro? Ben Arfa a besoin de s'entendre rappeler en permanence ce qu'il faut consentir pour être juste un footballeur, et voilà que tout le monde le consacre de nouveau comme un footballeur d'exception. Ne jetez pas de paillettes sur les starlettes.


Immaturité durable

Couvé à Clairefontaine au moment où la formation à la française connaissait son zénith, membre patenté de la "génération 87" (2), ravi de haute lutte par l'Olympique lyonnais à la sortie de l'INF, le garçon a toujours été annoncé comme le futur du football français (3). Mais malgré des débuts professionnels en 2004 et une première sélection en octobre 2007, Ben Arfa n'a toujours pas conquis de statut de titulaire en Ligue 1, à bientôt vingt-trois ans. La précocité du garçon semble s'être muée en immaturité durable.


Difficile d'être étonné qu'un garçon qui a déjà un haut salaire dans un bon club, une notoriété importante, la vie devant lui et... dix ans de carrière derrière, ait du mal à trouver l'envie nécessaire pour exploiter tout son potentiel – ou simplement pour ne pas le gâcher. Surtout pour un sujet qui a des facilités: un raid dans une défense nordiste, et son talent éclate à nouveau aux yeux de tous. Comme si quelqu'un doutait de ce talent. Et comme si le talent suffisait pour supplanter des collègues moins doués mais beaucoup plus motivés.



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"Hé m'sieur, j'peux avoir une dédicace ?
- Bien sûr, c'est à quel nom ?
- Ben j'en sais rien, moi, t'es qui ?"


Le talent ne suffit pas

Le problème est bien connu : Ben Arfa est un prodige de technique, mais on ne sait toujours pas s'il peut être durablement utile à une équipe de football. S'il faut gaspiller des heures de jeu pour obtenir un éclair du génie, le calcul est vite fait: l'époque n'est pas vraiment aux joueurs décoratifs, même si elle apprécie les meilleurs fournisseurs de ralentis. Le Marseillais n'a professionnellement pas le choix: il n'y pas d'équivalent footballistique des Harlem Globe Trotters ni de circuit "exhibition" pour lui offrir d'autres débouchés. Alors il lui faudra suivre l'exemple de Cristiano Ronaldo plutôt que celui de Jaouad Zaïri, une fois compris que sa technique ne lui assure pas forcément d'être au service du jeu. La voie médiane, peut-être la plus probable, lui réserverait le destin de ces surdoués qui auront sous-exploité leur talent dans une carrière plus ou moins honorable mais frustrante pour leurs fans (les solistes ou dilettantes comme Okocha, Feindouno, Denilson...).

Les jeux ne sont pas encore complètement faits pour l'ancien Lyonnais. Mais miser sur son arrivée à maturité en début de saison, alors que l'OM avait conservé deux concurrents directs à son poste, c'était déjà prendre un risque (lire "Ben Arfa : le meilleur est avenir?"). Aujourd'hui, après avoir alimenté la chronique avec de menus écarts de conduite, et les doutes avec une motivation incertaine, le joueur voit sa  cote remonter subitement, comme pour mieux le menacer d'un définitif éclatement de bulle spéculative. On pariera plutôt que 2010 dira enfin la vérité sur Hatem Ben Arfa, si lui-même ne s'en charge pas.


(1) Avec le paradoxe que comme l’OL auparavant, l’OM craint de commettre une erreur en le vendant s’il vient à réaliser son potentiel. Jean-Michel Aulas rappelait récemment sur RMC: "On a gardé une participation de 20% sur Hatem Ben Arfa, car on croit en lui".
(2) Champion d'Europe des moins de 17 ans (2004) et des moins de 18 ans (2005).
(3) Ayons une pensée pour Philippe Christanval, ancien "successeur de Laurent Blanc" (lire "Christanval, programmé et protégé").


Le Diaporama spécial Ben Arfa

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