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Le plus beau but jamais filmé

Montella et Inzaghi, quand le bomber devient mister

Jeunes coaches, Vincenzo Montella à la Fiorentina et Filippo Inzaghi à l'AC Milan apportent un vent de fraîcheur à la Serie A. Et prouvent que les attaquants accrocheurs peuvent faire de bons entraîneurs.

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L’entraîneur italien, fin tacticien en costume bien taillé, est un archétype du football exerçant une fascination qui ne se dément pas. Et s’il reste vivace, c’est que de nouveaux représentants émergent régulièrement pour le remettre à jour. Aujourd’hui, la génération des Lippi, Capello et Trapattoni mène de derniers combats rémunérateurs dans des contrées exotiques. Leurs cadets Ancelotti, Prandelli et Spalletti ont brisé l’image défensive que traînait le Calcio depuis les grandes heures du catenaccio et se sont vus confier plusieurs écuries de Ligue des champions.

 

 

 

 


Des profils à part

Tous ceux-là ont d’abord été des joueurs de devoir, qui attiraient peu la lumière et n’ont pas forcément brillé au plus haut niveau. Mais, qu'ils aient été milieu défensif ou libero, ils affinaient à ces postes un sens tactique qui a rendu logique leurs reconversions comme entraîneurs. C’est d'ailleurs encore le profil dominant dans la génération actuellement en place en Serie A: Max Allegri, habile pilote des grosses cylindrées milaniste puis juventine. Walter Mazzarri, prosélyte du 3-5-2 à l’Inter après Naples. Stefano Pioli, qui peine encore à confirmer à la Lazio ses passages intéressants au Chievo Vérone notamment. Ou Andrea Mandorlini, qui a mené l’Hellas Vérone de Lega Pro (troisième division) à la lutte pour les places européennes. Un contre-exemple serait Roberto Donadoni, d’abord fameux ailier du Milan puis entraîneur sans doute exposé trop tôt (par la succession de Lippi à la tête de la Nazionale championne du monde), mais bâtisseur inspiré depuis qu'il s'est stabilisé à Parme.

 

C’est pourtant parmi les plus jeunes que l’on remarque deux figures qui détonnent vraiment: Vincenzo Montella et Filippo Inzaghi, dont les trajectoires sont d’une étonnante similarité. En tant que joueurs, eux étaient souvent sur le devant de la scène, grâce aux nombreux buts qui leur valaient l’étiquette enviée de bomber. Ils n’étaient pourtant pas les plus impressionnants sur un terrain et leurs qualités physiques et techniques ne paraissant pas au-dessus de la moyenne. Il devait donc y avoir autre chose, et c’est cet héritage qui leur a permis d’enfiler le costume de mister.

 

 

 

 


Montella, l'expérimentateur

Au moment de leur retraite sportive, les deux avant-centres sont restés fidèles aux clubs de leurs plus grands exploits, se reconvertissant en entraîneurs de jeunes. L’Aeroplanino est le premier à franchir la barrière et prend en main, à trente-cinq ans, les Giovanissimi (U15) de la Roma. En cours de saison suivante, il est appelé comme pompier à la barre de l’équipe première, à la suite de la démission de Ranieri. Il lui permet de finir la saison correctement en relançant notamment son grand ami Francesco Totti. Malgré cela, la nouvelle direction du club ne le confirme pas à son poste pour la suite, préférant suivre la mode barcelonaise avec Luis Enrique. Montella reste néanmoins en Serie A, sur le banc de Catane, à qui il fait vivre une des meilleures saisons de son histoire.

 

Cette expérience lui vaut la confiance de la Fiorentina, où il a entamé sa troisième saison. Dès son arrivée, il prouve de nouveau sa capacité à dessiner une équipe joueuse, en s’appuyant sur un milieu Pizarro-Aquilani-Borja Valero sans véritable récupérateur, dans un 3-5-2 immédiatement transformable en 4-3-3 quand les latéraux Pasqual et Cuadrado s’alignent respectivement sur la ligne des défenseurs et celle des attaquants. Après une quatrième place assez inattendue, le club se montre plus ambitieux pour la saison de la confirmation. Montella multiplie les expérimentations pour mettre dans les meilleures dispositions ses individualités décisives (notamment Cuadrado mais aussi Giuseppe Rossi, jusqu’à une énième lourde blessure), mais y perd une certaine fluidité dans le jeu. Cela ne permet pas à l’équipe d’améliorer son classement final, et l’occasion de gagner un trophée est manquée en finale de coupe d’Italie. Ces objectifs restent donc d’actualité pour 2014/15.

 


Inzaghi, le pragmatique

De son côté, SuperPippo a prolongé sa carrière de joueur jusqu’à trente-neuf ans, à la suite de quoi il est devenu entraîneur des Allievi Nazionali (U16) du Milan AC. Il a connu des promotions successives: Primavera (U21) puis équipe première à l’été 2014, en remplacement de Clarence Seedorf. Alors que celui qui a été longtemps son partenaire a beaucoup tâtonné, Inzaghi apporte des idées claires. Son équipe ne propose pas un jeu aussi léché que celle de Montella, mais elle se révèle pragmatique. Son mister a notamment libéré et responsabilisé Honda et Ménez. L’ex-Moscovite part de l’aile droite et se retrouve déterminant, avec déjà quatre buts et deux passes décisives en six matches tandis que l'ancien Parisien, parfois à gauche, est surtout aligné dans l’axe, seul comme “faux neuf” ou accompagné comme “neuf et demi”, et se montre impliqué et efficace. Le redressement d’un monument en péril semble en bonne voie malgré quelques points lâchés en début de saison, l’intégration progressive de Fernando Torres pouvant le faire progresser encore.

 

Ni le Milan ni la Fiorentina ne semblent disposer cette saison des effectifs pour suivre le rythme de la Juventus et de la Roma, mais leurs entraîneurs ont le mérite de donner une direction à laquelle leurs joueurs adhèrent, et ils en ont (re)fait des outsiders crédibles. Ces jeunes quadragénaires sont aussi la preuve que les ressources nécessaires au coaching peuvent aussi être développées par des attaquants apparemment individualistes. Montella reste plus avancé, avec un registre technico-tactique plus large, mais Inzaghi, comme quand il était joueur, compense par l’approche mentale, à laquelle il a consacré son mémoire de diplôme à Coverciano [1]. Leurs carrières leur ont fait aiguiser un sens du jeu qui permet encore de réduire l’écart avec ceux mieux dotés. C’est ce truc en plus qui les a placés parmi les attaquants les plus prolifiques des années 1990-2000. Et c'est cela qui donne envie de croire en un bel avenir dans ce costume d’entraîneur qu’ils portent avec élégance.

 


[1] Mémoire qui peut être consulté ici.
 

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