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Everton, du rêve au cauchemar

Une Premier League très offensive a annoncé de nouvelles possibles sanctions contre Everton, pour infraction financière. Ce changement de ton pourrait préfigurer une nouvelle ère.

Auteur : Kevin Quigagne le 26 Jan 2024

 

Opération réarmement. Depuis peu, la Premier League s'est secouée et tape (enfin) du poing sur la table. Elle se dit déterminée à sévir, "au nom des vingt clubs de la division et leurs supporters", après des décennies de dérives et laisser-faire. Everton, pour la deuxième fois cette saison, et Nottingham Forest font les frais du durcissement.

Ces deux clubs auraient confirmé avoir enfreint les nouvelles règles du fair-play financier portant sur la saison 2022/23, désormais appelées "Profit and Sustainability Rules" - règles de rentabilité et durabilité. Richard Masters, le directeur général de la Premier League, parle à terme de s'aligner sur le nouveau modèle de l'UEFA.

 

photo cc Jpag
photo cc Jpag

 

Le duo a jusqu'au 30 janvier pour répondre aux accusations portées, avant d'être entendu par une commission indépendante. Everton considère toutefois, en substance, que cette dernière charge fait doublon et que le règlement manque de clarté.

Outre Manchester City et Chelsea, d'autres sont marqués à la culotte, notamment Wolverhampton Wanderers (voir ici, sous l'intertitre "Danzer zone") et Newcastle United. Mais le cas d'Everton est symptomatique. C'est celui d'un club dysfonctionnel qui a trop voulu croire "au rêve", en faisant fi des avertissements.

Sévérité inattendue

Mi-novembre 2023, une commission indépendante pénalisait Everton de dix points [1], avec effet immédiat, pour avoir dépassé la limite autorisée d'endettement de 19,5 millions de livres, sur la période 2019/22 (Everton a perdu 124,5 millions sur ces trois ans alors que le maximum autorisé est de 105).

La commission, dont le président est nommé par les clubs de Premier League (sur proposition de son directeur général), a qualifié la conduite d'Everton d'"irresponsable".

Vu la passivité affichée jusque-là par la Premier League, personne ne s'attendait à une telle sévérité pour quelques millions de trop, et pour une seule infraction d'ensemble, surtout au regard de l'impunité dont bénéficie Manchester City - et ses 115 casseroles - depuis quinze ans, les irrégularités relevées remontant à 2009. Et sans les révélations chocs de Rui Pinto, le lanceur d'alerte à l'origine des "Football Leaks", pas sûr que Man City aurait été inquiété par la Premier League.

Des Citizens qui font le forcing via leurs avocats (dont Lord David Pannick, aux émoluments De Bruynesques : 10.000 livres de l'heure !), et contestent systématiquement chaque point, faisant ainsi traîner les procédures. C'est en jouant ainsi la montre et le pourrissement, avec plus qu'un œil sur les délais de prescription, que Man City avait réussi à faire annuler son exclusion des Coupes d'Europe en juillet 2020.

Le fait que l'UEFA, que Man City aurait menacé "de détruire" par le passé, avait étonnamment laissé City nommer deux des trois juges du Tribunal arbitral du sport au lieu d'une seule nomination autorisée par partie, explique aussi le résultat de 2-1 (décision à la majorité) en faveur des Mancuniens... Un traitement de faveur accordé par l'UEFA "pour simplifier les choses" et "rendre une décision avant le début des compétitions européennes", selon les documents examinés par The Athletic.

Pénalité historique

Le verdict n'est pas attendu avant la fin 2024 ou l'été 2025, selon les sources, et des prolongations sont à prévoir en cas d'appel de l'une des parties. Donc largement le temps, pour, City de fausser davantage les débats et gratter quelques titres supplémentaires.

Richard Masters a indiqué, le 16 janvier devant la commission parlementaire chargée de la culture, du sport et des médias, qu'une date pour le lancement des auditions avait été arrêtée, sans la révéler (car cela aurait enfreint deux règles sur la confidentialité du règlement de la Premier League).

Dix points de sucrés, c'est tout simplement la pénalité la plus sévère jamais imposée dans l'élite depuis la création de la D1 en 1888. Même Portsmouth avait récolté moins en 2010, pour des faits autrement plus graves.

Et rappelons que les six mutins anglais de la Super Ligue mouture 2021 n'avaient écopé que d'une amende dérisoire (3.6 millions chacun), sans même un retrait de points avec sursis. Leur insurrection mettait pourtant gravement en danger la Premier League.

Si les Toffees peuvent faire valoir des circonstances atténuantes (listées ici, sous "mitigating factors"), pour les instances, les facteurs aggravants sont établis, même s'il convient de préciser que le dossier est complexe et qu'il comporte des zones grises. Everton s'est défendu en envoyant pas moins de 40.000 documents à la commission, ce qui aurait passablement agacé les investigateurs.

Manquements et transgressions

Les circonstances ayant conduit à l'annonce du 15 janvier, et qui portent sur la saison 2022/23, sont encore trop méconnues pour les analyser. En revanche, on en sait beaucoup plus sur les raisons motivant la décision de novembre. En résumé, Everton est accusé d'avoir maquillé certaines dépenses et ignoré les multiples avertissements de la Premier League sur leurs violations répétées du règlement financier.

Le club, racheté progressivement en 2016 par l'homme d'affaires Farhad Moshiri, basé à Monaco et souvent considéré comme l'un des pires propriétaires du football anglais, est chaotiquement géré depuis des années.

Prenons par exemple la saison 2021/22. Everton, alors sous surveillance financière après avoir passé un deal bienveillant avec la Premier League (ce qui naturellement déplut aux autres clubs), était censé demander l'autorisation à cette dernière pour chaque mouvement de joueur, ce que la direction "omit" de faire à l'intersaison 2022. "Ça a rendu la Premier League furax, surtout qu'ils s'étaient mis en quatre pour aider Everton à rester dans les clous", confie un insider dans cet article du Times.

Une saison qui correspond à l'arrivée comme entraîneur, en janvier 2022, de Frank Lampard, en remplacement de Rafael Benítez, qui dura six mois. L'ex-milieu emblématique de Chelsea dépensera beaucoup, et mal. La vente de Richarlison à Tottenham, pour 60 millions, équilibra quelque peu les comptes, mais déboucha sur l'achat dispendieux de nombreux flops surpayés.

Les Américains du fonds d'investissement collectionneur de clubs 777 Partners, le nouveau propriétaire depuis septembre 2023 [2], tentent aujourd'hui de remettre de l'ordre, assistés d'Andy Burnham, maire du Grand Manchester et supporter Toffee, qui est monté au créneau, comme il l'avait fait en 2009 dans le dossier Hillsborough.

Car les rats ont quitté le navire et des membres clés de l'ancien directoire ont même refusé de collaborer avec la commission, une assistance qui aurait pourtant pu aider les enquêteurs à démêler l'écheveau des comptes internes et ainsi profiter au club.

 

photo cc Ben Sutherland
photo cc Ben Sutherland

 

Living the dream

Lors de la première saison prise en compte (2019/20), Everton, qui avait fini dans le Top 8 les trois exercices précédents, va viser la qualification en Ligue des champions et tabler sur d'hypothétiques recettes européennes pour financer le projet. En cela, la stratégie du club et la rhétorique utilisée ne sont pas sans rappeler le désastreux "We are living the dream" du Leeds United de l'ère Peter Ridsdale.

Sans grand discernement, Everton a dépensé 750 millions dans l'effectif depuis 2016, en incluant les managers et les multiples indemnités, sans avoir les reins suffisamment solides. La construction du nouveau stade n'a rien arrangé. Prévu pour coûter 500 millions, on se dirige vers un surcoût de quarante pour cent.

À Noël 2020, Carlo Ancelotti, en poste depuis un an et rémunéré 14 millions l'année (soit moins que Benítez), les hisse à la deuxième place, mais c'est un feu de paille. Everton finira 10e, avant de frôler par deux fois la relégation. "Ce dont nous sommes coupables, c'est d'avoir osé rêver et tenté des paris", synthétisera un peu lunairement un proche du club cité dans l'article du Times.

Plusieurs concurrents d'Everton au maintien, dont Burnley, Leeds et Leicester, se sont légitimement estimés lésés mais, après avoir envisagé de poursuivre le club liverpudlien, ils ont finalement opté pour la négociation avec 777 Partners.

Everton a fait appel début décembre. Le sentiment d'injustice les a d'abord galvanisés (12 points pris sur 15 possibles) et largement extirpés de la zone rouge où la pénalité les avait enfoncés, avant que la réalité sportive ne les rattrape. La Premier League, qui a promis de trancher tout litige pendant la saison en cours, devrait rendre le deuxième verdict d'ici mai.

Premier League sous pression

Depuis 2021, et la tentative avortée de Super Ligue ainsi que le rachat de Newcastle United par le PIF saoudien, la Premier League est sous pression et sa suprématie contestée. Jusqu'alors laxiste, l'instance s'est vue obligée d'endosser le costume du shérif.

La raison de cette mue forcée, opérée sur fond de crise identitaire, tient surtout au souhait des gouvernements conservateurs successifs de réformer la gouvernance du football anglais, via la création d'un "régulateur indépendant" (peut-être pas si indépendant que cela puisque ses membres seront nommés par le gouvernement).

Cette nouvelle autorité, en tant que gendarme financier chargé de superviser les clubs, actuelles prérogatives de la Premier League, affaiblirait significativement cette dernière, qui tient désormais à prouver qu'elle peut faire le boulot elle-même, sans organe de tutelle.

Un régulateur verra sans doute le jour d'ici 2026, mais la Premier League entend dès maintenant limiter les dégâts et tenter de se dégager une marge de manœuvre pour, in fine, conserver une sphère de compétences significative.

Le projet de loi, initié en 2019, parallèlement à une vaste consultation des acteurs du ballon rond, s'est cependant vite enlisé dans l'instabilité politique chronique, en partie causée par les apories du Brexit (quatre premiers ministres se sont succédé entre 2019 et 2021). Une nouvelle version actualisée et plus complète sera bientôt proposée. Les Travaillistes, prochains maîtres à bord, se sont engagés à faire passer la loi, en modifiant sans doute ses contours.

Un "petit club"

Les Toffees se battront jusqu'au bout et sur tous les fronts, surtout depuis que Richard Masters les a qualifiés de "petit club", accréditant pour beaucoup la thèse, répandue, que la Premier League roule surtout pour "les gros", qu'elle craint et ménage car leur attractivité planétaire et leurs considérables revenus sont consubstantiels de sa prospérité.

Une affaire existentielle donc, qui ferait que la Premier League se montre faible avec les puissants, surtout ceux liés à des états (au hasard, Man City et le Chelsea d'Abramovitch), et impitoyable avec les faibles.

Sean Dyche, leur manager, n'est pas du genre à lâcher le morceau et, du côté de Goodison Park, on espère que la Premier League, dans un sursaut de flexibilité, saura se montrer juste. Everton ne tient pas à essuyer les plâtres d'un système de contrôle en mutation et dont les modalités, à l'évidence, ne sont pas aussi clairement définies que l'affirme Richard Masters.

Le verdict sur le retrait de 10 points devrait tomber d'ici la mi-mars et ce n'est qu'ensuite qu'une commission pourra instruire la deuxième affaire. Un troisième acte est techniquement envisageable.

Voir Everton expédié de la sorte en Championship, d'où il est notoirement difficile de s'extraire, serait vécu localement comme une tragédie. Les Toffees sont présents sans discontinuer dans l'élite depuis 1954 et comptent 121 saisons de D1, un record. Le club est par ailleurs très actif au sein de la communauté, via sa fondation qui jouit d'une prestigieuse réputation.

Au-delà du cas d'Everton, on ne peut que saluer ces efforts de régulation visant à améliorer la santé financière des compétitions et par là même, à tendre vers une plus grande équité. En attendant d'autres chantiers, celui des clubs-États par exemple. Rêver ne coûte rien, en principe.

 

[1] La commission indépendante n'a pas expliqué comment elle était arrivée à ce total de 10 points, jugé arbitraire par beaucoup. Elle dément cependant avoir adopté l'idée de Richard Masters d'appliquer le barème suivant : une déduction fixe de 6 points, plus 1 point par tranche de dépassement de 5 millions. Ce barème, imaginé en août dernier, est officieux et n'entre pas dans les recommandations officielles du règlement de la Premier League. Cette dernière aimerait toutefois qu'une telle formule, ou une autre, serve systématiquement de base de calcul dans ce genre de dossier, "sauf pour les cas très complexes" (comme ceux de Chelsea et Man City ?). La commission nie avoir subi une quelconque influence et avance deux raisons dans son démenti. D'une part, suivre les suggestions de quiconque contreviendrait aux dispositions relatives aux articles W50 et W51 du règlement de la Premier League, qui confèrent à la commission une liberté d'action totale. D'autre part, ce barème ne figure pas dans le règlement de la Premier League et donc ne saurait être pris en compte. On remarquera toutefois, sans en tirer de conclusion, que la sanction de 10 points correspond peu ou prou au résultat du barème (9 points), s'il avait été utilisé.

[2] 777 Partners est cependant toujours en attente de satisfaire les critères d'intégrité financière et judiciaire de la Premier League (Owners' and Directors' Test), récemment durcis. Interrogé par la commission parlementaire, Richard Masters a laissé entendre que certaines garanties n'avaient pas encore été fournies par 777 Partners. Pour plusieurs tabloïds, ce dernier coup dur, ajouté à celui de novembre, aurait sensiblement modifié les paramètres de la vente.

Réactions

  • Mangeur Vasqué le 26/03/2024 à 22h08
    Ah tiens, Forest a fait appel finalement lien, au buzzer, après 7 jours de mûre réflexion.

    À mon avis, for what it’s worth, vu les risques encourus en appel (expliqués dans l'avant-dernier post), Forest a quand même dû sonder la Premier League un minimum avant de faire appel et a dû recevoir une forme d’assurance que la sanction ne serait pas alourdie.

    Je vois mal la commission leur infliger une sanction plus lourde. Donc, on pourrait voir soit un maintien du 4 points de retrait, soit une légère réduction. Va pas falloir que les instances traînent pour gérer cet appel vu que la saison se termine le 19 mai, et que la Premier League voudra logiquement boucler tout ça (bien) avant la dernière journée (surtout qu'Everton pourrait faire appel, pour sa 2è infraction. Je sais, ça devient dur à suivre, soz).

    Selon Sky Sports ce soir, la commission d’appel rendra son verdict avant le 12 avril, + environ 8 jours ouvrables pour une annonce publique, donc on pourrait être fixé d'ici la fin avril. Selon d’autres sources, ça sera bien plus long (et on comprend pourquoi. Dans le cas d’Everton, la commission d’appel avait mis 3 mois et demi à accoucher d’un verdict). Mais on peut penser que vu l'urgence de la situation, c’est Sky Sports qui a sans doute raison : la Premier League ne laissera pas le procédé s’éterniser et contaminer la cruciale fin de saison en mai (3 journées PL en mai). On devrait donc connaître le sort de Forest d’ici fin avril.

    Ça promet en tout cas une fin de saison hyper chaude en bas de classement. Entre Everton qui connaîtra le verdict pour sa seconde infraction vers le 8-10 avril (avec possibilité de faire appel…) et l’appel de Forest qui risque de ne pas être annoncé avant fin avril/début mai, et Luton qui se défonce pour se maintenir (mais qui a un "run-in" - calendrier de fin de saison - plus difficile que ses concurrents directs lien, et même Burnley qui est dans une bonne dynamique (4 points sur les 2 derniers matchs, pour la première fois de la saison !), sans oublier Brentford (degringolada depuis 6 journées – un seul point de pris – mais le dévissage avait commencé début décembre), on ne va pas s’ennuyer.

    Sheffield United, 14 points (différence de buts : - 50), ne battra pas le record PL du Derby County de ce bon Robbie Savage (11 points, en 2007-08, - 69, 1 seule victoire, contre Newcastle, who else. Un but délicieusement british de Kenny Miller, du bon vieux “route one”, passe-dégagement de 70 mètres du gardien et bim lien) .

    Malheureusement, Sheffield Wednesday est en ballotage défavorable pour le maintien lien, et on n’aura donc peut-être pas de derby “Steel City” l’an prochain, qui est toujours un moment excitant dans le calendrier footballistique du Yorkshire. Après, guère étonnant vu comment sont gérés ces deux clubs. Tout ça est bien triste à voir dans la “ville où est né le football” ( lien ou lien).

  • Mangeur Vasqué le 10/04/2024 à 21h30
    Comme on pouvait le subodorer, Everton s’est pris deux nouveaux points de retrait avant-hier lien.

    Le 23 mars dernier, j’expliquais ici lien (bas de page, post de 11h40) pourquoi un retrait de “2-3 points”, écrivais-je, était l’issue prévisible. Ça fait donc 8 points de sucrés pour la saison. Le nouveau classement lien.

    Everton fait appel lien. Un appel qui ne sera peut-être instruit qu'une fois la saison terminée (19 mai), ce qui la fout mal. “Potentially chaotic” revient pas mal… lien “ Everton's appeal against their latest points deduction may not be concluded until the week after the end of the Premier League season – May 25 at the latest – leading to the potentially chaotic situation whereby clubs don't know who will be relegated, even when they have completed all matches”.

    Les emmerdes ne sont cependant pas finies pour Everton : lien “Everton could face further punishment after being hit with two-point deduction”.

    C’est le problème de ces boîtes de Pandore. Cf les interminables “délais” dans le dossier Man City, qui va probablement s’en tirer à peu de frais (comme c’est étonnant), vu que la PL est sans doute sur le point d’assouplir le système. En gros, le plan serait de privilégier les amendes en cas de non respect du PSR (“profit and sustainability rules”, le FPF). Les points de retrait seront toujours dans l’arsenal, a-t-elle tenu à faire savoir aujourd’hui lien. Mais je doute qu’ils soient utilisés aussi facilement que cette saison et avec autant de force. Peut-être que cette arme dans l’arsenal jouera le rôle plus dissuasif qu’autre chose.

    Y’aura peut-être des sanctions plus sévères qu’une simple prune dans le nouvel arsenal (des pontes de l’instance Premier League y sont favorables, au contraire des clubs) mais ce n’est pas sûr car ce sont les clubs qui votent, ou pas, les décisions de la PL. Quoiqu’ici, dans le cas de l'introduction d'un nouveau système, la PL semble dire que les clubs ne voteront pas. OK, peut-être, mais les décisions à mon avis se prendront pas mal de concert avec les clubs.

    Le nouveau système d’amendes s’inspire de la “luxury tax” de la NBA, apparemment. Je pense que l’instance PL a soudain changé son fusil d’épaule sous la pression des clubs, surtout des gros, le “Big Six”. Guère étonnant que ça vienne des USA, vu l’influence US au sommet des gros de PL : quatre clubs parmi le Big Six ont des propriétaires (majoritaires) états-uniens. Un système qui pourrait ne pas régler grand chose mais au contraire créer de nouveaux problèmes, agrandir le fossé et intensifier la course aux armements. Et réinstaller un fort niveau de quasi impunité, ce qu’évidemment recherchent les clubs. Ils veulent du soft.

    Revenons à l’annonce de lundi 8 avril nous disant qu’Everton pourrait se prendre un troisième retrait de points (la saison prochaine) :

    lien “Everton could face further punishment after being hit with two-point deduction

    • (1) Hearing over disputed £6.5m loss to be heard by Premier League
    • (2) Case set to drag into next season and raises integrity questions”

    Les points 1) et 2) sont cruciaux.

    1) “Disputed loss” tout d’abord.

    Depuis le début, beaucoup trop d’éléments dans ce dossier Everton manquent de clarté, ce que j’explique dans l’article en une. Et d’ailleurs la Premier League l’a implicitement reconnu, notamment quand sa commission indépendante a réduit à 6 points de retrait le verdict de novembre dernier (initialement 10 points en première instance). La PL l’avait même reconnu ses erreurs avant le verdict de novembre. Les négligences de la PL se sont accumulées dans ce dossier.

    Le problème de la soudaine métamorphose de la PL, cette subite (fulgurante !) volonté de sévir après des années de fête du slip (raisons dans l’article en une), est qu’elle s’est faite dans la précipitation. Les nouveaux paramètres du PSR n’ont pas été toujours clairement posés. Trop de zones d’ombre. Ce qu’ont évidemment exploité les clubs dans leur défense. Et pas que les clubs d’ailleurs, les commissions indépendantes et d’appel aussi, celles qui délivrent les sanctions. Ces commissions ont d’ailleurs implicitement critiqué la PL. That’s not a great optic... Un encadrement plus strict et clair des critères aurait sans doute éliminé nombre de problèmes et diminué la force des objections.

    L’intention de la PL est louable mais beaucoup d’erreurs ont été commises, révélées plus tard sous la forme d’incohérences et autres “inconsistencies”. Les clubs, et leurs équipes juridiques, savent à merveille exploiter ces “flottements”.

    Cet amateurisme de la PL est aisément explicable. Quand on choisit d’être laxiste pendant des années, non seulement on se fait balader (voire entuber) mais aussi on ferme les yeux sur tout et on oublie les fondamentaux. Comme se doter de services juridiques et comptables et vérificateurs dignes de ce nom, qui évitent les erreurs basiques.

    Les clubs épinglés (Man City, Everton, Forest, Leicester – avec Chelsea et d’autres dans le viseur) n’ont bien sûr pas toujours mis du leur (doux euphémisme), mais il n’aura pas échappé à la Premier League que les clubs sont avant tout des business, aux méthodes parfois douteuses. Eg les contrats de “sponsoring” de Man City ou du PSG et d’autres, ou les contrats de joueurs avec droits à l’image survitaminés car beaucoup moins imposés, parfois (souvent ?) basés dans les paradis fiscaux, pour payer moins d’impôts lien.

    En étant insuffisamment carrée, la PL a grandement aidé (Invité ? Incité ? ) les clubs à tricher et, une fois pris, à facilement étayer leur défense. La PL a beaucoup trop prêté le flanc aux critiques, et aux abus. L’expression anglaise “to close/shut the stable door after the horse has bolted” vient à l’esprit (~ fermer la cage après que les oiseaux se sont envolés, réagir trop tard).

    Il faut toutefois reconnaître à la PL le mérite d’avoir agi positivement sur certains terrains, celui de la “prévention” par exemple. Elle a essayé de travailler avec les clubs en amont, les a conseillés, tout en les surveillant. Everton a été beaucoup aidé par exemple mais à partir de début 2022, les dirigeants Toffees ont cessé de collaborer (tout ça est dans l’article). Pas étonnant qu’ils se soient retrouvés dans le collimateur au passage. En 2021-22, Everton avait un ratio chiffre d’affaires/salaires de 90 %, seul Newcastle était au-dessus (95 %, saison du takeover par le PIF saoudien). Newcastle qui a d’ailleurs alors mystérieusement multiplié son contrat sponsoring par quatre lien, rien que ça (et c’est passé crème bien sûr). Et en 2022-23 : 92 % pour Everton. Forest et Leicester ont fait encore “mieux” : respectivement 94 % et 112 %.

    Aider les clubs qui partent dans le décor n’est pas toujours super réglo vis-à-vis des clubs bien gérés et responsables mais c’était la bonne stratégie, dans le contexte donné.
    Rayon élèves modèles, on pense à Brighton. Niveau gestion et trading, imbattable. Les mecs rentrent plein d’algos et de datas dans les bécanes de la boîte du boss ( lien, Tony Bloom, aka “The Lizard”), ça identifie des diamants bruts au fin fond de l’Équateur, ils les ramènent en PL pour peanuts, les polissent et les refourgent pour 100 millions £ deux saisons plus tard, au pigeon Chelsea en général (où les dits diamants se fondent dans la masse, affaiblissant ainsi la concurrence pour Brighton).

    Mais les geeks de Brighton sont trop prudents, ils devraient un peu se lâcher lien have announced a record profit of £122.8m in the 2022-23 financial year - the most successful season in the Premier League club's lien

    Parce que c’est bien beau d’exploser les records PL de bénéfices mais finir dans le ventre mou après avoir flirté avec le Big Six, voire une qualif en Ligue des champions, avoir connu l’Europe, bluffé tout le monde, fait rêver (parce que toujours les mêmes dans le Big Six, ça lasse), etc. ne fera plus bander grand monde si on décide dorénavant de mettre les Charentaises et tourner à l’Horlicks. Etre blindé mais gérer en bon père de famille alors qu’on pourrait faire péter l’adrénaline, c’est pas super sexy. Certes, Brighton a dégusté dans un passé pas si lointain (dernier de D4, sans stade, lien, liquidation évitée de peu lien) alors le club fait gaffe mais je comprendrais que le supp Seagull de base commence à se poser des questions.

    Cette stratégie préventive a marché dans le cas de Wolves par exemple, qui a observé le “suivi” de la Premier League et a tenu compte des avertissements. Mais faut-il avoir des procédures en béton au cas où ces clubs borderline sortent des clous, ce qui est fréquent. Les clubs s’emballent facilement et les supps s’enflamment vite, même quand faut garder un oeil sur les dépenses. Surtout qu’après des années d’impunité, tout le monde se disait que ça ne sévirait jamais ou pas méchamment.

    Or, si la PL en fait se préparait secrètement à sévir, elle n’avait pas bien ficelé son affaire. Jusqu’à des mesures basiques, comme de prévoir une sorte de barème punitif, comme ça se fait en Football League (envisagé sur le tard. Cela leur a été reproché par la commission d’appel).

    Les enjeux sont trop grands pour penser que ces clubs assumeront leurs erreurs et accepteront les verdicts sans chercher à riposter, de manière légale ou tordue (eg Man City, yep, encore eux. Chelsea est dispo aussi lien). Les failles et trous dans la raquette de l’instance PL sont trop nombreux et béants pour que les équipes juridiques des clubs acceptent leur sort sans moufter. Même après les commissions d’appel et autre, les clubs contestent encore et toujours et certains visent le pourrissement.

    Surtout que les clubs ont vite décelé des anomalies dans les décisions et procédures de la PL, ou dans les méthodes de ses commissions indépendantes, et ont joué à fond là-dessus. Ils ont réussi à forcer la main de la PL qui s’est retrouvée acculée. D’où le “souhait”, forcé par les circonstances, de faire marche arrière, et d’adopter un système plus soft.

    Les calculs du PSR, autrefois relativement simples, se sont complexifiés. Le football s’est mondialisé, le périmètre des règles autour du sponsoring est devenu flou, etc. et les clubs ont vite appris à contourner tout ça. Des éléments externes sont aussi à prendre en compte, ça n’a pas facilité la tâche de la PL (eg l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait par exemple forcé Everton à suspendre d’urgence ses contrats commerciaux de sponsoring passés, via Alisher Usmanov, avec trois sociétés russes). Y’a eu des confusions, niveaux dates, chevauchements, montants reçus... La commission indépendante contredira les décisions de la Premier League sur le point. Encore un p’tit camouflet pour la PL, un de plus. Pas génial pour sa crédibilité.

    lien “An extra point was taken off the punishment for ¬Everton’s early guilty plea and the loss of a £20m sponsorship deal on the club’s Finch Farm training ground with USM, a company owned by the oligarch Alisher Usmanov, who was subjected to sanctions after ¬Russia’s invasion of Ukraine. The Premier League did not accept the principle of double jeopardy, argued the collapse of the USM deal was not a mitigating factor and insisted Everton had not been cooperative over the charge. The commission, though, found in the club’s favour on all three points. “In our view,” wrote the commission on the issue of cooperation, “many if not most of the criticisms levelled against the club in this respect by the PL are unwarranted, overstated, or lien

  • Mangeur Vasqué le 10/04/2024 à 21h46
    2) “case set to drag… questions”.

    La procédure dans le dossier Everton risque fort donc de traîner jusqu’à la saison prochaine, ce qui soulève des questions liées à l’intégrité et la valeur des championnats. Les relégués par exemple sont-ils vraiment les bons si un dossier traîne sur plusieurs saisons ? Doit-on valider tous leurs résultats ? Etc.

    C’est la conséquence du point 1) et la stratégie de Manchester City : faire traîner, entraver et vaincre à l’usure. Everton a adopté la même voie, en moins outrancier (40 000 documents envoyés à la commission par exemple, refus avéré de coopérer, etc.). Et avec moins de réussite. C’est Everton, et pas City, alors ils se sont quand même fait baiser au bout du compte.

    La PL a pris des mesures pour accélérer les procédures. Cette saison par exemple, elle s’est engagée à trancher (via une commission indépendante) sous les trois mois après la détection d’un problème PSR. Idem pour les appels, traités relativement rapidement et en urgence si besoin est.

    Ce qui n’empêche pas les clubs de contester, faire appel, d’enrayer la machine (Man City, Leicester, Chelsea, Everton, Forest…). Les dossiers se multiplient, s’allongent, se compliquent au fil des procédures. Tout ça devient vite “ingérable” doit se dire la PL, sous pression des clubs qui auraient dit à la PL que tout ça (retraits de points, 4 cette saison) “était allé trop loin”. Eux veulent évidemment un système bien plus coulant.

    Cela met aussi la PL en porte-à-faux vis-à-vis des gros du Big Six, les têtes de gondole, qui garantissent prestige et moula. On ne regarde pas la PL en Asie ou aux USA pour voir Sheffield United, Luton Town ou Newcastle United.

    Car la PL oserait-elle vraiment reléguer City, leur retirer leurs titres ou leur coller, mettons, 15 ou 20 points – ce qui ne serait pas cher payé pour 115 infractions – si la culpabilité des Citizens était reconnue ?

    Bref, c’est devenu un beau bordel, les clubs s’agitent, font corps, mettent la pression et la PL commence à rétropédaler. Dommage.

    Entre les retraits de points à géométrie variable (Everton qui commet une bien moindre infraction que Forest mais se prend une sanction beaucoup plus sévère), ce qui déclenche des contestations de toutes parts (certains clubs, choqués par la magnitude des retraits, en auraient touché deux mots à la PL), entre les appels, les commissions indépendantes (celles qui rendent le premier verdict) et les commissions d’appel obligées de contredire la PL (en faisant ressortir obliquement leurs négligences ou flagrantes erreurs de procédure), les révoltes au grand jour (Man City ou Leicester, qui poursuit la PL en justice lien), les décisions cruciales que la PL, après avoir promis que tout serait géré “in season”, doit reporter à la saison suivante ce qui fausse évidemment les championnats (de PL et D2), etc., ça fait désordre. Sans parler du spectre des auditions de Man City (et peut-être Chelsea) la saison prochaine.

    Tout cela produit un bad buzz pour la PL, ternit le produit et l’intégrité de la compétition, et au final menace l’attractivité de la PL et son pouvoir d’attirer les plus grosses vedettes, les gros investisseurs. C’est en tout cas ce dont la PL a peur actuellement. Les clubs profitent aussi du “brouillard” du bad buzz pour s’y cacher, noyer un peu le poisson en jouant les victimes et enfoncer le clou. Classique.

    Car on parle pas ici que d’image écornée, ce “bordel” diminue aussi les volumes de business, causant un petit vent de panique. A cause de l’ambiance “d’épouvante” déclenchée par le shérif PL qui brandit les sanctions du PSR, le résultat des courses est que les clubs ont peur, ou disent avoir peur, et ont moins dépensé au mercato d’hiver et risquent de moins dépenser cet été si rien n’est fait.

    Tout ça est “messy” et pue l’incompétence. On voit une PL qui offre la pathétique impression d’avancer à vue, de ne pas trop savoir ce qu’elle fait. Ça rappelle le “You don’t know what you’re doing” que chantent les supps anglais, bien souvent à l’encontre des joueurs ou de leurs propres dirigeants.

    Alors, au lieu de modifier son modèle, perfectible mais pas si mauvais (au moins le système de retrait de points est dissuasive, s’il est utilisé), la PL se défile, avec cet assouplissement qu’on sent se profiler. Un nouveau système disciplinaire qui ne risque pas d’effrayer grand monde, surtout les gros. Man City a eu raison de mettre le zbeul pour gripper le système, puisqu’ils ont eu gain de cause. Leur cas sera jugé à l’automne (les auditions et autres seront longues, plusieurs mois dit-on, appels possibles aussi. Verdict peut-être en février ou mars 2025, ai-je entendu), mais il est clair que City risque désormais plus une forte amende qu’un gros retrait de points. Ce qui n'est évidemment pas du tout la même chose.

    Une autre sanction sera peut-être infligée, si certains dirigeants de l’instance PL, ceux qui craignent les dérives et veulent des sanctions plus dures qu’une amende, arrivent à obtenir gain de cause, mais il n’y aura vraisemblablement ni gros retrait de points ni relégation ni trophées supprimés ni suspension (des coupes par exemple).

    Ce nouveau système devrait être discuté et mis à plat cet été. L’argent des amendes pourrait être reversé aux bons élèves de PL, ceux qui respectent les règles. Un faible pourcentage des amendes, sorte de “caisse de solidarité”, pourrait aller aux clubs de Football League en grande difficulté financière (la PL verse annuellement des “solidarity payments” à la FL, mais tout le monde touche quelque chose, alors que là ça serait juste les clubs surendettés). La Premier League en généreuse bienfaitrice des gueux de D2-D4…

    Rien n’est encore arrêté, différents modèles seront envisagés mais on s’oriente visiblement vers ce genre de système de pénalité financière en PL. Tout ça sera discuté en principe courant juin à l’AG des clubs. Pour donner l’impression qu’elle garde la main, la PL a fait savoir qu’il n’y aurait pas de vote des clubs, et donc qu'elle seule déciderait. Mais ça ne change rien, et de toute manière il pourrait y avoir un vote. On sait que la PL a sondé les clubs sur ce nouveau système, 17 sur 20 seraient favorable. Alors vote ou pas vote, peu importe (si vote, 14 clubs doivent approuver pour que ça passe).

    Un système d’amendes pratiqué en NBA et en Major League Baseball (la MLB appelle ça la "Competitive Balance Tax") et qui s’accompagnera sans doute d’une refonte de tout le bouzin (comme indiqué en intro de l’article, la PL pourrait copier le nouveau système de l’UEFA, avec notamment une sorte de salary cap sur la masse salariale totale, y compris managers et staff entraîneurs + frais d’agents sportifs & intermédiaires – des “fees” d’agents qui se sont tout de même élevés à 95 millions £ rien que pour Man City et Chelsea entre février 2022 et le 31 janvier 2023 –, environ 70 % des revenus du club).

    Un système “vertueux” qui avantagera forcément les gros (étrange, n’est-ce pas ?) et pourrait creuser davantage le(s) fossé(s) déjà bien profonds. Des gros du Big Six qui affichent des chiffres d’affaires situés entre 450m pour les plus paupérisés d’entre eux (Arsenal, la saison dernière) et environ 700 millions (Man City, Liverpool, Man City et Man United sont à ces niveaux, 650-700+). Spurs, Chelsea et Arsenal la saison dernière c’était environ entre 550m et 450m. Hormis Chelsea, la masse salariale de tous ces clubs était inférieure à 63% la saison dernière https://i. lien. Après le Big Six, mind the gap. Les deux suivants, West Ham et Newcastle, peinent à atteindre 250m (chiffres 2022-23).

  • djay-Guevara le 13/04/2024 à 19h01
    C’est insensé quand même “les clubs ont lien Ça me rappelle les grands patrons qui tremblent à chaque réforme fiscale.

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